Écoles de Linazay / partie 4 / La mise en place du groupe scolaire. 1920-1956

Petit rappel, notre historique de l’école communale s’était arrêté à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1911, on avait refait le crépi de la façade, la couverture de l’école des filles, ainsi que celle du préau.
Ensuite, et ce pendant 9 ans, les archives municipales restent muettes au sujet des deux écoles : pas la moindre allusion, et pas d’anecdotes non plus ! Quelques recherches supplémentaires aux Archives départementales de la Vienne, nous ont permis d’enrichir un peu ce récit.
Nous avons ainsi appris que de 1885 à 1906, date à laquelle il a pris sa retraite, Mr Moricheau a exercé son métier d’instituteur durant 21 ans à Linazay ! Nous pouvons ainsi l’identifier sur certaines photographies de classe.
Par la suite, bon nombre d’institutrices se sont succédées, en poste sur de courtes durées.

Les deux écoles mixtes

En 1920, un instituteur titulaire, dont on ignore le nom, demande une réorganisation des cours :
« que soit organisé une coéducation entre les cours moyens des élèves des deux sexes, ainsi qu’entre les cours élémentaires et le cours préparatoire ».
Les cours moyens prendraient alors place dans l’école des garçons, et les cours élémentaires et préparatoire dans l’école des filles, sous la direction de l’institutrice (peut-être Mme Gauvrit).

À partir de cette date, les deux écoles deviennent mixtes.
Ce nouveau mode d’enseignement était autorisé, même si, à cette époque, la mixité ne l’était pas encore : on disait « coéducation » ou encore « gémination », ou plus simplement « école spéciale à classe unique ».
Dans les faits, il s’agissait de regrouper garçons et filles d’une même tranche d’âge. Ce mode d’enseignement se pratiquait dans les petites communes rurales, pour lesquelles l’effectif était insuffisant. Son but était avant tout économique et permettait ainsi d’éviter l’usage et l’entretien d’un local devenu inutile, mais également de supprimer un poste d’enseignant.
La suite nous le confirme, puisqu’en 1923, La Fraternelle, association à but récréatif (sports, théâtre, bals, jeux), installe son siège social dans le local inoccupé de l’école des garçons.
En 1934, la construction d’une nouvelle école est en projet, mais le dossier, incomplet, reste sans suite.

En 1936 – le 5 juillet –, suite à une augmentation sensible du nombre d’élèves, la commune demande la restauration du poste d’instituteur qui avait été supprimé quelques années plus tôt.
À propos de la population de Linazay, précisons qu’en 1851 (première année répertoriée dans les archives pour les recensements de population), on comptait 577 habitants, puis 406 en 1911, et 322 en 1936 (pour 224 en 2015). Dans les années 1930, l’école comporte alors une quarantaine d’élèves, garçons et filles.
En 1937, la commune demande des réparations :
« pour les WC qui comptent deux cases, une pour les garçons, une pour les filles, ainsi que pour le préau, caillouteux et poussiéreux ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La fermeture de l’école des filles

Vous l’avez vu plus haut, les élèves étaient repartis entre les deux maisons d’école. Pourtant, sans bruit, l’école des filles a bel et bien fermé ses portes ! À quel moment ? : nous l’ignorons ; encore une fois, aucune trace dans les archives.
En 1935, et pour confirmer nos dires, le Maire donne l’autorisation de « vendre le foin se trouvant dans le jardin de « l’ancienne école des filles » ».
La même année, les pommes du jardin sont ramassées par Mr Adrien Bariteau, qui en a recueilli 3 sacs, pour un prix de 15 francs.
En 1937 – le 3 juillet –, un arrêté signifie l’aliénation de l’école des filles et l’autorisation de la vente du local :
« les ressources procurées par cette vente devant être affectées à la construction de water closets à l’école des garçons ».
Et oui, encore…

En 1937 – le 13 décembre –, l’Académie donne un avis favorable pour la vente de la maison d’école des filles. Le 13 février 1938, le Conseil municipal demande l’autorisation de procéder à la vente :
« considérant que l’immeuble désigné est en mauvais état, qu’il n’est plus d’aucune utilité pour la commune et que les réparations entraîneraient des dépenses trop importantes ».
En 1939 – le 26 février –, Mr Morisset, maire de Linazay et Mr Demeure, notaire à Civray, inspectent les locaux et sont chargés de faire l’étude de la vente de l’école.
La commune a fixé la mise à prix à 8 000 francs, le Directeur de l’enregistrement l’estime à 14 000 francs. On se concerte ; le Conseil municipal propose 11 000 francs, mais l’estimation reste à 14 000 francs.
Le 15 décembre 1940, c’en est fait : l’ancienne maison d’école des filles est vendue aux enchères publiques.
Elle est vendue et adjugée à Mrs Robert et Roger Merigot, pour la somme de 18 000 francs. Cette ancienne école est aujourd’hui encore occupée par cette même famille.

 

Le projet de construction d’un groupe scolaire

Le projet de construction d’un groupe scolaire avait fait l’objet d’une délibération du Conseil municipal en 1936. Il était déjà sur la liste des écoles à construire ! Mais, vous allez le voir, il va se passer encore 20 ans avant que le projet ne se réalise…

En 1944, l’Inspecteur général déplore l’état de l’école :
« Elle est pauvre et les maîtresses ont fort à faire pour dissimuler un peu, par des guirlandes et des dessins, la pauvreté de leur maison et heureusement, mariées dans le pays, elles ont un logement, parce que l’école n’en a point pour elles ».
Mais les problèmes s’accumulent :
« Le poêle tombe en panne, nous sommes en février, et il n’y a plus de bois ».
Il faut attendre le mois de décembre suivant pour le remplacer.

En mai 1949, devant le « très mauvais état des bâtiments scolaires », le Maire rencontre Mr Gallot, architecte, pour un nouveau projet de construction de groupe scolaire, sur un terrain communal au centre bourg, à l’emplacement de l’ancienne cure.
Le projet établi, la décision est prise de construire, et de solliciter une aide financière :
« demander en conséquence, des subventions aussi élevées que possible au Département et à l’État, la situation financière de la commune ne permettant pas d’entreprendre de tels travaux ».
Ce projet, bien que classé « en ordre d’urgence », et dont le dossier porte le n° 22, devra encore attendre, le Ministre de l’Éducation ne consultant que les dix premiers dossiers.
En réalité, à cette époque, beaucoup d’écoles sont dans un état déplorable. En 1950, on estime à près de 20 000 le nombre de classes primaires nouvelles à construire.

En 1950, les choses commencent à se concrétiser : le plan de l’avant-projet, les premiers devis, l’architecte, Mr Gallot, la durée des travaux prévue pour un an avec un effectif de dix ouvriers. Le coût du projet est estimé à 15 854 068 francs, englobant la construction de l’école et de la mairie.
Mais l’affaire piétine, et le temps passe… Entre-temps, il faut bien entreprendre quelques réparations :
« l’ouverture de deux fenêtres dans une classe, la réfection partielle des enduits intérieurs des deux classes ».
Une lettre du 20 octobre 1948 nous apprend que l’éclairage d’une des classe n’est assuré que par une porte vitrée :
« Il est absolument nécessaire d’augmenter la lumière ».

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En novembre 1953, Mr Gallot se rend sur les lieux de l’école, à la demande du Maire Ernest Texereau, tout nouvellement élu, qui « craint pour la sécurité des enfants ».
Il constate la dégradation du local depuis trois ans, date de sa dernière visite :
« La situation s’est considérablement aggravée, en particulier dans la cantine, l’état de la charpente et de la couverture est si vétuste que l’on peut à tout moment craindre un accident. Les pièces principales de charpente ont subi des efforts de flexion et de torsion tels qu’une rupture peut se produire à tout moment, le lattis est pourri au point qu’aucun ouvrier ne peut se risquer à monter sur la couverture pour reboucher les gouttières, que la seule solution serait la réfection complète de la charpente et de la couverture pour éviter le pire, c’est à direl’écrasement total de la couverture et de la charpente, il faut faire des étaiements provisoires et fréquemment vérifiés, étant dans l’impossibilité de rendre le toit étanche. Enfin, il est souhaitable, si c’est possible de cesser d’occuper la cantine ».

En mars 1954, une subvention de 9 350 000 francs est accordée à la commune pour le groupe scolaire, qui comprendrait deux salles de classe, avec annexe et cantine, ainsi que deux logements d’instituteurs.
L’Inspecteur, non satisfait, demande encore des modifications que la commune ne peut supporter et, de nouveau, il n’est pas possible de donner une suite favorable à la construction du groupe scolaire. Le dossier technique tel qu’il se présente est à revoir, pour les raisons suivantes :
– « le logement des maîtres ne permet pas, à l’endroit où il se trouve placé, de surveiller la cour »,
– « l’emplacement réservé à la mairie et à ses abords paraît bien important, si on le compare à la cour des élèves »,
– « la cantine peut être ramenée dans le corps du bâtiment principal ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ces remarques conduisent donc à la réalisation d’un nouveau plan.
Enfin, comme tout finit par arriver : le 7 juin 1954, c’est un avis favorable !

Le rapport des Constructions scolaires, nous fait part que les dépenses subventionnables ne pourront en aucun cas dépasser 14 030 000 francs le devis de l’architecte étant de 14 135 627 francs.
Les travaux sont financés par une subvention de la Préfecture se montant à 2 576 180 francs et une autre de 9 350 000 francs par le Ministère de l’Éducation, calculée sur la base de 10% de moins, en comparaison des prix pratiqués à Paris.
Précisons qu’au vu des plans, la construction finale aura subi quelques simplifications, pour alléger le budget.

Enfin, c’est le grand jour !
À Pâques 1956, c’est dans des locaux tout neufs que Jean-Pierre, Gérard, Gilbert, et bien d’autres, vont prendre place…

 

Photographie de la classe 1955-1956. Collection personnelle

En 1956, le Conseil municipal demande l’autorisation de vendre l’ancienne école. En 1957 – le 21 février –, l’Inspecteur d’Académie donne l’autorisation de désaffecter les locaux qui ne peuvent être vendus sans son accord. Le 23 octobre, la municipalité reçoit l’autorisation de procéder à l’aliénation des bâtiments utilisés précédemment comme école et mairie. Cette ancienne école des garçons sera vendue à son tour à la famille Safranic, qui l’occupe toujours aujourd’hui.
Enfin et pour conclure, le groupe scolaire ferme ses portes à son tour en 1991, victime du regroupement scolaire. Il aura vécu 35 ans !
Cette rubrique prend fin, nous espérons que tous ceux qui sont passés par la primaire, les dizaines et les dizaines d’élèves, les bons, les mauvais, les passables, les peut-mieux-faire et les désespérants, auront pris plaisir à nous lire !

 


Recherches historiques et texte : Jeannine Portejoie et Susan Mitchell

Photographies et numérisations : Isabelle Fortuné, Susan Mitchell et Martine Provost

Sources : Archives municipales de Linazay, Archives Départementales de la Vienne

 

Publicités

Le chalet et la chapelle de Pierre Poupart

Le chalet de Pierre, vers 1903 – vers 1918

Dans un article précédent, nous avons relaté la vie de Pierre Poupart (1866 – 1941). Ce modeste citoyen de Linazay a partagé sa vie entre travaux des champs et des emplois journaliers comme maçon, tout en exerçant les fonctions de sacristain pour la paroisse. Bâtisseur et sculpteur autodidacte, il a consacré une quinzaine d’années à deux constructions singulières : sa maison, baptisée « chalet de Pierre », et sa chapelle funéraire.

Dans la mémoire collective transmise localement, perdure le souvenir de la maison de Pierre Poupart, avec une profusion de décor sculpté, telle une sorte de Palais idéal du facteur Cheval. Mais cet édifice est aujourd’hui très dégradé et l’ensemble des sculptures ont disparu. Nous essayons ici de restituer sa configuration d’origine[1].

Une propriété gardée par de hauts murs et deux chiens de pierre

Pierre Poupart implante sa maison au lieu-dit Les Aleux, sur la commune de Linazay. La situation est très isolée, à proximité de la route nationale 10, et distante d’un kilomètre des plus proches habitations. Avec l’aide de sa femme Clémentine, il réalise les travaux avec des matériaux glanés et des moyens rudimentaires. La construction débute ainsi vers 1903 et s’échelonne sur une quinzaine d’années.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

De hauts murs en pierre sèche délimitent la propriété, sur un terrain tout en longueur, qui s’étend sur 38 mètres de long pour une largeur de 13 mètres.
Dès l’entrée, la singularité du lieu s’annonçait par deux piliers surmontés par deux gros chiens de pierre, aujourd’hui disparus. Après avoir traversé la terrasse dallée, on accédait à la maison par une petite porte, autrefois surmontée de l’inscription : « Le chalet de Pierre ».

L’habitation était composée de deux pièces, complétées par un grenier et une cave, et des dépendances à l’arrière. La première salle, la plus vaste, au sol pavé, servait de cuisine et de salle à manger. La chambre occupait la deuxième pièce du rez-de-chaussée. Les murs étaient ornés de sculptures et d’inscriptions, comme ces devises « Travail » ou « Liberté », qui s’affichaient avec un motif d’armoirie aux épées entrecroisées. Pierre Poupart avait également sculpté le mobilier en bois, notamment un buffet bas, portant un décor de Diane chasseresse.
La tourelle abritait l’escalier exigu conduisant au grenier. L’accès à la cave, creusée sous la chambre, se faisait par un escalier extérieur.

Derrière la maison, Pierre Poupart avait lui-même foré le puits, pour l’alimentation en eau du ménage. Son emplacement est à présent masqué par une construction plus récente.
À l’extrémité nord, trois bâtiments venaient clôturer la propriété : un hangar pour entreposer le bois, une étable qui abritait l’âne et les chèvres, et un grenier, dédié au stockage de la récolte. La niche du chien prenait place sous l’escalier. Enfin, un fourneau occupait l’angle sud-est de l’enclos.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une tourelle aux motifs de meurtrières

L’élément le plus significatif du chalet de Pierre reste aujourd’hui la tourelle qui s’élève à l’angle nord-est de la maison. Dans sa partie supérieure, une rangée de corbeaux saillants supporte un bandeau de pierre. L’ensemble était à l’origine surmonté d’un paratonnerre, car Pierre, superstitieux, redoutait la foudre.
Pierre Poupart utilise le motif architectural de la tourelle dans ses deux constructions, le chalet et la chapelle. Cet élément témoigne d’une inspiration nourrie par l’imaginaire médiéval et l’univers des châteaux[2].

Mais les préoccupations contemporaines liées au drame de la Grande Guerre surgissent également dans la construction. En partie haute, deux pierres, percées de fentes et de trous circulaires, évoquent des meurtrières et transforment la tourelle en une sorte de poste de guet. L’inscription « Batterie n° 1 » rappelle celles de pièces d’artillerie des forts de Verdun et confirme ce rôle défensif symbolique.

 

La chapelle de Pierre, vers 1918-1919

Une fois les travaux de la maison achevés, vers 1918-1919, Pierre Poupart s’attache à un nouveau projet : l’édification d’une chapelle pour abriter la sépulture du couple.
Elle est située à une centaine de mètres en avant de la maison, du côté sud. De dimensions modestes, elle présente un simple plan rectangulaire, complété par une tourelle à l’arrière[3].

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Une chapelle funéraire, pour le repos de Pierre et Clémentine

L’édifice s’ouvre par une porte basse en bois, surmontée d’un linteau sculpté représentant un personnage en prière au pied de la Croix. Au-dessus, l’inscription « Chapelle St Pierre » propose une triple référence : au prénom de son constructeur, au matériau de sa construction, ainsi qu’à l’apôtre Pierre, traditionnellement représenté en gardien du Paradis.
Le pignon est surmonté d’une croix de pierre.

Une autre pierre sculptée, aujourd’hui déposée, figurait autrefois sur la façade : de forme circulaire, elle associe une représentation d’oiseau, portant une couronne dans son bec, aux deux prénoms des dédicataires de la chapelle, sous la forme latinisée « Pierra » et « Clémentina »[4].

Ce diaporama nécessite JavaScript.

À l’intérieur, la lumière pénètre par une petite ouverture, donnant au nord. Derrière la porte, du côté gauche, se trouve un bénitier. L’autel, orné d’une simple croix en relief, occupe le mur nord.
Un bandeau saillant délimite le haut des murs, sur lesquels s’appuie la voûte, masquée par un plafond de bois peint d’une teinte bleu charrette.
C’est dans ce petit édifice à la facture sobre et soignée, sous les dalles de pierre, que Pierre et Clémentine Poupart reposent, à l’abri d’un caveau.

Devant la chapelle, des murets de pierre délimitaient autrefois un petit jardinet. À cet emplacement, la chienne a été enterrée, près d’une pierre portant l’épitaphe : « Ici repose une chienne Lionne Regrets pour ses maîtres ».

Une tourelle-cénotaphe, à la mémoire des soldats disparus

Pierre Poupart, très marqué par le drame de la Grande Guerre et le souvenir de ses jeunes concitoyens qui n’en sont pas revenus, décide de leur rendre hommage[5]. Il élève à l’arrière de la chapelle, du côté nord, une tourelle-cénotaphe qui présente cette dédicace : « Obélisque Guerre 1914 à 1918 Aux soldats morts pour la France ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sur le fût de la tourelle, huit pierres portent les noms de quinze des combattants de la commune morts lors du conflit. Les pierres inscrites mesurent une vingtaine de centimètres de large, et sont encadrées horizontalement par des pierres en débord. Les noms figurent, pour certains dans une graphie approximative, en lettres majuscules, parfois suivis de l’initiale du prénom. Certains patronymes sont regroupés par deux ou trois, d’autres figurent séparément.

Nous pouvons ainsi lire, de bas en haut : « Deverge A, Merigot Et | Provost, Martin E, Moineau | Robichon, Gagnaire | Auvin | Picaud, Picaud F | Paquet, Moreau | Brunet, Cautron | Braud »[6].
La disposition des pierres inscrites et l’association des noms ne semblent obéir à aucun ordre logique, ne suivant ni l’ordre alphabétique, ni la date de décès des soldats.

Partiellement effondrée puis remontée, la tourelle de la chapelle a connu des remaniements : des pierres ont été déplacées, d’autres ont disparu. Dans sa configuration d’origine, qui nous est connue d’après une photographie de 1979, la tourelle était plus haute d’environ 1,10 mètre, avec un couronnement porté par quatre corbeaux, et surmontée d’un paratonnerre[7].

011_chapelle_noms
Essai de restitution de l’état d’origine de la chapelle de Pierre, d’après deux photographies datées de 1979 et de 2015

Si l’arrangement de la partie médiane semble identique à la disposition d’origine, les parties inférieures et supérieures de la tourelle ont été bouleversées. L’inscription « Obélisque » était initialement placée en partie haute, et surmontée de deux pierres qui sont aujourd’hui manquantes.
Au pied de la tourelle, prenait place un modeste autel sur lequel s‘appuyait une sculpture demi-circulaire : elle représentait un canon, placé de manière à être orienté vers Berlin. Au-dessus, une statue du Christ était insérée dans la niche. Ces éléments sculptés ont aujourd’hui disparu.

Au fil des ans, la chapelle a fait l’objet de travaux et d’entretiens réguliers : une couverture de tuiles a ainsi remplacé la toiture initiale en tôle ; la porte en bois a été recouverte de tôle et la fenêtre protégée d’une grille. Puis en 2016-2017, les héritiers ont fait don de la chapelle de Pierre à la commune de Linazay.

 

Cet ensemble de bâtiments construits par Pierre Poupart a fortement imprégné la mémoire locale. Plusieurs générations d’habitants de la commune ont ainsi été intriguées par l’ambiance insolite des lieux. Le chalet de Pierre étant à présent dénaturé, privé de tous ses éléments sculptés, c’est la chapelle qui porte le témoignage de l’œuvre de bâtisseur et de sculpteur patiemment développée par Pierre Poupart.

La singularité de la chapelle réside surtout dans ce geste de mémoire envers les soldats disparus, initié par Pierre Poupart quelques années avant la politique d’hommage national qui se traduira par l’édification des monuments aux morts sur l’ensemble du territoire[8].
Un siècle après sa construction, cet édifice est devenu un élément marquant du patrimoine local, qui transmet jusqu’à nous les traces sensibles de la mémoire de la Grande Guerre.


Recherches historiques : Groupe Histoire de Linazay
Texte, photographies, plan : Isabelle Fortuné

 Sources :
– Claude Rodriguès, « La vie et l’œuvre de Pierre Poupart », Le Picton, n° 17, septembre-octobre 1979, p. 29-31.
– Entretien avec Mme Suzanne Baudifier, dont la famille a vécu avec Clémentine Poupart à partir des années 1940 (entretien réalisé à Civray, le 27 avril 2017).
Base de données : Mémoire des hommes, consultable en ligne.
– Registres d’état-civil et registres matricules des Archives départementales de la Vienne et des Deux-Sèvres, consultables en ligne.


Notes
[1] – Cette évocation se base sur une description des lieux par Claude Rodriguès en 1979, et les souvenirs partagés par Mme Suzanne Baudifier.
[2] – Pierre Poupart se serait inspiré d’un domaine, peut-être un château fort, qu’il aurait cherché à reproduire. Il pourrait s’agir d’une propriété côtoyée localement, ou lors des années passées au service du docteur Laffite à Chef-Boutonne et à Poitiers (vers 1901-1903). Pierre Poupart possédait également de nombreux livres et des revues, dans lesquels il a pu puiser son inspiration.
[3] – La chapelle mesure 2,50 mètres de large pour une longueur de 5,60 mètres.
[4] – La sculpture à l’oiseau mesure 34,5 cm de diamètre. Aujourd’hui brisée en cinq morceaux, elle est conservée dans les collections municipales.
[5] – Âgé de 48 ans en 1914, Pierre Poupart n’a pas participé au conflit. Il avait accompli ses obligations militaires avant d’être réformé en 1896 pour raisons de santé.
[6] –  Le monument aux morts de la commune porte les noms de dix-neuf combattants morts lors de la Grande Guerre. Les noms inscrits par Pierre Poupart correspondent, avec quelques erreurs de transcription, à quinze d’entre eux. Les quatre noms manquants figuraient probablement sur deux pierres disparues.
[7] – La tourelle de la chapelle présente un diamètre de 85 cm et une hauteur actuelle de 3,20 m. Sa hauteur initiale était d’environ 4,30 m.
[8] – Le monument aux morts de Linazay a été commandé par la municipalité en 1920-1921 et s’élevait à l’origine à l’arrière du cimetière.

Exposition : Souviens-toi, l’école de Linazay – du 16 au 30 septembre 2018

• Linazay, salle des fêtes
• du 16 au 30 septembre 2018
• Entrée gratuite
• horaires d’ouverture :
– les samedis et dimanches, de 14h à 17h30
– le dimanche 30 septembre : de 10h à 17h30
– possibilité d’ouverture les autres jours sur réservation pour les groupes : mairie@linazay.fr

Souviens-toi, l’école de Linazay (vers 1831 – 1991)

Une exposition des trésors de l’école communale

Les anciennes cartes d’histoire et de géographie, les images de leçons de choses et le matériel scolaire, cahiers, tampons et encriers…, nous invitent à un voyage dans le temps à la découverte d’un siècle d’école à Linazay.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Extraits du livre d’or de l’exposition :

• « … les souvenirs remontent… Une ancienne expérience avec l’écriture à la plume ! Je réentends le bruit de la plume sur la feuille de papier. Par contre, attention à la tâche… » – Michelle

• « Quelle belle exposition. Si Linazay m’était conté » – Agnès, Saint-Pierre-d’Exideuil

• « Je retrouve le matériel de classe que l’on utilisait (règle, ciseaux, affiches d’histoire… Que de bons souvenirs me reviennent en mémoire… »

• « C’est un patrimoine à conserver, qui nous donne à voir les couleurs de l’enfance. Bravo pour la scénographie » – Alain, Linazay

• « De très jolis souvenirs parfaitement conservés » – Marie

Journées européennes du patrimoine – 15 septembre 2018

Pour sa troisième participation aux Journées européennes du patrimoine, le groupe Histoire de Linazay vous propose une découverte de son patrimoine, orientée cette année autour de l’histoire des écoles communales : une invitation à un voyage dans le temps, à la découverte de 150 ans d’école à Linazay.

Samedi 15 septembre 2018, à partir de 14h30
Lieu de rendez-vous : Mairie de Linazay
Gratuit

Au programme :

Promenade commentée : Les quatre écoles

Présentation historique des lieux ayant abrité l’école communale entre les années 1830 et 1991 : l’école de Nantillé, l’école des garçons, l’école des filles, et la nouvelle école ouverte en 1956 (actuelle salle des fêtes).

Exposition : Souviens-toi, l’école de Linazay

À la salle des fêtes, une présentation des trésors de l’école communale : anciennes cartes d’histoire et de géographie, matériel scolaire, cahiers, tampons et encriers…

Verre de l’amitié

Un verre de l’amitié est offert à l’issue de la journée.


Dimanche 16 septembre 2018, de 14h à 17h30
Salle des fêtes de Linazay
Gratuit

Exposition : Souviens-toi, l’école de Linazay

Présentation des trésors de l’école communale : anciennes cartes d’histoire et de géographie, matériel scolaire, cahiers, tampons et encriers…

 

À consulter
♦ Article de presse : Découvrir l’histoire des écoles communales
La Nouvelle République – 06/09/2018

Les recherches du groupe Histoire en 2017

Au rythme d’une réunion mensuelle et de beaucoup de séances de travail sur les archives, le groupe Histoire de Linazay a poursuivi ses activités au cours de l’année 2017.

Moment fort de nos actions, les journées du patrimoine ont permis cette année de croiser nos travaux sur la mémoire locale, autour de la chapelle de Pierre Poupart et de Cabrilia, avec une présentation des missions de conservation du Fonds régional d’art contemporain.

En fin d’année, le bulletin municipal nous offre l’occasion de présenter une partie de l’avancement de nos recherches.  Deux thématiques ont ainsi retenu notre attention :
– la vie de Pierre Poupart entre en résonance avec la formalisation en 2017 du don à la commune de sa chapelle par ses héritiers,
– la suite du récit de l’histoire de l’école communale, et de sa laborieuse mise en place par la municipalité, dans les premières décennies du XXe siècle.

Au moment où les mémoires vivantes de cette époque disparaissent, ces recherches historiques jouent pleinement leur rôle de transmission, d’échanges et de convivialité.

 

Contact : Mairie de Linazay
Adresse mail : histoiredelinazay@laposte.net

 

À consulter
Article de presse : La chapelle de Pierre Poupart à Linazay
La Nouvelle République – 20 septembre 2017

 

Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914

Partie 2 / École de Linazay / De Nantillé au bourg

La rétrospective précédente nous avait amené jusqu’à cette fin du XIXe siècle à Linazay, au moment où la commune dispose désormais de deux écoles, une pour les garçons et une pour les filles.
L’école des garçons est située route de Champagné-le-Sec (actuelle maison de la famille Safranic). En location depuis 1870, la maison d’école est achetée par la commune, le 8 septembre 1885, aux sieurs Migot et Pinganaud, pour la somme de 3 150 francs.
C’est seulement quatre ans plus tard, les 10 et 22 décembre 1889, que la municipalité acquière la maison d’école des filles auprès des sieurs Naffrechoux père et fils, pour la somme de 5 790 francs, frais et réparations compris. Cette maison d’école, située dans la même rue (actuelle maison de Jean-Claude Merigot)1, était en location depuis 1883.
Ces deux écoles ne sont pas, comme on le préconisait alors, le fruit d’une nouvelle construction, mais le résultat de nombreux aménagements sur des bâtiments existants. La municipalité a en effet toujours essayé, malgré ses faibles ressources, de répondre au mieux aux ouvertures d’écoles.
Et dans ces deux maisons d’écoles, il reste encore bien des travaux et des aménagements à réaliser…

L’école des garçons

Mobilier et matériel scolaire

En 1888, l’Académie de Poitiers accorde une aide pour finir de régler les frais d’acquisition de l’école. L’année suivante, une petite somme est attribuée pour l’achat de cartes géographiques et une mappemonde.
En 1891 – le 26 juillet –, la commune demande une contribution pour le mobilier de l’école des garçons « qui se trouve dans un état de vétusté complet et doit être tout renouvelé ». Le mobilier avait été fabriqué en 1855 sur l’initiative de l’instituteur d’alors, M. Surreau.
C’est en effet dans les décennies 1860-1880 que les écoles se codifient. Les tables, larges d’environ 35 cm, sont construites en plan légèrement incliné ; un encrier y est fixé pour deux élèves ; les bancs font corps avec les tables ; enfin, tous les angles extérieurs sont arrondis.

À partir de 1890 – décret du 29 janvier 1890 –, s’opère un grand changement. Les instituteurs doivent désormais utiliser des livres pour l’enseignement, et organiser les cours en trois niveaux : élémentaire, moyen et supérieur. Le livre d’histoire devient officiellement indispensable au fonctionnement de l’école ; et ce décret est aussi l’occasion de rappeler l’importance du cahier de devoirs mensuels.
La réglementation précise ainsi l’équipement à utiliser : le « matériel de classe à l’usage collectif », comme un tableau noir, des cartes, une bibliothèque avec des livres…, ainsi que le « matériel d’études à usage individuel », comme l’ardoise, les cahiers journaliers et mensuels, un livre de lecture courante adapté selon le cours, un livre d’histoire, de grammaire, de géographie et de morale pour les plus grands.
Selon les instructions officielles, la morale doit occuper le premier quart d’heure de chaque journée. En réalité, elle est omniprésente dans la vie quotidienne de l’élève.
Quant au livre, s’il est synonyme de travail, de leçons à apprendre et de devoirs à faire, il est aussi bien plus que cela : il laisse entrevoir, à chacune de ses pages, un monde nouveau.

À propos des cabinets d’aisances

En 1894, divers travaux sont envisagés : la construction d’un mur de clôture pour la cour, l’ouverture de deux fenêtres, le crépissage de la façade et le blanchiment de l’intérieur à la chaux, ou encore la réparation des contrevents.
Mais « la réfection des cabinets d’aisances étant urgente », il est finalement décidé d’ajourner l’élévation du mur de clôture pour construire les latrines.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les termes “latrines” et “cabinet d’aisances” sont employés indifféremment et parfois dans le même document. S’il n’est pas permis de douter de leur fonction, on peut tout de même apporter une nuance. Le dictionnaire indique :
« Latrines : Lieux d’aisances dépourvus d’installation sanitaire ».
Vous le voyez, l’affaire est subtile ! À Linazay, on peut penser que les premiers cabinets ont été installés dès l’arrivée de l’école dans la maison Safranic, soit vers 1870.
L’aménagement des lieux d’aisances dans les écoles est sans doute aussi ancien que l’organisation des écoles elles-mêmes. Dans les campagnes, où le contact avec la nature dédramatisait bien des choses, on y attachait peu d’importance et leur installation n’avait rien de systématique. La réglementation n’y faisait d’ailleurs aucune référence.

C’est ainsi qu’en 1894, la commune demande une aide pour les réparations à faire aux deux écoles : « Le devis des réparations qui auraient dues être faites depuis longtemps, si les finances de la commune l’avaient permis et en raison des lourds sacrifices qu’elle a déjà fait depuis 1875 pour l’acquisition des deux écoles ».
Le rapport de l’Académie sur les réparations projetées aux deux écoles, et en particulier à celle des garçons, propose : « On peut ajourner la construction du mur en conservant provisoirement la clôture actuelle pour permettre de refaire les cabinets d’aisances et employer les 174,76 francs prévus pour le mur à la construction et à la peinture des latrines ».

Des travaux et un déménagement

En 1897, un devis est réalisé pour la construction du mur de clôture, projet abandonné trois ans plus tôt.
« Dans l’école des garçons, la portion de cour contiguë au chemin de Linazay à Champagné-le-Sec est ouverte et les animaux en allant au pâturage y entrent souvent, ce n’est qu’au prix d’une surveillance vigilante de la part de l’instituteur, que des accidents ont pu être évités. Le maire propose de clore la cour de l’école côté chemin susnommé ».
Un autre devis concerne la toiture : « Depuis très longtemps, des réparations devaient être faites aux deux écoles mais toujours ajournées faute de moyens, au détriment de la sécurité et de la santé des enfants ».
Plus tard, les toitures des deux écoles sont toujours en très mauvais état : « Il y aurait lieu d’y remédier. Le Conseil municipal ose espérer que M. le Préfet voudra bien user de sa bienveillance et donner l’autorisation de faire les travaux de façon à les exécuter à la fin des vacances et procurer ainsi du travail aux ouvriers de la commune qui ont tous été victimes de la grêle survenue le 31 mars dernier ».

En 1900 – le 23 juin –, l’école doit être transférée, « suite à la rupture de la charpente de la classe des garçons ».
Le Maire, sur l’avis de l’Inspecteur d’Académie, « demande au propriétaire d’un immeuble situé au bourg et non habité, s’il veut bien céder une de ses pièces pour y installer l’école en attendant la réfection de la dite charpente ». La réponse est positive, mais nous ignorons à quel endroit l’école est déplacée.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

On note également que « le logement de l’instituteur étant insuffisant, il y aurait lieu de profiter de la réfection d’une partie de la charpente de l’école, tombée par suite de la rupture d’un trait, pour faire rehausser les murs de la salle de classe et établir des chambres au-dessus ».
Cette proposition donne lieu à un premier projet de travaux, mené par une équipe communale : « En raison du peu d’importance des travaux, le Conseil municipal a décidé par mesure d’économie de ne pas avoir recours à un architecte, le secrétaire de Mairie a été chargé de faire les plans et devis, et une commission sera chargée de faire exécuter les dits travaux. Un des membres de cette commission est un ancien maçon compétent ».

Ce premier plan prévoit, au rez-de-chaussée, de transformer une fenêtre en porte dans le logement de l’instituteur (du côté est de l’immeuble), et d’installer un préau à la suite. Il est envisagé également de surélever la partie de l’immeuble au-dessus de la classe, là où toiture a rompu, d’ouvrir deux fenêtres et de créer deux pièces pour l’instituteur, de refaire la toiture et de nouvelles cheminées. La mairie ne figure pas sur ce plan. Les devis font mention de matériaux de première qualité. Mais ce projet ne sera pas réalisé.

Puis en 1901, un second plan de rénovation de la maison d’école fait état de la construction d’une mairie, de servitudes et d’un puits. Dans cette deuxième version du projet, le préau trouve sa place en face de l’école, où l’on peut encore le voir aujourd’hui. La mairie occupe l’extrémité est, à l’emplacement précédemment envisagé pour le préau et les servitudes. C’est ce plan-là qui est finalement exécuté.

En 1908, on s’interroge sur l’emplacement de la mairie : « La majorité du Conseil municipal n’est plus d’accord sur l’emplacement de la mairie qui se situerait, d’après le devis, contiguë au logement de l’instituteur et ouvrant sur la cour de l’école. Le nouveau Conseil trouve aujourd’hui que pour éviter toute communication avec la maison d’école il est préférable que celle-ci soit construite le long de la voie publique pour y avoir une sortie ».
Cette dernière proposition ne se fera pas.
La même année, est foré le puits, prévu sur le plan de 1901, d’une profondeur de 32 mètres.

Vacances et travaux des champs

En 1908, la municipalité demande au Préfet de prolonger l’école de quinze jours, soit jusqu’au 15 août, pour que la rentrée se fasse le 15 octobre.
« Au commencement d’octobre, les enfants sont très occupés par la récolte de fruits et de légumes divers, tandis qu’au mois d’août, les élèves viennent plus régulièrement en classe, les moissons ne nécessitant pas leur petit concours, la population scolaire a tout à y gagner… »
En milieu rural, et ce n’est pas un hasard, les congés tombaient entre moissons et vendanges, si bien que lorsque l’enfant est en vacances scolaires, il ne l’est pas pour autant des travaux des champs.

L’école des filles

Des réparations et des travaux

En 1890, de la toile est achetée pour les travaux de couture.
Puis divers aménagements sont apportés au local acheté en 1889. Au rez-de-chaussée, prennent place une classe, un corridor, une cuisine et une chambre à coucher. Une surélévation permet d’installer deux pièces, un corridor et un espace grenier. Un préau est également construit.

En 1891, le Conseil Général de la Vienne accorde une aide de 100 francs pour les « réparations essentielles et très urgentes dues à la rigueur de l’hiver ».
Trois ans plus tard, une fenêtre de la salle de classe est transformée en porte, tandis que l’ancienne porte est murée. Les murs sont blanchis.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Toujours à propos des cabinets d’aisances

En 1895, sont évoquées des réparations urgentes des « contrevents et des lieux d’aisances qui se trouvent dans un état de délabrement complet, sans porte et avec des planches non assujetties. Cette situation ne pouvant être tolérée plus longtemps ».
Le Conseil municipal décide alors de privilégier la réfection des cabinets, au détriment du percement de fenêtres : « la situation financière de la commune ne permet pas de rajouter des réparations à celles déjà en cours, mais propose de modifier le devis approuvé par M. le Préfet, en supprimant les deux petites fenêtres prévues au premier étage de la classe de la nouvelle construction, en les remplaçant par des cabinets ou une restauration convenable de ceux existant déjà ».

Puis, en 1897, un devis est établi pour fermer le côté nord du préau et réparer la toiture : « Le préau, se trouve ouvert des deux côtés, au Midi et au Nord, ce qui le rend inutile, surtout en hiver ».
M. le Maire propose de le faire clore du côté nord.
Enfin, en 1911, s’opère une réfection de la couverture de l’école et du préau ; et la façade est crépie.

La loi sur l’hygiène de 1902 : une révolution de santé publique

Vous n’aurez pas manqué de remarquer dans ce récit qu’il est souvent fait référence aux latrines, puis aux cabinets d’aisances. Plus tard, on parlera de water-closets pour les filles, pendant que la même année chez les garçons, on utilisera volontiers l’abréviation WC !

Tout cela porte à sourire aujourd’hui, mais la notion d’hygiène, sur laquelle s’appuie la loi relative à la protection de santé publique du 15 février 1902, est nouvelle en ce début du XXe siècle.
Après les découvertes de Pasteur sur la transmission des microbes, peu de traitements sont adaptés à la prise en charge de pathologies comme la tuberculose ou la diphtérie, qui sont encore très répandues.
Pour que le pays guérisse de ces maux, la République met l’hygiène au premier rang de ses préoccupations. L’école représente alors un formidable outil pour apprendre aux enfants les règles de propreté, et pour les diffuser dans toutes les couches de la société.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le rôle de l’instituteur apparaît dans toute sa dimension et c’est sur lui que repose l’essentiel de la loi de 1902. Cette loi donne à l’instituteur les pleins pouvoirs en matière de lutte contre les maladies évitables, contre les logements insalubres, contre l’eau et les aliments impropres et nuisibles (d’où la construction d’un puits).
Le maître d’école veille ainsi à la propreté (vérification des mains, des cheveux, des oreilles) et à la tenue des élèves, ainsi qu’à l’aération de la classe (d’où l’attention portée aux fenêtres). Il est notamment recommandé de « renouveler fréquemment l’air et en toute saison, les courants d’air emportant miasmes et émanations malsaines pour la santé ». Mais le moyen le plus économique et le plus salutaire est encore de blanchir les murs à la chaux, cette opération devant se faire une fois par an aux vacances. Le règlement général pour les écoles primaires oblige l’instituteur à tenir sa classe dans un état constant de propreté et de salubrité.
Cette prévention a contribué pour beaucoup à la forte augmentation de l’espérance de vie.

Vous l’aurez remarqué aussi, l’instituteur d’alors ne s’arrête jamais. Après la classe, il n’est pas rare qu’il exécute des tâches administratives, comme le secrétariat de la mairie, ou qu’il donne des cours pour adultes, comme ceux que l’instituteur s’engage à assurer en 1895 à Linazay.
Considéré comme un notable, il n’en était pas moins très mal logé. Une vie de courage, de disponibilité et d’amour du métier.
Et parce que nous avons tous été des enfants et que nous avons tous pris un jour le chemin de l’école, ce récit ne manquera pas de vous rappeler quelques souvenirs, et d’éveiller en vous la nostalgie de cette école qui n’existe plus.


Crédits

– Recherches historiques et texte : Jeanine Portejoie et Susan Mitchell
– Photographies d’archives : Susan Mitchell


Sources
– Archives départementales de la Vienne
– Délibérations du Conseil municipal de Linazay
– Clive Lamming, À l’encre Violette. Un siècle de vie à l’école communale, éditions Atlas, 2005.
– Daniel Durandet, Les livres de nos cartables, éditions du Layeur, 2006.


Notes

1– L’école des garçons était située au 24 rue du Bois de l’École ; l’école des filles au n° 5 de la même rue.

À consulter aussi :
L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878
Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889

Pierre Poupart (1866-1941)

Pierre Poupart est un modeste citoyen de la commune de Linazay, qui, dans les premières décennies du XXe siècle, a édifié de ses mains sa maison, désignée comme « chalet de Pierre », ainsi qu’une curieuse chapelle funéraire à cénotaphe, connue aujourd’hui sous le nom de « chapelle de Pierre[1] ».

Bâtisseur et sculpteur autodidacte, Pierre Poupart orne ces deux constructions d’un éclectique décor de sculptures et d’inscriptions. L’habitation étant aujourd’hui ruinée, la chapelle de Pierre reste la seule trace de cette œuvre singulière : elle constitue un élément marquant du patrimoine local, et porte le témoignage sensible du drame de la Grande Guerre.

Une vie modeste, centrée autour du territoire de la commune de Linazay

Pierre Poupart naît à Linazay le 27 janvier 1866, de Jean Poupart et Marie Guillaud[2]. Ses parents, cultivateurs, sont domiciliés au chef-lieu[3]. Pierre Poupart reçoit une éducation élémentaire à l’école communale de Linazay[4], puis il doit aider ses parents aux travaux de la ferme.

C’est un jeune homme aux cheveux châtains et aux yeux roux, de petite taille[5] et de constitution fragile. Appelé à partir de 1887 pour ses obligations militaires à Poitiers, son incorporation est en effet reportée à plusieurs reprises pour cause de « faiblesse ». Il effectue son service actif d’un an en 1889, puis il est placé dans la réserve, avant d’être réformé quelques années plus tard, pour raisons de santé[6].

De retour du service militaire, Pierre Poupart est ensuite employé à Civray, chez le docteur Arthur Descubes[7].

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le 22 juin 1891, en l’église Saint-Hilaire de Linazay, Pierre épouse Clémentine-Éléonore Bonnet[8]. Cette jeune femme de deux ans sa cadette est originaire du hameau voisin des Maisons-Blanches, à Limalonges en Deux-Sèvres.

Le couple fonde un ménage modeste : Pierre Poupart a dû se porter garant des dettes de ses parents et travaille comme journalier. Ils s’installent en location à Bel-Air[9], hameau de la commune de Linazay composé d’un regroupement de quelques habitations, de part et d’autre de la route nationale de Paris à Bordeaux.

C’est alors que Pierre Poupart fait à son épouse une promesse : celle de construire, un jour, leur propre maison.

Mais vers 1901, face à des difficultés financières plus pressantes, le couple est contraint de partir pour une place de domestiques chez le docteur Paul Laffite à Chef-Boutonne[10]. Clémentine prend en charge le ménage et la cuisine, tandis que Pierre, employé comme palefrenier et chauffeur, conduit le docteur pour les visites aux patients. Dans un deuxième temps, le couple suit le Dr Laffite lors de son déménagement à Poitiers, mais Pierre Poupart refuse ensuite de s’exiler lorsque son employeur part cette fois vers Paris.

C’est ainsi que deux ans plus tard environ, vers 1903, Pierre et Clémentine Poupart sont de retour à Linazay ; ils s’installent à nouveau en location au hameau de Bel-Air[11].

L’œuvre de patience d’un bâtisseur autodidacte

Pierre Poupart commence alors à bâtir sa propre maison. Il l’implante sur des terres reçues en héritage[12], au lieu-dit les Aleux, en situation très isolée à l’extrémité nord-ouest de la commune de Linazay[13].

Pour ce travail de longue haleine, Pierre Poupart récupère les pierres de construction dans les champs alentour et les bâtiments en ruines. Pour le mortier, il transporte l’eau depuis le bourg de Linazay dans un tonnelet chargé sur une brouette, et part glaner le sable au bord de la route nationale. Clémentine, bien que réticente au début, contribue également aux travaux[14].

La construction s’échelonne ainsi, à quatre mains et avec des moyens rudimentaires, sur une quinzaine d’année, entre 1903 et 1918 environ.

Une fois leur domicile achevé, vers 1918-1919, Pierre Poupart se lance dans un nouveau projet : l’édification de leur chapelle funéraire. Très marqué par le conflit de la Grande Guerre, il décide de rendre hommage à ses concitoyens de la jeune génération qui n’en sont pas revenus. Il élève ainsi à l’arrière de la chapelle une tourelle-cénotaphe portant les noms des enfants de la commune morts lors du conflit. Ce mémorial est érigé quelques années avant le monument aux morts de la commune de Linazay[15].

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Après ces travaux considérables, la santé de Pierre se dégrade. Cependant, le couple continue à travailler à la journée, tout en cultivant modestement ses quelques ares. Les labours sont effectués avec un araire tiré par un âne. Aux temps des moissons, Pierre Poupart récolte les blés à la faucille et les bat sur une vieille barrique. Quatre chèvres fournissent le fromage que Clémentine part vendre au marché de Chaunay[16].

La vie sociale de Pierre Poupart reste concentrée sur le territoire de la commune et ses environs immédiats. À Linazay, il est employé comme maçon pour des travaux de construction dans le village. Il exerce également les fonctions de sacristain, et anime les jours de fêtes en jouant de la clarinette. Il apporte son pain à cuire dans un four de Traversay, et se lie d’amitié avec la famille Beau, qui réside dans ce hameau.

En 1927, à la demande du curé de Blanzay, il reçoit la médaille de Saint-Hilaire, ou diplôme des honneurs, pour ses « longs et dévoués » services auprès de la paroisse de Linazay. Cette récompense lui est décernée lors d’une cérémonie en la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, de la main de Mgr Olivier Marie de Durfort, le 16 janvier 1927[17].

Pierre Poupart décède le 3 juillet 1941 à Linazay, à l’âge de 75 ans. Sa femme Clémentine s’installe ensuite à Traversay chez la famille Beau. Elle décède le 9 mai 1961.

Leurs corps reposent ensemble à l’abri de la chapelle bâtie par Pierre pour être leur « dernière maison ».

Régulièrement restaurée et entretenue, cette construction porte encore jusqu’à nous le message de Pierre Poupart et témoigne de son œuvre aux multiples facettes, à la fois œuvre de courage, de création et de mémoire.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’œuvre sculptée de Pierre Poupart

Du texte à l’image

L’œuvre sculptée de Pierre Poupart nous est connue par seulement une dizaine de pièces aujourd’hui conservées. Sculptées en volume ou en bas-relief, en pierre ou en bois, elles se caractérisent tout d’abord par l’association systématique de texte à l’image, dans la tradition de l’art religieux médiéval.

Par ces inscriptions, Pierre exprime un message porteur de valeurs, comme avec les mentions « Liberté » ou « Travail », qui s’affichaient sur les murs intérieurs du chalet de Pierre.

Parfois, le texte inscrit sert à préciser la fonction d’un lieu, « obélisque » ou « chapelle », ou à identifier le sujet, telle la mention « Eve » figurant sur le socle d’une sculpture brisée.

Le texte peut aussi être réduit à sa plus simple expression, comme dans le cas de l’initiale P, encadrée de quelques volutes végétales, utilisée comme signature dans le mur d’une maison du bourg de Linazay. À la chapelle, les inscriptions prennent une fonction mémorielle, invitant à prolonger le souvenir des personnes disparues.

Afin de s’assurer de leur lisibilité, Pierre Poupart a parfois souligné d’un trait de couleur sombre les creux de ces écritures.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

De l’imaginaire médiéval au drame de la Grande Guerre

Pierre Poupart est une personnalité originale et un homme cultivé, qui possède beaucoup de livres, et probablement aussi des revues[18].

Il y puise une inspiration éclectique, dans laquelle se croisent plusieurs thématiques.

L’univers médiéval est très présent dans son œuvre, par l’élément architectural de la tourelle, mais aussi dans ses bas-reliefs sculptés, notamment par l’emploi du motif de blason.

Dans l’armoirie à l’inscription « Liberté »[19], sur un fond d’épées entrecroisées, se détache la silhouette d’un blason, dont la forme particulière ne se rencontre pas localement[20]. Le motif intérieur de l’armoirie est imaginaire, composé d’une répétition de trois triangles surmontés d’une croix.

Pierre Poupart ponctue aussi ses représentations de références religieuses, notamment par ces symboles de croix. C’est ainsi qu’au linteau de la chapelle de Pierre est représenté un personnage en orant, agenouillé en prière au pied de la croix. Le même dessin d’un triangle surmonté d’une Croix évoque la Crucifixion sur le Mont Golgotha. Les initiales « J C » sont inscrites dans le blason au-dessus du personnage.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mais Pierre Poupart peut aussi se consacrer à des sujets plus légers, comme avec ces nus féminins ou ces représentations d’animaux.

À ces diverses sources d’inspiration viennent se confronter, en cette deuxième décennie du XXe siècle, les préoccupations liées au drame de la Grande Guerre.

Les récits des rescapés, le souvenir de ses jeunes concitoyens morts lors des combats, se traduisent alors par l’irruption de sujets guerriers, tels le canon autrefois inséré à la chapelle, ou les meurtrières du chalet.

Très singulières, variées par leurs dimensions, leurs formes et leurs matériaux, ces quelques pièces sculptées qui sont parvenues jusqu’à nous à travers plus de sept décennies, témoignent ainsi, par-delà une exécution parfois assez naïve, d’une inspiration très personnelle et toujours renouvelée.

Ce diaporama nécessite JavaScript.


Sources

Les éléments biographiques relatés ici sont issus d’un article de Claude Rodriguès, « La vie et l’œuvre de Pierre Poupart », publié dans Le Picton, n° 17, septembre-octobre 1979.

Ils ont été complétés par un entretien avec Mme Suzanne Baudifier, dont la famille a vécu avec Clémentine Poupart à partir des années 1940. Cet entretien s’est déroulé le 27 avril 2017 à Civray. Les informations ont été vérifiées par la consultation des documents d’état-civil (archives communales), des recensements de population (Archives départementales de la Vienne et des Deux-Sèvres) et du registre matricule de Poitiers, année 1886 (Archives départementales de la Vienne).


Crédits

– Recherches historiques : Groupe Histoire de Linazay

– Texte et photographies : Isabelle Fortuné


Notes

[1] – La chapelle de Pierre fera l’objet d’un prochain article.

[2] – Jean Poupart, père de Pierre, est né à Fortran, hameau de Linazay, le 21 janvier 1834. Marie Guillaud, sa femme, est née le 12 novembre 1839.

[3] – Le foyer abrite également Marie, la sœur aînée de Pierre, et ses grands-parents maternels.

[4] – L’école communale mixte – qui deviendra école des garçons à partir de 1890 – est située route de Champagné-le-Sec à Linazay. Le livret militaire de Pierre Poupart indique un degré d’instruction de niveau 3, qui correspond à une instruction primaire – savoir lire, écrire, compter –, équivalente à un niveau de certificat d’études (sans avoir forcément obtenu ce diplôme).

[5] – Son livret militaire indique une taille d’1,59 mètre.

[6] – Dans son livret militaire, les années 1887 et 1888 portent la mention « ajourné faiblesse ». Jugé « Bon » pour le service en 1889, Pierre Poupart effectue son service actif d’un an dans le 90e régiment d’Infanterie de Poitiers, puis il est placé dans la réserve de l’armée active en 1890. En septembre 1895, il effectue une période d’exercice d’un mois avant d’être définitivement réformé en juillet 1896, pour ostéite tuberculeuse au genou. Cette maladie rare provoque une inflammation douloureuse des articulations.

[7] – Le Dr Arthur Descubes réside Grande rue à Civray, dans le recensement de 1891. Il est témoin lors du mariage de son employé.

[8] – Clémentine-Éléonore Bonnet, épouse Poupart, est née le 8 décembre 1868, de Jean Bonnet, sabotier, et de Jeanne Broussart, sans profession. Avant son mariage, elle réside à Poitiers.

[9] – Dans les recensements de la population, Pierre Poupart et sa femme sont domiciliés à Bel-Air pour les années 1896, 1906 et 1911.

[10] – Le docteur Paul Laffite est domicilié à Chef-Boutonne (Deux-Sèvres), dans le quartier de la mairie, lors du recensement de 1901.

[11] – Le foyer accueille alors également Jeanne Broussart, la mère de Clémentine.

[12] – Jean Poupart, le père de Pierre, décède le 16 août 1902 à Linazay.

[13] – C’est un territoire dédié aux terres agricoles, à proximité de la route nationale 10, desservi par un chemin reliant le bourg de Linazay à Lezay. Les habitations les plus proches sont distantes d’un km, au bourg de Linazay, et d’1,5 km au hameau de Traversay, sur la commune de Chaunay.

[14] – Clémentine trouve que cette entreprise représente trop de travail. On rapporte même qu’au début des travaux, elle détruit au fur et à mesure l’ouvrage bâti par son mari. Devant le caractère déterminé de Pierre, elle finit par céder et participer à la construction.

[15] – Le monument aux morts de Linazay est élevé en 1921, à proximité du cimetière.

[16] – Le bourg de Chaunay est distant de 5 km, en direction du nord.

[17] – Le diplôme, très endommagé, est encore conservé dans la chapelle de Pierre à Linazay.

[18] – Deux illustrations de revues encadrées décorent les murs intérieurs de la chapelle de Pierre.

[19] – Cette pièce était initialement placée au dessus de la cheminée, dans la pièce à vivre du chalet de Pierre.

[20] – Ce dessin, à trois pointes au chef, est la forme suisse des blasons.

Journées européennes du patrimoine – 2017

Pour sa deuxième participation aux Journées européennes du patrimoine, la commune de Linazay vous propose une découverte de son patrimoine, orientée cette année autour de la chapelle de Pierre et du Fonds régional d’art contemporain.

Les visites commentées proposées par la commune sont prolongées par la visite des réserves du FRAC. Un verre de l’amitié sera offert à l’issue de la journée.

Découverte du patrimoine de Linazay : chapelle de Pierre et FRAC
Samedi 17 septembre à partir de 14h30
Lieu de rendez-vous : Mairie de Linazay
Gratuit

Contact : histoiredelinazay@laposte.net
Mairie de Linazay – aux horaires habituels d’ouverture

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Programme de la journée

Visites-découvertes proposées par la commune de Linazay

14h30 / 16h

Accueil à la Mairie de Linazay et présentation de la journée
Déplacement en voiture jusqu’au site de la chapelle de Pierre et du FRAC.

Visite commentée de la chapelle de Pierre

La chapelle de Pierre est un édifice singulier construit au début du XXe siècle : à la fois chapelle funéraire et cénotaphe, elle est l’œuvre de Pierre Poupart, bâtisseur et sculpteur autodidacte et humble citoyen de la commune de Linazay.

Avant le FRAC : retours sur Cabrilia

En 2003, le centre international caprin a ouvert au public ses espaces dédiés à l’univers de la chèvre : pendant 2 ans, Cabrilia a proposé une découverte originale de la filière caprine, de la production à la transformation, en passant par la recherche ou la dégustation gastronomique…


Visite-découverte proposée par le FRAC Poitou-Charentes

16h / 17h

• Les dessous d’une collection : le travail de conservation

Le site de Linazay est le lieu de conservation de la collection du Fonds régional d’art contemporain de Poitou-Charentes. Cette rencontre permettra de faire découvrir un aspect méconnu de l’activité d’un FRAC : les activités liées à la conservation et à l’administration des œuvres d’art contemporain.


Verre de l’amitié

à partir de 17h


« La petite commune de Linazay qui possède un riche patrimoine a participé pour la deuxième fois aux Journées du Patrimoine. Cette année, la chapelle de Pierre Poupart et le Fonds Régional d’Art Contemporain figuraient au programme des visites prévues. Les 30 « défricheurs d’histoire » […] se sont rendus tout d’abord à la chapelle de Pierre. Ce singulier édifice construit au début du XXesiècle, par Pierre Poupart, cultivateur, bâtisseur, sculpteur et humble citoyen de la commune est une chapelle funéraire. »

À consulter
Article de presse : La chapelle de Pierre Poupart à Linazay
La Nouvelle République – 20 septembre 2017

Maires de Linazay

Depuis la création des communes en 17891, Linazay a d’abord appartenu au canton de Chaunay (1890 – 1899), puis à celui de Civray, auquel elle est encore rattachée actuellement. 21 maires se sont succédé à la tête de la commune. Parmi les plus longues mandatures figurent celles de François Auvin (32 ans), M. Metayer (24 ans), Jean Morisset (23 ans), Louis Dussouil (18 ans) et André Robin (18 ans).

• An I (1892 / 1893) – Rogeon, maire

• An II – François Bachellier, membre du conseil général de la commune

• An III – Jacques Metayer, agent municipal

• An IV – Jacques Bouchet, adjoint municipal

• An V – Pinganaud, adjoint / Metayer, agent municipal

• An VI – Metayer, agent municipal / Rogeon, agent municipal

• An VII / An VIII – Rogeon, agent municipal

• An IX (1800) / 1824 – Metayer, maire

• 1824 23 juin / 1834 – Victor Pontenier, maire

• 1834 15 janvier / 1835 – Jacques Bachelier, maire

• 1835 28 avril / 1836 – Victor Pontenier, maire

• 1836 26 janvier / 1846 – André Rousseau, adjoint, puis maire le 26 février 1836

• 1846 16 novembre / 1878 – François Auvin, maire

• 1878 6 novembre / 1881 – Pierre Alexis Dussouil, maire

• 1881 14 février / 1895 – Louis Dussouil, maire

• 1895 3 juin / 1904 – Pierre Debenest, maire

• 1904 31 décembre / 1908 – Pierre Blanchard, maire

• 1908 17 mai / 1912 – Louis Dussouil, maire

• 1912 19 mai / 1919 – Jules Fenetre, maire

• 1919 10 décembre / 1942 – Jean Morisset, maire, réélu les 26 avril 1925, 19 mai 1929, et 19 mai 1935. Démission le 14 novembre 1942.

• 1942 15 décembre / 1953 – Ludovic Auvin, nommé maire par le préfet, est élu le 18 mai 1945. Réélu le 2 novembre 1947.

• 1953 10 mai  / 1963 – Ernest Texereau, maire, réélu en mars 1959. Démission le 7 novembre 1963.

• 1963 25 décembre / 1965 – Eugène Auguste Pautrot, maire

• 1965 28 mars / 1971 – Moïse Brothier, maire

• 1971 28 mars / 1989 – André Robin, maire

• 1989 25 mars / 2008 – Michel Mérigot, maire

• 2008 mars – Jean-Pierre Provost, maire

Ce diaporama nécessite JavaScript.



Notes
1 – Loi du 14 décembre 1789.

Sources : Registres paroissiaux et d’état civil, 1631-1912, collection communale. Disponible en ligne sur le site des Archives départementales de la Vienne.

Recherches historiques : Jeanine Portejoie, Gérard Provost, Gilbert Robin

Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889

Partie 1 / École de Linazay / De Nantillé au bourg

Reprenons le cours de l’histoire de l’école communale1 en 1870, date probable de l’installation de l’école mixte au bourg de Linazay, dans la maison Migot et Pinganaud, route de Champagné-le-Sec, aujourd’hui maison Safranic.

Les événements relatés dans cette rubrique sont extraits des archives municipales de Linazay, complétées par le fonds des Archives départementales de la Vienne. Les faits sont présentés de façon chronologique, certes pas toujours attractive, mais qui illustre bien les difficultés rencontrées par la commune pour mettre en place une puis deux écoles, ainsi que le temps passé et les sacrifices consentis pour donner à ses enfants un accès à une vie meilleure.

En 1871, l’école est en location, pour 50 frs annuels, et le bail expire en 1880. Dès 1877, la commune projette d’acheter ce bâtiment. Elle obtient en 1878 l’autorisation de faire dresser plans et devis.
Mais, cette même année, suite à de nombreuses difficultés, le Maire demande le renouvellement du bail pour 10 ans.
Le Préfet et les services de l’Inspection primaire refusent dans un premier temps puis acceptent finalement, compte-tenu des faibles moyens de la commune, de la promesse de vente des sieurs Migot et Pinganaud et de l’accord établi entre la municipalité et les propriétaires pour exécuter des travaux.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Travaux de mise en conformité

Si le bail à renouveler est accepté par les autorités supérieures, il est assorti du rapport de l’Inspecteur primaire avec les modifications suivantes, qui n’auront lieu qu’une fois le bail renouvelé :

– « La classe devra être pavée ;
– Une « chambre » de 4m66 de large sur 6m de profondeur sera édifiée dans le jardin à la suite des bâtiments actuels ; Cette « chambre » et les 2 existantes seront consacrées à l’instituteur et la mairie ne pourra en occuper une. Des lieux d’aisance pour les garçons seront construits en vue de l’école et dans la cour ; des lieux d’aisance pour les filles et pour le Maître seront construits dans le jardin ;
– La cour et le jardin seront entourés de murs et de palissades ;
– Le trou qui se trouve dans la cour sera comblé ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Partout en France, des centaines d’inspecteurs ont pour missions d’enquêter sur l’état des locaux scolaires. Certains rapports sont accablants. Des architectes sont chargés de concevoir et de dessiner dans les moindres détails les plans de nouvelles écoles. Ils sont tenus de respecter les consignes du Règlement pour la construction et l’ameublement des maisons d’écoles, sous peine de voir leur projet rejeté par le Comité des bâtiments.

Les « écoles » ne sont souvent que des locaux de fortune. Il faut bien se contenter des bâtiments disponibles, que les communes, contraintes par la loi d’ouvrir des écoles, et trop pauvres pour en construire, peuvent récupérer. Il s’agit souvent une pièce unique, mal aérée,  sale, et non chauffée parfois ! Le sol en terre battue devient un bourbier l’hiver, alors que c’est à cette saison que l’école est la plus fréquentée… Voici le lot de milliers d’élèves de la campagne.

Linazay n’échappe pas à la règle, les archives nous signalent qu’en mai 1880 : « les chambres d’habitation de l’instituteur ne sont ni planchéiées, ni pavées d’aucune sorte, le plain-pied est sur la terre et il s’ensuit des dégradations continuelles qui font beaucoup de poussière rendant l’atmosphère malsaine ».

Devant l’urgence, le conseil municipal et les plus imposés prennent à leur charge le pavage de la classe, l’instituteur, M. Auvin s’engage quant à lui à payer celui de son logement, que la commune lui remboursera au cours du bail.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’enseignement primaire à l’époque de la réforme

La réforme de l’enseignement primaire prendra 10 ans (de 1879 à 1889) et sera fortement marquée par les deux principales lois de Jules Ferry : en 1881, la gratuité absolue des écoles primaires et, en 1882, la laïcité et l’obligation scolaire pour les garçons et les filles de 6 à 13 ans.
De 1800 à 1900, le nombre des écoles publiques augmente considérablement ; elles sont désormais capables de scolariser la quasi-totalité des enfants. L’esprit pédagogique progresse doucement, il fournit un bagage fait de savoirs élémentaires et de comportements moraux…
L’enseignement englobe, non pas tout ce qu’il est possible de savoir, mais ce qu’il n’est pas permis d’ignorer : lire, écrire, compter, connaître sa géographie, honorer sa patrie par le travail et le respect !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Projet de financement pour l’acquisition de la maison d’école mixte
1881 – n° 55 et 56

Le projet d’acquisition de la maison d’école est toujours en cours. Les propriétaires céderaient le local et le jardin attenant, le tout d’une contenance de 18 ares, pour la somme de 3150 frs : « C’est le vœu général des habitants de la commune ».

Cet immeuble est indispensable pour établir définitivement la maison d’école. Le procès-verbal d’expertise approuvé à l’unanimité par le Conseil municipal, décide, avec les plus imposés, de voter un impôt extraordinaire de 2 centimes par franc sur les quatre contributions directes pendant 30 ans, qui formera la somme de 1548 frs. Une autre somme de 1500 frs sera empruntée à la Caisse des écoles et remboursable, capital et intérêts, sur 30 ans également. Les 1700 frs restant seront complétés par une subvention de l’État et du Département. Ces dernières mesures ne feront pas la majorité et M. François Magnan et Antoine Lucquiau refusent de voter l’imposition extérieure pour les motifs « que l’école actuelle est à l’opposé de la commune et qu’elle ne convient à aucun village de par sa situation ».

Il reste alors à obtenir les autorisations. Malgré tout, quelques mois plus tard, le sous-préfet informe que l’impôt extraordinaire de 2 centimes ne suffira pas pour l’acquisition de la maison d’école.

Caisse des Écoles

La Caisse des Écoles, instituée par l’article 15 de la loi du 10 avril 1867, est établie dans toutes les communes. Elle permettait d’octroyer une subvention pour chaque création d’école réalisée par la commune, au moins égale au montant des subventions communales. La répartition des secours se faisait par les soins de la commission scolaire du Conseil municipal. À l’origine, elle était destinée à faciliter la fréquentation des écoles par des aides en fonction des ressources des familles.

Dépenses scolaires
1882 – n° 62 – Prévisions pour l’année :

– Montant du traitement fixe de l’instituteur : 200 frs
Ce salaire reste inchangé… depuis 1851.

– Traitement éventuel (supplément des trois dernières années) : 1141.16 frs

– Traitement de la maîtresse des travaux d’aiguilles : 100 frs
Pour les filles, il est bon de préciser que la couture a une importance considérable à l’école primaire, et cette discipline est un élément essentiel de son rôle futur de mère et de ménagère.

– Location de la maison d’école et indemnité de logement : 180 frs

Total : 1621.16 frs

Ces dépenses seront acquittées au moyen d’une imposition spéciale de 4 centimes, que le Département et l’État auront à compléter pour faire face aux dépenses ordinaires et obligatoires de l’Instruction primaire.

Organisation de l’enseignement et mise en place d’une commission municipale scolaire
1882 – n° 71

Une commission municipale scolaire est instituée dans chaque commune pour surveiller et encourager la fréquentation des écoles (loi du 28 mars 1882). Cette commission est présidée par le Maire, et composée d’un des délégués du canton et de membres de la commune désignés par le Conseil municipal. Les membres de Linazay siégeant à cette commission sont les sieurs Gautron, Debenest et Baillargé.

Encore peu répandu, bien que crée dans les années 1830, à une époque où l’instruction n’était pas obligatoire, le certificat d’études est définitivement institué par cette même loi. Dès lors « le certif » couronnera les études primaires jusqu’à sa suppression en 1989.

Bien que les choses soient encore très compliquées, elles prennent tout de même forme et chacun commence à trouver ses marques…

1882 – n° 73

10 frs, pour l’instituteur, sont pris sur la Caisse des écoles pour l’achat de bons points et de tableaux d’honneur.

Pour encourager ses élèves le maître distribuait diverses récompenses : parmi elles, les bons points remis chaque jour aux élèves les plus méritants !

Avancement du projet d’acquisition de l’école mixte et nouvelles difficultés financières
1882 – 4 juin – n° 75

L’autorisation est accordée à la commune :

-1°, d’acquérir l’immeuble des sieurs Migot et Pinganaud servant actuellement d’école, au prix de 3150 frs ;

-2°, d’emprunter à la Caisse des Lycées, Collèges et Écoles primaires la somme de 1500 frs remboursable en 30 ans et destinée à concourir avec d’autres ressources au paiement des frais d’acquisition la maison d’école ;

-3°, de s’imposer encore à partir de 1883, de 2 centimes ½ additionnels, destinés à produire la somme de 1800 frs pour rembourser l’emprunt.

Ce même jour, le Maire fait remarquer que « M. le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts n’a accordé qu’un secours de 1000 frs sur les 1700 frs demandés, que pour solder entièrement l’acquisition autorisée, il y aurait lieu d’insister auprès de M. le Ministre pour obtenir le complément nécessaire à cette acquisition », et qu’en l’occurrence il sollicite un secours de 700 frs.

1882 – 12 septembre – n° 80

Le Maire annonce :

1°, « qu’il est dû au sieur Migot, propriétaire, la somme de 110 frs de loyer pour l’année 1880-1881, qu’il serait urgent de solder dans les plus brefs délais, attendu que le propriétaire est dans une situation nécessiteuse » ;

2°, « que cette somme n’était pas inscrite au budget primitif de 1880, le bail ayant été renouvelé après la session de mai et augmenté de 110 frs après quelques appropriations faites au dit logement » ;

3°, « que les ressources ne permettent pas de solder ce loyer et qu’il y a lieu de solliciter de M. le Prefet, un secours de l’État pour couvrir cette dépense ».

1882 – 31 décembre – n° 82

Le Maire expose : « que les 110 frs, dus au sieur Migot, avaient, en réalité été versés, dans la Caisse Municipale le 15 septembre 1881, au moyen d’une subvention de 160 frs (prix du loyer), sans qu’il en ait été avisé, que le sieur Migot a reçu dans l’immédiat la somme de 50 frs et qu’il demande à M. le Préfet l’autorisation de retirer le surplus de cette subvention pour le solder entièrement ».

Projet de création d’une écoles de filles
1883 – 25 février – n° 85

Le Maire avise son Conseil municipal, que M. le Préfet a informé M. le Sous-Préfet que son attention s’est portée sur l’opportunité de la création d’une école de filles au chef-lieu de la commune de Linazay, et que, d’après le rapport de M. l’Inspecteur d’Académie, il existe un local convenable à Linazay pour l’installation de l’école projetée.

La loi de 1879 oblige les communes à avoir une institutrice. Elle offre une formation limitée destinée à la maigre instruction prévue pour les écoles de filles. On pensait à l’époque que la nature féminine n’était pas faite pour les études, et le métier d’institutrice n’était guère considéré. C’est surtout après la première guerre mondiale que l’institutrice devint l’égal de l’instituteur, y compris par son salaire…

Le Conseil municipal, après délibération« adopte la création d’une école de filles, mais refuse de contribuer dans aucune dépense et laisse à l’autorité supérieure le choix dudit local et le soin de l’affermer ».

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Deux écoles, et de nouvelles dépenses scolaires

L’ancienne école mixte accueille à présent l’école des garçons, route de Champagné-le-Sec (actuellement maison Safranic). La maison d’école des filles est située au bourg (actuellement maison Jean-Claude Mérigot).

1883 – 16 juillet – n° 92

« M. le Maire fait connaître que la réunion a pour but de prendre avis sur l’opportunité d’une demande de secours pour l’achat de mobilier scolaire pour l’installation de la nouvelle école de filles, que l’exiguïté des finances de la commune ne permet pas d’acquérir sans avoir recours au Département. Le Conseil municipal considère que l’acquisition d’un matériel scolaire pour l’école des filles est d’une utilité incontestable, mais que la situation financière de la commune ne peut pourvoir aux dépenses urgentes qu’entraîne l’installation de cette école et qu’il sollicite pour cela un secours de 275 frs pour couvrir en partie ces frais et que le reste sera soldé par une somme de 25 frs prélevée sur les dépenses imprévues de 1883 ».

Le devis estimatif du mobilier scolaire s’élève à 300 frs.

C’est également à cette date qu’intervient le premier remboursement de l’emprunt pour l’école mixte, devenue école des garçons.

1884 – 7 février – n° 95

Alors que le projet d’achat de l’école des filles est loin d’être conclu, les archives nous font part, pour la première fois, des dépenses à prévoir pour « les écoles communales »3, avec un instituteur et une « institutrice », terme venant remplacer celui de « maîtresse de travaux d’aiguilles », appliqué antérieurement à Mme Auvin.

1884 – 7 septembre – n° 104

Sollicitation d’un secours supplémentaire de 700 frs pour solder l’acquisition projetée de la maison d’école : « Cette délibération n’a toujours pas obtenu satisfaction, par conséquent il y a lieu de la renouveler, attendu que les propriétaires de l’immeuble désirent passer acte avec la commune qui ne peut l’acquérir sans ce supplément ».

1884 – 9 novembre – n° 105

Le propriétaire de la maison d’école de filles réclame le paiement du loyer de la dite maison, échu le 29 juillet dernier. En conséquence, le Maire demande au Préfet de faire verser à la caisse municipale, le plus promptement possible, une subvention de 200 frs pour payer la location de son école de filles, nouvellement créée.

1885 – n° 109

Sur proposition de M. le Maire, le Conseil municipal autorise M. le Percepteur à payer au sieur Firmin Nafrechoux la somme de 200 frs (loyer de 1884) que lui doit la commune de Linazay pour le loyer de sa maison d’école de filles.

1885 – 28 août – n° 119

M. le Maire donne lecture de la sommation du sieur Migot pour mettre la commune en demeure de passer acte ou de renoncer aux effets de sa promesse de vente de l’immeuble servant de maison d’école. Un avis favorable est émis par le Conseil, qui autorise le Maire à passer acte avec le propriétaire moyennant la somme de 3150 frs.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Achat de la maison d’école des garçons

Le 8 septembre 1885, est conclu devant le notaire Brunet à Civray l’acte de vente de la maison d’école Migot et Pinganaud à la commune de Linazay.

Le tout pour un total de 10390 frs, soit environ trois fois le prix du bâtiment.

1886 – n° 140

Le paiement de la maison d’école des garçons s’élève à 3150 frs.

1887 – n°149

La commune doit pour la maison d’école à M. Brunet, ex-notaire, à M. Gouge, son successeur,  et à M. Baillot, avoué à Civray, la somme de 784,05 frs. Le conseil, après sérieux examen de la situation financière de la commune, et compte-tenu des nombreuses charges qui lui incomberont à bref délai pour achever les réparations à faire à la maison d’école des garçons, ne peut voter actuellement qu’une imposition spéciale de 8 centimes additionnels aux principales des quatre contributions directes.

Le Conseil municipal demande alors au Conseil général une aide qui lui permettra de faire face.

Projet de construction ou d’acquisition de la maison d’école des filles
1888 – 2 septembre

Une lettre du Sous-Préfet concernant la construction d’une école de filles invite le Conseil municipal à prendre une décision favorable à ce sujet.

Ce dernier décide qu’« il ne peut s’engager à acquérir un local ou à en faire construire un, compte tenu des charges que la commune s’est déjà imposées pour l’acquisition de la maison d’école des garçons, mais qu’il est disposé, lorsque les frais d’acquisition seront réglés, à faire tous les sacrifices nécessaires pour une solution favorable à l’instruction et aux intérêts de la commune ».

En attendant, le conseil espère que l’État voudra bien tenir compte de la bonne volonté dont il est animé et continuer à payer le loyer de l’école de filles jusqu’à ce qu’il puisse se mettre en mesure d’acquérir ou de faire construire.

Achat de matériel géographique
1889 – 19 mai

Le maire déclare que « les deux écoles sont dépourvues de matériel géographique et que celui dont elles disposent est insuffisant pour que l’enseignement de cette science soit fructueux ».

L’instituteur et Melle l’Institutrice pensent qu’il y a lieu d’avoir :

1°, pour l’école des garçons, des cartes muettes et parlantes, de la France et de l’Europe, et une mappemonde ;

2°, pour les filles, des cartes muettes et parlantes de la France.

Le Maire prie M. l’Inspecteur d’Académie de bien vouloir, dans la mesure du possible faire suite à sa demande.

Avancement du projet d’acquisition de l’école des filles
1889 – 7 juillet

Le Maire déclare : « que le local dont jouit actuellement la commune pour l’école des filles répond entièrement aux besoins dont il est l’objet et qu’il rassemble toutes les conditions nécessaires pour un établissement de ce genre » ;

« qu’il n’y a au bourg aucun autre local qui puisse aussi bien convenir à cet usage » ;

« que les frais d’appropriation ajoutés aux frais d’acquisition formeraient une somme insuffisante pour élever une construction neuve, répondant parfaitement à tous les besoins du service auquel elle serait affecté » ;

« que le propriétaire de la maison dont il s’agit consent à la céder amiablement à la commune ».

Le Maire propose donc l’acquisition de l’école des filles, et de faire toutes les démarches nécessaires, considérant que les loyers de cette maison deviendraient par la suite trop onéreux. Le Conseil municipal donne son autorisation.

1889 – 4 août

Une enquête commodo et incommodo est lançée sur le projet d’acquisition de l’immeuble servant d’école de filles. M. le Sous-Préfet charge la Mairie de recevoir l’avis des habitants de la commune. Personne ne s’étant présenté, le délai expiré, le procès-verbal est signé.

Le prix d’acquisition de l’école des filles est voté : 5790 frs, frais et réparations compris.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Achat de la maison d’école des filles

L’acte de vente de l’immeuble Nafrechoux père et fils à la commune de Linazais est conclu devant le notaire Gouge à Civray, les 10 et 22 décembre 1889.

L’acte de vente s’accompagne d’un certificat négatif d’inscription d’hypothèque.

Les bâtiments de la maison d’école sont ainsi décrits : « L’immeuble comprend deux chambres basses séparées par un corridor-grenier au-dessus, jardin devant les bâtiments, portion de cour derrière le tout d’une contenance de 25 ares ainsi qu’un droit de passage sur la portion de cour commune avec les voisins, pour aller puiser de l’eau du puits ».

La somme nécessaire est empruntée sur 30 ans au Crédit Foncier de France, avec une participation de l’État de 66 %, le reste à la charge de la commune avec une imposition de 5 centimes additionnels.

À cette période, les instituteurs publics, tout comme les Inspecteurs d’Académie, sont désormais fonctionnaires de l’État (loi du 19 juillet 1889).

Les communes et les familles sont alors déchargées de la majeure partie des frais engendrés par l’école. Seules restent à assurer les dépenses liées aux bâtiments et les frais de fonctionnement.

 

À la fin du XIXe siècle, les inaugurations d’école vont bon train, jusqu’à atteindre, en 1905, le chiffre record de 85000 écoles en fonctionnement.

Au début du XXe siècle, l’idée de la nécessité de l’instruction est désormais admise et Linazay est maintenant dotée de deux écoles, une de garçons, et une de filles. La commune compte alors 462 habitants et 40 élèves sont scolarisés.

Ensuite, l’école ne va pas cesser d’évoluer, dans son enseignement d’abord avec l’apparition de matières nouvelles, et dans le matériel scolaire. Les instituteurs et institutrices auront désormais la lourde et noble tâche de former des citoyens autonomes.

Ce diaporama nécessite JavaScript.


Notes
1 – Voir le bulletin municipal 2015, ou l’article L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1832-1878


Sources
– Délibérations du Conseil municipal de Linazay, collection municipale.
– Actes de ventes et plans, Archives départementales de la Vienne.


Crédits
– Recherches historiques et texte : Susan Mitchell et Jeanine Portejoie
– Photographies : Susan Mitchell (photographies d’archives) et Isabelle Fortuné  (vues actuelles des maisons d’école)

À consulter aussi :
L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878
Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914