L’église Saint-Hilaire

L’église Saint-Hilaire est implantée au cœur du bourg de Linazay, qu’elle signale dans le paysage par son clocher. Cet édifice, le plus ancien de la commune, accompagne la vie des habitants depuis 800 ans. L’église est un élément remarquable de notre patrimoine local, bien qu’elle ait connu, depuis sa construction au début du XIIIe siècle, bien des vicissitudes.

L’église dépendait de l’archiprêtré de Chaunay, qui regroupe une quinzaine de paroisses, sur un territoire s’étendant de Brux à Limalonges, et de Clussais à Blanzay.
L’église est dédiée à saint Hilaire, qui fût au IVe siècle le premier évêque connu de Poitiers, et l’un des premiers grands auteurs chrétiens (vers 315 – vers 359). Issu de l’aristocratie gallo-romaine poitevine, d’une famille de tradition païenne, il se convertit au christianisme qu’il diffuse dans le Poitou. Il est l’auteur d’importants ouvrages sur la doctrine chrétienne, dont son traité majeur : De la Trinité. Ce père de l’Église fait l’objet d’une importante dévotion locale. La dédicace à saint Hilaire est la plus répandue parmi les édifices religieux du pays civraisien : on la retrouve notamment pour les églises de Blanzay, Savigné, Voulême…

Une histoire mouvementée, entre dégradations et tentatives de restaurations

Comme de nombreux monuments religieux du sud du Poitou, l’édifice a souffert des Guerres de Religion. La façade, ainsi que le chevet, portent encore les traces d’un incendie.
Lors de périodes d’apaisement, vient le temps des réparations au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

L’une de ces rénovations a été entreprise sous l’impulsion de Louis Eschallé (†1662). Les seigneurs de cette puissante famille locale, implantée notamment au Magnou et à la Foubertière, ont financé la rénovation, l’entretien ou le mobilier de l’église et ont obtenu le privilège d’être inhumés au sein du sanctuaire. Ainsi la cloche, baptisée en août 1693 par le prêtre René Tanchot, a pour parrain Charles-François Eschallé (†1687) et pour marraine Catherine de Crugy de Marsillac de Pannessac.

À partir du XVIIIe siècle, l’entretien des églises dépend des paroissiens. Les archives communales signalent dès 1733 des dégradations suite à une tempête et l’urgence des réparations à effectuer, portant sur les enduits intérieur et extérieur, et surtout l’ensemble de la toiture, car « il pourrait manquer un millier de tuiles ».

Après la Révolution, la cure est annexée à Champagné-le-Sec, avant d’être rétablie à Linazay en 1847. En 1852, la réfection de la toiture est toujours d’actualité, et un impôt extraordinaire est demandé aux habitants pour la financer. Ces travaux sont réalisés entre 1863 et 1868, et concernent les piliers et le crépissage des murs intérieurs, ainsi que la toiture.

Trente ans plus tard, l’église est à nouveau signalée comme ruinée : « La misérable église de Linazay tombe en ruines, les murs sont lézardés, les fenêtres n’ont pas de verrières », peut-on lire dans un appel aux dons lancé par l’abbé Pouchard en 18991. C’est à cette période que sont repris les enduits des murs extérieurs, puis les restaurations sont interrompues jusqu’aux dernières décennies du XXe siècle : la couverture en ardoises du clocher en 1975, puis une remise en état de la toiture, et le couvrement en lauzes des contreforts en 1998.

Un aménagement des abords de l’église a été réalisé par la commune en 2015, favorisant la mise en valeur du chevet. Depuis deux ans, et pour les années à venir, s’est engagé un programme de rénovations, qui concerne les contreforts nord et sud, le ravalement de la façade ouest et la couverture.

L’architecture extérieure

L’édifice, de dimensions modestes, est inscrit dans un plan rectangulaire de 6 mètres sur 19 mètres. La façade ouest, très remaniée et masquée par un enduit, ne laisse pas deviner son apparence d’origine. Les traces rougeâtres qui transparaissent sous l’enduit sont les témoignages d’un incendie.

L’élévation sud présente une facture très sobre. Édifié à l’époque gothique, le monument est d’inspiration encore romane. Sont conservées de la construction initiale deux baies étroites au niveau supérieur et une ouverture en plein cintre au registre inférieur. La nef est couverte de tuiles, qui prennent appui sur un simple rebord en pierres plates. Les trois larges contreforts, ajoutés pour consolider les murs de la nef, sont construits à trois gradins, et coiffés de pierres plates.

Le clocher massif s’élève au dessus du chœur. De section carrée, il est couvert d’ardoises. Il a conservé une apparence proche de celle d’origine, avec de fines baies en partie haute, des contreforts plats, et une corniche soutenue par des modillons non ornés. La corniche est partiellement dégradée.

Le côté sud de l’église n’a pas connu de modifications majeures depuis sa représentation lithographiée par Pierre-Amédée Brouillet1 en 1865. La seule transformation apparente réside dans la couverture des contreforts, qui étaient alors recouverts de tuiles en prolongement de la toiture de la nef. La croix qui surmonte le pignon ouest a également été ajoutée lors des rénovations de 1998.

1– Pierre-Amédée Brouillet (1826-1901) est un archéologue et érudit poitevin. Dans son recueil Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, publié en 1865, il décrit l’église Saint-Hilaire, ainsi que les châteaux du Magnou et de La Chaux. Sept illustrations lithographiques sont consacrées au patrimoine communal : vues des trois monuments, relevés d’armoiries et inscription.

La sacristie est un bâtiment accolé à l’angle sud-est. Au-dessus de la porte figure l’inscription : « Jean Boisson curé de Linazay », accompagnée de la date de 1713 et de trois symboles : une croix, un calice et un Sacré-Cœur.

Les parties basses du chevet présentent à nouveau des traces d’incendie. La corniche n’a pas été préservée au mur oriental. La baie a connu des transformations, avant d’être occultée.
L’agencement du mur nord a été très bouleversé : cinq contreforts, de facture disparate, sont plaqués pour contrebuter la poussée de la nef. Aucune ouverture n’est conservée au mur nord de la nef.

Les surprises végétales du portail sud

L’entrée se fait par le côté sud, abritée par un auvent, localement appelé « balet », qui prend appui sur deux contreforts. Le reste du portail est conservé dans son état d’origine : le vocabulaire décoratif est celui du XIIIe siècle, associant des arcs brisés et des motifs végétaux.
De quatre piédroits s’engagent des colonnettes prolongées par deux voussures arrondies formant un arc brisé. La voussure supérieure est légèrement en saillie. Les tailloirs surmontant les chapiteaux ne sont pas ornés.

Les quatre chapiteaux portent un décor figuré à motif végétal : à gauche, sont représentées une feuille de chêne et une feuille grasse non déterminée ; à droite, figurent six feuilles de châtaignier.
Dans l’iconographie chrétienne, le chêne évoque la force de la foi chrétienne et la sagesse. Le châtaignier symbolise la puissance, la vérité, la justice, l’équilibre et l’équité. Ces deux espèces sont aussi les éléments dominants du paysage local.
Des décors à base de feuilles de chêne se retrouvent également, à l’époque gothique, aux portails des églises en Mellois et Civraisien : à Pioussay au XIIIe siècle, Savigné et Champniers au XVe siècle.

L’architecture intérieure

La nef forme un volume unique, composé de trois travées, séparées par des pilastres. Entre chaque pilastre, les murs latéraux sont renforcés par des arcatures aveugles en arc brisé. L’écartement du haut des murs témoigne à nouveau des déstructurations subies par l’édifice. La voûte est en berceau légèrement brisé, portée par des arcs doubleaux.
La nef est prolongée par un chœur quadrangulaire plus étroit, voûté en berceau plein cintre.

Les lions, discrets gardiens du sanctuaire

Le chœur abrite quatre pierres tombales, qui constituent un précieux témoignage sur l’histoire locale. Deux d’entre elles portent les armoiries de la famille Eschallé, très reconnaissables, d’hermine à trois têtes de lions.

En partant du nord vers le sud, la première pierre tombale est celle de Louis Eschallé (†1662), marquée d’une inscription bien conservée : « Cy gist le corps de Louis Eschallé, escurier seigneur du Magnou et de Linazai, fondateur de l’église du dit lieu, décédé le 31 iullet 1662, prié Dieu pour son âme ». La mention de fondateur de l’église ne se rapporte pas à la construction initiale de l’édifice, mais au financement de sa rénovation.
La deuxième pierre, à l’inscription aujourd’hui illisible, est, selon l’archéologue Pierre-Amédée Brouillet, celle de Jean Eschallé (†1717). La suivante, sans inscription, présente la même armoirie.
La dernière pierre tombale, dont l’armoirie est effacée, est celle de Louis Eschallé (†1693). L’inscription, encore lisible en 1865, avait été relevée par l’archéologue : « Louis Eschallé, écuyer, seigneur de la Foubertière et de Lairé, décédé le 12 juin 1693, âgé de 48 ans ». De nos jours, seule la mention « 48 ans » reste lisible.

Les registres mentionnent une quinzaine d’autres inhumations au sein de l’église, probablement sous les dalles de la nef. Cette pratique d’inhumation dans le sanctuaire s’est maintenue pendant un siècle, entre 1662 et 1752.
L’armoirie de la famille Eschallé1 s’affiche à nouveau au-dessus de la porte de la sacristie.

Les figures de couleurs et de lumière

Les remaniements de l’édifice ayant occulté plusieurs baies, seules trois ouvertures éclairent à présent l’église : en façade, au mur sud de la nef et du côté nord du chœur. Après la destruction de la verrière ouest lors de la tempête de 1999, la commune de Linazay a initié une commande de création de vitraux, auprès des maîtres-verriers Philippe Riffaud et Françoise Théallier, de l’atelier Saint-Joseph de Ruffec.

Le vitrail de la Vierge, ornant la baie de façade, a été la première réalisation, mise en place en décembre 2000. La Vierge est représentée en prière, les yeux clos. Si les couleurs de la Vierge sont traditionnellement le bleu et le rouge, des teintes plus pastels ont été privilégiées ici, autour de nuances de bleu, de violet et de jaune. Sur un fond rythmé par un simple quadrillage de losanges – rappel des motifs géométriques de l’ancienne verrière -, le drapé inscrit la figure de la Vierge dans un mouvement spiralé.

En 2003, est créé le vitrail de saint Hilaire à la petite baie sud de la nef. Le saint dédicataire de l’église est représenté sous la forme traditionnelle héritée des maîtres-verriers du XIXe siècle : saint Hilaire figure en pied, dans une stature hiératique, avec les attributs de l’évêque, la crosse et la mitre. Le Père de l’Église présente les traits d’un vieil homme portant la barbe. Dans la tradition iconographique, saint Hilaire est souvent représenté montrant son livre De la Trinité, ou encore foulant au pied un serpent symbole de l’hérésie. Ici, il esquisse seulement geste de bénédiction.

Le personnage, drapé de rouge et d’or, se détache sur le fond transparent. L’encadrement de volutes végétales occupe une place importante dans la composition, rappelant à la fois la figure symbolique du serpent et les motifs végétaux du portail.

La petite église communale est un modeste édifice qui recèle de discrets trésors. Le visiteur, accueilli par l’ambiance végétale du portail, peut poursuivre sa découverte par le dialogue, qui s’instaure à travers trois siècles d’histoire, entre les images de pierre et de verre.

À consulter aussi :
> Article : L’église Saint-Hilaire

Extrait du bulletin municipal de Linazay – décembre 2020
Mise en page : Sandrine Peyrot

Notes :
1 – La Croix, n° 5002 s, 5 août 1899.
2 – Pierre-Amédée Brouillet (1826-1901) est un archéologue et érudit poitevin. Dans son recueil Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, publié en 1865, il décrit l’église Saint-Hilaire, ainsi que les châteaux du Magnou et de La Chaux. Sept illustrations lithographiques sont consacrées au patrimoine communal : vues des trois monuments, relevés d’armoiries et inscription.
3- Les armoiries de la famille Eschallé se retrouvent également au logis du Magnou, au portail et sur une cheminée, et sur la croix hosannière du cimetière.

Sources :
– Le patrimoine des communes de France. La Vienne, tome I, Flohic, 2002.
– Panneau Les édifices cultuels du pays civraisien. Église Saint-Hilaire de Linazay, réalisée par le Pays civraisien, visible à l’intérieur de l’église.
– Plaquette Linazay. L’église Saint-Hilaire, réalisée par l’association Parvis, 2015. Disponible en ligne.
– Poinfoux, Maurice, « Notes historiques sur Linazay. La cloche, l’église, notes diverses », Les Amis du pays civraisien, n° 74, septembre 1988, p. 5.
– Poinfoux, Maurice, « Notes historiques sur Linazay. Compléments », Les Amis du pays civraisien, n° 82, septembre 1999, p. 12.
– Pintureau, Roger, « Contribution à l’étude de l’histoire locale de commune de Linazay », Les Amis du pays civraisien, n° 5, avril 1969, p. 13-15.
– Brouillet, Pierre-Amédée, Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, imprimerie et librairie P-A Ferriol, 1865. Disponible en ligne sur Gallica.
– Registres paroissiaux et d’état civil, 1631-1912, collection communale. 

Texte : Isabelle Fortuné
Recherches historiques : Groupe Histoire de Linazay
Photographies : Isabelle Fortuné et Isabelle Fortuné / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0.
Avec l’aimable autorisation de l’atelier de vitrail Saint Joseph de Ruffec.
Illustration : Pierre-Amédée Brouillet, Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, 1865, p. 383. Source : Gallica / Bibliothèque nationale de France
Carte : Le Haut et Bas Poictou, par Pierre Duval, 1689. Source : Gallica / Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE D-15136

Jean-Auguste Moricheau, instituteur à Linazay de 1885 à 1906

Pour compléter le travail des années précédentes, concernant les écoles de Linazay, nous vous proposons aujourd’hui de découvrir la biographie de Jean-Auguste Moricheau, instituteur qui a exercé son métier dans notre commune de 1885 à 1906.
Des recherches sont venues enrichir son histoire ; des documents et d’anciennes photographies scolaires nous ont permis de l’identifier. Enfin, pour éclairer son parcours, il nous faut vous parler de son père, instituteur lui aussi.

Jean Moricheau père

Jean Moricheau, fils d’agriculteurs, est né le 9 janvier 1828 à Linazay. Il vit avec ses parents au village de Fortran. Il a, de ce fait, fréquenté l’école de Nantillé, qui vient de rouvrir ses portes en 1834, et pour laquelle la municipalité vient de « choisir » le seul candidat s’étant présenté pour le poste d’instituteur : Mr Henri Brault.
Nous ne savons rien de sa scolarité, mais l’année de ses vingt ans, soit en 1848, sa fiche matricule nous révèle quelques informations intéressantes : on y apprend notamment que Jean Moricheau est élève à l’École normale de Poitiers, et qu’il a pour cette raison contracté un engagement décennal.

L’engagement décennal

En 1832, la loi sur le recrutement dans l’armée précise : « Seront dispensés, les jeunes gens qui auront contracté, avant le tirage au sort, l’engagement de rester dix ans dans l’enseignement primaire, et qui seront attachés, soit en qualité d’instituteur, soit en qualité d’instituteur-adjoint, à une école libre existant depuis au moins deux ans, et ayant au moins trente élèves ».1
Tout au long du XIXe siècle, les difficultés de recrutement d’enseignants de qualité sont si importantes qu’il fallait employer les diplômés sans retard. L’exemption du service militaire était alors accordée sous les mêmes conditions.
Ainsi libéré de ses obligations militaires, Jean Moricheau poursuit sa formation.

L’école normale

En 1848, nous sommes encore au début des Écoles normales. Elles se sont vraiment développées à partir de 1850. Ce sont des établissements publics où les jeunes gens qui se destinent aux fonctions d’instituteurs viennent compléter leurs connaissances. Ces établissements ont un double caractère : ce sont des maisons dédiées à l’instruction proprement dite, mais aussi à l’éducation professionnelle. Ces écoles furent incontestablement des lieux où l’on préparait soigneusement, et pour une carrière, la vie professionnelle et morale des instituteurs.
Rien n’était laissé au hasard ! Au début, les élèves sont internes ou externes, et les études sont payantes, bien qu’elles fassent souvent l’objet de bourses, octroyées par l’État, le département ou la commune.

À Poitiers, les premières formations ont commencé vers 1831, rue Rabelais. En 1933, François Guizot, ministre de l’Instruction publique, réorganise le système éducatif. Cette même année, l’École normale de Poitiers est transférée au Doyenné Saint-Hilaire : elle occupera les lieux jusqu’en 2011.

Pour faire acte de candidature, et entrer à l’École normale, Jean devait répondre aux critères suivants :
– être âgé de 16 ans au moins, et 18 ans au plus,
– prouver la réussite à un concours, ou avoir le Brevet élémentaire,
– produire un certificat médical,
– signer un engagement décennal.
Enfin, une enquête discrète sur la moralité et la tenue du candidat était effectuée en amont, auprès du maire et du curé.
Ces candidats méritants, souvent d’origine modeste, fils de paysans ou d’ouvriers, étaient d’abord repérés par le maître, et, pour la famille, c’était une fierté de voir l’un de leurs enfants accéder à la fonction noble et respectée de maître d’école.

En entrant à l’École normale, Jean Moricheau découvre un autre univers : tout est différent, et l’adaptation est parfois rude. De sa vie de jeune campagnard, il ne reste rien !
À l’intérieur des murs de l’école, on mène une existence austère, les élèves obéissent à une discipline quasi militaire, où l’horloge, la cloche et le tambour rythment les journées : lever à 5 heures, cours, tâches ménagères, coucher à 21 heures… L’uniforme est obligatoire, et invariablement noir. Le voici : longue redingote, gilet, pantalon et casquette plate.


Plan de l’École normale de Poitiers, avec l’école primaire annexe, en 1841. Archives départementales de la Vienne.

La durée des études est de deux ans, portée plus tard à trois. Les six derniers mois, l’élève-maître est particulièrement exercé à la pratique des meilleures méthodes d’enseignement, dans une ou plusieurs classes annexées à l’Éole normale.
Enfin, c’est l’obtention du diplôme : le Brevet de capacité pour l’enseignement primaire, sans lequel Jean ne serait pas autorisé à enseigner.
Après ses études, Jean épouse à Linazay, le 8 septembre 1851, Anaïs Clémentine Bachelier, née à Grange le 16 août 1830. Ils auront trois enfants ; deux d’entre eux mourront, âgés seulement de six et sept ans, faisant de Jean-Auguste un enfant unique.
Au début de sa carrière, vers 1848, Jean est nommé à Leigné-les-Bois, puis, il enseigne à Chatain durant au moins vingt ans, prend sa retraite et enfin, il se retire à Nantillé, commune de Linazay, chez son fils Jean-Auguste et sa belle-fille2. Il y meurt le 14 février 1910, à l’âge respectable de 82 ans.

Pendant toutes ses années, Jean Moricheau a dû suivre de près la scolarité de son fils, et lui apporter une aide précieuse. En tous cas, il semble qu’il y soit parfaitement parvenu, puisque Jean-Auguste va choisir le même chemin.

Jean-Auguste Moricheau

Jean-Auguste Moricheau est né le 24 avril 1856 à Chatain, dans la Vienne, où son père Jean est alors en poste. Il est le second d’une fratrie de trois enfants. Il a un mois lorsque sa sœur Mélanie meurt, et 16 ans lorsque son frère Jules décède à son tour.

Les années de jeunesse et de formation

En 1872, il a 16 ans lors du recensement de Chatain : il vit encore chez ses parents. En 1876, il a 20 ans, et sa fiche matricule porte la mention : « Dispensé, professeur, voué à l’enseignement ». Bien que cela ne soit pas précisé, il a lui aussi bénéficié de l’engagement décennal.
Son relevé de carrière nous signale qu’à la rentrée de 1876, il est déjà enseignant. À cette période, la durée des études est passée à trois ans. Il a donc commencé sa formation en 1873, et l’a terminé en 1876. À l’issue de ces trois années d’études, il obtient son Brevet supérieur, avant d’être nommé instituteur-stagiaire. Désormais, la voie est ouverte : il ne reste plus qu’à faire ses preuves…

Durant toutes les années qui séparent les études de son père et les siennes, beaucoup de remaniements et de bouleversements sont intervenus dans la manière de former les maîtres. Ils doivent désormais disposer d’un éventail beaucoup plus large de connaissances, que ce soit dans le domaine historique, géographique, scientifique, littéraire, agronomique, ou autres, et tenir compte de l’évolution des programmes. Nous sommes juste avant les grandes réformes de Jules Ferry, instituant en 1881 l’enseignement primaire obligatoire et laïc.

À une date inconnue, Jean-Auguste épouse Éléonore Émilie Valentine Bachelier, sa cousine germaine, née à Chatain en 1860. Le couple n’aura pas d’enfants. Ils habitent d’abord au bourg de Linazay, puis s’installent à Nantillé, avec Jean et Anaïs Moricheau3, jusqu’aux premières années du XXe siècle.

L’école et la classe

À cette époque, la plupart des instituteurs, leur formation terminée, rejoignent une modeste école de village. Il y a là, bien souvent, un moment d’adaptation difficile. L’école communale est pauvre et dépourvue de tout : il faut s’ingénier à enseigner avec rien. Comme beaucoup d’autres, Jean-Auguste a connu tous les problèmes qu’engendrait cette situation.
Le plus souvent, l’instituteur se charge d’une classe unique, regroupant des enfants de 6 à 13 ans, de tous niveaux. Le maître ne chôme pas ! Il faut diriger en permanence toutes les activités allant du cours préparatoire au cours supérieur, en passant par le cours élémentaire et le cours moyen. Le soir venu, il s’occupe des cours d’adultes, de la correction des devoirs, des cours du lendemain, des tâches administratives ou du secrétariat de la mairie.
En ce qui concerne Jean-Auguste, il est également conseiller municipal.

Relevé de carrière de Jean-Auguste Moricheau. Archives départementales de la Vienne.
La carrière de Jean-Auguste

Le 16 août 1876, Jean-Auguste est maître primaire au collège de Chinon, dans l’Indre-et-Loire, pour une période d’un an et demi, soit jusqu’au 30 avril 1878. Le 7 mai 1878, il est affecté comme maître d’études et sous-principal au collège de Saumur, dans le Maine-et-Loire, pour une période de trois ans et quatre mois, soit jusqu’au 19 juillet 1881.
Breveté le 20 juillet 1881, il revient ensuite le 1er août 1881 à Civray, en tant que maître primaire du collège, pour une période de sept mois. Jean-Auguste est nommé instituteur titulaire le 21 mai 1882 à Ternay, dans la Vienne, pour trois ans et quatre mois. Il a alors en charge une classe unique mixte.
Pour finir, il est nommé à son poste définitif, l’école de Linazay. Il est en charge d’une classe unique de garçons.

Les inspections

Comme tout enseignant, Jean-Auguste Moricheau, est inspecté. En ce qui le concerne, il le sera quatre fois au cours de sa carrière. Son dossier nous permet de mieux l’apprécier. Et qui dit inspection, dit inspecteur…
L’inspecteur est un rouage administratif qui assure la transmission des informations et le contrôle du travail des instituteurs. Son rapport est à la fois l’outil et le résultat de cette activité. Il porte sur l’ensemble des activités du maître, ses capacités et ses conditions de travail. Les premières impressions de l’inspecteur sont basées sur le comportement et l’attitude des élèves.
Quel enseignant n’a pas eu l’estomac noué à l’arrivée de l’inspecteur ? Qui ne se souvient pas de son entrée dans la classe, et du regard figé des enfants murmurant : «  l’inspecteur ! »… C’est un moment-clé dans la carrière de l’instituteur, et comme vous allez le voir, Jean-Auguste n’a pas failli à ses missions…

Les quatre rapports dont il a fait l’objet sont très élogieux. Voici quelques extraits des appréciations :
« Jean-Auguste Moricheau fait preuve d’un zèle très soutenu, il a d’abord su gagner l’estime, la confiance et la sympathie de tous à Linazay, il a même une réelle autorité, il reste le conseiller écouté de ses anciens élèves, et exerce à Linazay la plus heureuse influence ».
Et l’inspecteur poursuit, ne tarissant pas d’éloges sur ses méthodes de travail :
« Les élèves travaillent avec application, ils ont l’esprit éveillé, ouvert, parlent et réfléchissent, tout l’enseignement est marqué d’un caractère pratique, qui le fait apprécier des familles. Vingt élèves ont dépassé l’âge scolaire et fréquentent assidûment l’école pendant les mois d’hiver, ils composent une division où l’enseignement atteint, sur bien des points, le niveau d’un cours supérieur. Bonne étude pratique des notions d’arpentage, cubage, droit usuel et rural. Les élèves comprennent et goûtent les extraits littéraires appris en récitation. Tous les cours progressent dans l’école ».

Et, s’il fallait faire une petite remarque, l’inspecteur ajoute :
« Rappeler les souvenirs de l’histoire locale qui donnent plus d’intérêt à l’enseignement historique », ainsi que : « On regrette que les expériences essentielles ne viennent pas faciliter les leçons de science ».

Enfin, pour résumer la valeur de l’établissement, il est noté : « Bonne école, où il règne un excellent esprit, et où les élèves font preuve d’un réel amour du travail ».
À la question « Y a t’il un cours d’adulte ? », il répond : « Oui, 17 inscriptions ».

La retraite

Enfin, sonne l’heure de la retraite ! Une retraite anticipée, que Jean-Auguste a demandée en 1906 pour raisons de santé. Il a 50 ans, fatigué sans doute par une carrière bien remplie et trente ans, onze mois et quinze jours de bons et loyaux services à la cause de l’enseignement. Le 1er octobre 1907, il perçoit sa première pension, qui s’élève à 1 011 francs.
Sa femme meurt en 1913. Jean-Auguste s’installe ensuite chez des cousins de son épouse, avec lesquels il résidera pendant les décennies suivantes, tout d’abord à Chaunay, puis à Chazelles en Charente4.

Nous voici au terme de ce récit. Vous aurez, pour certains, découvert au fil de votre lecture un personnage marquant de votre commune. Jean-Auguste Moricheau n’a jamais ménagé ni sa peine, ni son temps. Et, si son mode de vie le distinguait du reste de la population, il n’en restait pas moins proche, par ses origines, et estimé des habitants de la commune.
Et, comme l’évoquait Marcel Pagnol, également fils d’instituteur, dans La gloire de mon père : « Ces maîtres d’autrefois avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine. Ils méprisaient l’argent et le luxe, ils refusaient un avancement pour continuer la tâche commencée dans un village déshérité ».

À consulter aussi :
> Article : Jean-Auguste Moricheau, instituteur à Linazay de 1885 à 1906

Extrait du bulletin municipal de Linazay – décembre 2020
Mise en page : Sandrine Peyrot

Notes :
1– Article 14 de la loi du 21 mars 1832 sur le recrutement.
2– Jean Moricheau est recensé à Leigné-les-Bois en 1851, puis il s’installe avec sa famille à Chatain (recensements de 1856 à 1876), et à Linazay en 1901 et 1906 (Archives départementales de la Vienne).
3– Le couple réside au bourg de Linazay dans les recensements de population de 1886 à 1896, puis à Nantillé dans les recensements de 1901 à 1911 (Archives départementales de la Vienne).
4– Jean-Auguste Moricheau habite chez la famille Bachelier, dont le père de famille, Augustin, est hôtelier à Chaunay (recensement de population en 1921). Ils s’installent ensuite ensemble à Chazelles (recensements de 1926 à 1936).

Sources :
– Archives communales de Linazay
– Archives départementales de la Vienne : état civil, fiches matricules, recensements de population de Linazay, Leigné-les-Bois, Chatain et Chaunay, relevé de carrière, dossier d’inspection
– Archives départementales de la Charente : recensements de population de Chazelles
– Gallica : Journal officiel du 10 août 1908, décret du 26 juin 1908
– Clive Lamming, À l’encre Violette. Un siècle de vie à l’école communale, éditions Atlas, 2005

Texte : Jeannine Portejoie
Recherches historiques : Jeannine Portejoie et Gilbert Robin
Illustrations (École normale de Poitiers) : Carte postale éditée par Jean-Baptiste Raymond – Carte postale éditée par Raymond Bergevin (Ramuntcho). Cote : 5 Fi 1651 – Plan levé par les élèves maîtres de l’École Normale en 1841. Archives départementales de la Vienne.
Photographies et numérisations des archives et des photographies de classe : Jeannine Portejoie, Isabelle Fortuné et Martine Provost
Remerciements : Claudine Costes, pour le prêt de sa photographie familiale

Dans la presse

Une sélection d’articles de presse sur nos activités, ou sur l’histoire et le patrimoine de la commune de Linazay.

Journées européennes du patrimoine

> Au temps des puits et fours à bois – La Nouvelle République, 24 septembre 2019

Découvrir l’histoire des écoles communales – La Nouvelle République, 6 octobre 2018

> Des Journées riches en découvertes – La Nouvelle République, 19 septembre 2018

La chapelle de Pierre Poupart à Linazay – La Nouvelle République, 20 septembre 2017

> Visites exceptionnelles au programme – La Nouvelle République, 14 septembre 2016

Patrimoine communal

> Les secrets de l’église Saint-Hilaire et son vitrail – La Nouvelle République, 7 janvier 2017

> Linazay : la croix hosannière retrouve son éclat – La Nouvelle République, 17 avril 2019

> La croix Hosannière va être restaurée – La Nouvelle République, 21 juillet 2018

> Un nouveau jardin remarquable labellisé – La Nouvelle République, 3 juillet 2018

> Une petite commune très dynamique – La Nouvelle République, 20 avril 2012

> L’art contemporain à Linazay dans la Vienne – France info, 2009

> La région Poitou-Charentes implante à Linazay un Centre international caprin – Les Échos, 19 août 2003

Photographie : Michel Henot, Journal de Civray, 2016

Bulletins municipaux de Linazay – 2015-2020

Depuis 2015, le groupe Histoire de Linazay partage le résultat de ses recherches à travers des articles thématiques publiés en fin d’année dans le bulletin municipal de la commune de Linazay.

Articles publiés

> L’église Saint-Hilaire – décembre 2020

> Jean-Auguste Moricheau, instituteur à Linazay de 1885 à 1906 – décembre 2020

> Les puits et les fours à pain – décembre 2019

> Pierre Poupart, et le chalet et la chapelle de Pierre – décembre 2017 et 2018

> Écoles de Linazay (1832-1956) – décembre 2015 à 2018

> Logis du Magnou – décembre 2016

> Le château de La Chaux, et Léo de Menou – décembre 2015

Mise en page : Sandrine Peyrot

 

Fours et poués

Fours et poués

Texte en poitevin

Dans le temps qu’on allé crire l’ève au poué, quand on avait sé ou qu’o n’en f’lé per la thuisine, on crocheté un siau per la berlière à la chaîne d’au poué et on le fasé descendre au fond. Après o f’lé virer la manivelle dau tour dans l’aut’ sens, en forçant, per remonter une boune seillée d’ève frèche qu’on allé poser dans le bac de la maison et là, souvent on en bouevait une secottée. Ah qu’o fasait d’au ben !
O f’lét en tirer étout per la bêtes qu’on vidé dans le timbre à couté d’au poué ; queques fés, assis sur le bord d’au timbre à se repouser, o v’nait une boune odeur d’au four à Fernand !
De boune heure, Fernand avait chauffé le four. Quand o ya pu oyeu que de la braise, le l’a poussée autour et l’a netteyé la sole avec le patrouillet. L’a mis le pain à thieur et froumé la goule dau four.

Avour, le pain ben thieu et ben doré est thii su la dorne, les drôles y sont rendus per en mangher un taligot. Ah o l’est pas chéti thielle croûte qui croustille et thielle mighe core chaude !
Une fé referdi, Fernand mettra ses pains dans dau palissons per les emporter dans le tenailler, o n’ara per la semane queques fé per thiinze jours. Ah quel bon farinou thiau Fernand !

La grimolle

Autrefois, après avoir cuit les pains dans le four, les villageois profitaient de la chaleur restante pour cuire un gâteau traditionnel : la grimolle.

La pâte à crêpes est délayée dans une terrine. Les pommes épluchées sont coupées en fines langues de chat, puis mélangées à la pâte. Avec une cuillère en bois, on étale le mélange sur une large feuille de chou, qui est glissée dans le four à pain.
De nos jours, on peut cuire la grimolle dans le four de la cuisinière, dans un plat en terre. Beurrer le plat, verser le mélange de pâte et de fruits, et saupoudrer de sucre. Cuire à four préchauffé une bonne demi-heure.
Il est aussi possible de faire les grimolles dans la poêle, en mettant la pâte par petites quantités, à la manière des crêpes.

Ingrédients :
Recette utilisée pour les journées européennes du patrimoine à Linazay (21 septembre 2019)

– 6 cuillerées à soupe de farine
– 3 cuillerées à soupe de sucre en poudre
– 2 œufs
– 3 verres de lait
– 1 cuillerée à soupe de rhum
– 1 pincée de sel
– 2 pommes

À consulter aussi :
> Fours et poués

Extrait du bulletin municipal de Linazay – décembre 2019
Mise en page : Sandrine Peyrot
> Article de presse : Au temps des puits et fours à bois – La Nouvelle République,

Texte en poitevin : Jeanine Portejoie et Jean-Pierre Provost
Recette : d’après Manger autrefois en Poitou, d’Elisabeth et Jean-Claude Morin (CRDP de Poitou Charentes / Geste éditions, 1995)
Photographies lors des journées européennes du patrimoine à Linazay en 2019 : Isabelle Fortuné

Les fours à pain

On peut deviner les traces d’une vingtaine de fours à pain sur la commune de Linazay. L’implantation dispersée de l’habitat sur le territoire explique le nombre important de ces ouvrages, autrefois indispensables à l’alimentation humaine. Délaissés depuis des décennies, ils sont malheureusement le plus souvent ruinés. À l’exception de quelques exemples entretenus et restaurés, la présence d’un ancien four ne se signale aujourd’hui que par quelques vestiges, une ouverture ou un reste de cheminée.

Du four banal aux usages communautaires

Sous l’Ancien Régime, dans les campagnes, les équipements techniques dépendent de différents statuts. Certains fours sont soumis au droit de ban. Le seigneur assure la construction et l’entretien des fours et en maîtrise l’utilisation : les sujets sont contraints de venir y cuire leur pain moyennant une redevance. D’autres fours, communs, sont la propriété indivise des villageois.
Après 1793 et l’abolition des banalités, les fours deviennent publics ou communautaires, à usage d’une petite collectivité de voisins. Puis la construction de fours individuels se développe au cours du XIXe siècle, avant de décliner au début du XXe siècle, avec la mise en place des boulangeries. L’utilisation des fours est cependant réactivée pendant les deux conflits mondiaux. Dans les campagnes, on procède généralement à la cuisson du pain une fois par semaine. Les fours sont allumés aussi à l’occasion des fêtes, à Pâques ou pour les mariages, pour cuire le cochon, des pâtés, tourtes et pâtisseries.

Des formes et des matériaux variés

Les fours à pain sont souvent intégrés à des bâtiments de ferme, insérés dans le mur d’une remise, ou occupant un petit toit dans un ensemble de dépendances. Quelques-uns sont des ouvrages isolés de petites dimensions, construits à l’écart des habitations pour prévenir les risques d’incendie.

La technique utilisée est celle de la chauffe directe : la même surface, la sole, est utilisée pour la chauffe du four et la cuisson des aliments, après avoir enlevé la cendre. Les dimensions de la sole sont variables, selon l’usage du four, individuel ou communautaire. Elle est surmontée par la voûte hémisphérique en briques, qui restitue lors de la cuisson la chaleur emmagasinée pendant la chauffe. La voûte est bâtie en encorbellement, les briques formant un motif rayonnant, et recouverte de terre argileuse pour l’isolation.
La gueule est l’ouverture utilisée pour enfourner le bois et les pâtons. L’ouverture est encadrée de pierre et de brique, et présente des formes variées : rectangulaires, demi-circulaires, ou trapézoïdales… La gueule est généralement fermée par une porte en fonte à deux ouvertures. Cet élément qui apparaît à la fin du XIXe siècle constitue une avancée technique, en permettant un contrôle de la cuisson, tout en limitant l’ouverture.
L’évacuation des fumées est canalisée par l’avaloir vers la cheminée, qui est le plus souvent encastrée en façade avant.

Devant la gueule, est souvent aménagée une structure maçonnée formant une tablette, appelée localement une dorne, pour déposer les aliments avant et après cuisson. Dans des niches ou un appentis à proximité, prennent place les ustensiles du fournier, des fagots de bois sec, une réserve d’eau, ou un récipient pour recueillir la cendre.

Construits en matériaux locaux, récupérés à proximité ou fabriqués par des artisans, les puits et les fours à pain sont des témoignages précieux des pratiques et savoir-faire traditionnels. L’art de bâtir en pierre et en brique y est associé au travail du bois et du métal. Patrimoine vernaculaire à préserver, ces petits édifices constituent aussi une trace matérielle des modes de vie des générations précédentes.
Puits et fours étaient des endroits où l’on se rendait quotidiennement, lieux de rencontres entre voisins et d’échanges de nouvelles. Sous leur apparence actuelle, inutilisés depuis plus d’un demi-siècle et parfois abandonnés à la végétation, il est nous est difficile d’imaginer que ces constructions ont joué un rôle important de convivialité au centre des bourgs et des hameaux.

Quelques exemples de fours à pain à Linazay

Four à pain à la Métairie

Ce four ancien est figuré sur le cadastre de 1829. Isolé des habitations, ce bâtiment quadrangulaire en pierre est couvert d’une toiture à un pan en tuiles creuses. La façade associe des moellons de pierre et des pierres de taille, pour les encadrements, à des briques, pour le linteau et autour de la gueule. L’emploi de briquettes de faible épaisseur témoigne de l’ancienneté de la construction. Une tablette maçonnée courant sur toute la largeur de la façade permet de déposer les préparations.

Four à pain à Balandière

Le four est ici intégré à une grange de ferme. Un auvent porté par des poteaux de bois protège le fournier des intempéries. L’encadrement de l’ouverture est en pierre de taille, surmonté d’un linteau en bâtière constitué de briquettes disposées en oblique. La porte en fonte à deux ouvertures est maintenue à la maçonnerie par une barre métallique. L’espace au-dessus du four peut être destiné au stockage du bois de chauffe ou au séchage de matériaux.

Four à pain à Nantillé

Le four est accolé à une maison d’habitation. L’ouverture présente une forme singulière : surmontés d’un arc de briques, les montants en pierre sont inclinés en oblique, pour guider l’évacuation des fumées vers l’avaloir et la cheminée, encastrée en façade avant. La surface de chauffe, de grandes dimensions, semble indiquer une utilisation plus conséquente, peut-être un four communautaire. Deux niches sont aménagées, pour accueillir quelques ustensiles. Restauré en 2019, le four était auparavant fermé par un auvent avec un bardage de bois.

Four à pain à Grange

Le four s’insère dans une petite construction basse, de plan quadrangulaire, ouverte sur un côté, et accolée entre deux remises plus élevées. Les murs sont en moellons de pierre, et l’ouverture est encadrée de grosses pierres et de briquettes formant un linteau droit. Un soubassement maçonné couronné de trois dalles compose une desserte en avant du four. Le conduit de cheminée est construit en débord de la façade. Au-dessus de la toiture en tuiles creuses, la cheminée est protégée par un assemblage en triangle de quelques pierres.

Sources :
– Laurent Marchand, Le petit patrimoine bâti du Pays Civraisien. Étude statistique et technologique, Syndicat mixte du Pays Civraisien, 2001. Étude disponible en ligne : www.payscivraisien.fr

Texte : Isabelle Fortuné
Recherche des archives : Jeanine Portejoie
Photographies : Isabelle Fortuné, Craig Townend

À consulter aussi :
> Les puits

> Articles : Les puits et les fours à pain
Extrait du bulletin municipal de Linazay – décembre 2019
Mise en page : Sandrine Peyrot
> Article de presse : Au temps des puits et fours à bois – La Nouvelle République,

Les puits

La commune de Linazay compte un nombre important de puits : une quarantaine sont visibles aujourd’hui encore. L’accès à l’eau est en effet un élément vital pour l’implantation humaine. Dans ce territoire de plaines calcaires dépourvu d’alimentation en eau, les habitants ne disposaient pas de cours d’eau permanent, ni de sources, fontaines ou lavoirs. Ils dépendaient des puits pour tout l’approvisionnement en eau, à la fois pour la vie quotidienne, l’élevage et les activités artisanales.

Un petit patrimoine très présent sur le territoire

Peu d’éléments permettent de dater le creusement des puits. On peut supposer que certains des puits visibles actuellement ont été construits aux XVIIe ou XVIIIe siècles, ou même antérieurement pour les domaines des châteaux. La première mention des puits dans les archives communales remonte à 1723, sous la plume du curé Jean Boisson : « Il y a eu cette année une sécheresse qui a duré neuf mois sans tomber d’eau. Tous les puits ont tari partout ».

Le cadastre napoléonien de 1829 apporte davantage d’informations, puisque les puits y sont localisés. On peut en relever seize sur le territoire de la commune : quatre au bourg, et de un à trois puits répartis dans chaque hameau. Au premier tiers du XIXe siècle, on compte alors en moyenne un puits pour 11 foyers.
Le percement des puits se développe ensuite au cours du XIXe siècle, et jusqu’aux premières décennies du XXe siècle. Avant la Première Guerre mondiale, la répartition évolue alors à un puits pour 2,5 foyers en moyenne. Ils restent en usage jusqu’à l’arrivée du réseau d’adduction d’eau courante : en 1954 au bourg, et jusqu’en 1965 pour le hameau de Grange.

Détail du cadastre napoléonien de 1829 (Poitiers, Archives départementales de la Vienne). Au bourg de Linazay, figurent quatre puits, représentés par des ronds rouges.

Les puits sont diversement répartis sur le territoire de la commune : nombreux au bourg ou à Grange, ils sont plus rares dans d’autres hameaux, tels Balandière, Nantillé ou Fortran. Ces disparités s’expliquent par la disponibilité de l’eau en sous-sol, ou par des besoins d’alimentation en eau accrus pour l’élevage.
Après la Révolution, les puits relèvent de différents statuts : certains sont publics, gérés par la commune, d’autres sont collectifs, mutualisés entre plusieurs habitations, ou encore construits à usage privé. Ils sont souvent implantés sur des placettes près des voies de circulation, ou privatifs dans les cours de ferme, ou, parfois, placés à des croisements de routes ou à proximité des champs.

Puits privé à Grange : gaine intérieure du puits, maçonnée en pierre de taille.

Des techniques et des savoir-faire traditionnels

Creuser un puits est une activité périlleuse, qui représente un investissement considérable. Sur le territoire, il faut forer jusqu’à une profondeur de 20 à 30 mètres pour atteindre les nappes.
Un sourcier désigne le meilleur emplacement, puis le puisatier intervient avec ses aides : ils piochent et extraient les déblais au moyen d’une chèvre placée à la surface. Les bords sont étayés au fur et à mesure, puis la maçonnerie intérieure est montée en moellons, ou plus rarement en pierres de taille, et soigneusement jointoyée.
Les techniques évoluent au fil des siècles et facilitent le creusement et le puisage : l’invention de la dynamite en 1866 révolutionne le forage des puits. Puis la mise en place du réseau d’électricité, à partir de 1937 à Linazay, permet l’installation de pompes électriques dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Si les puits présents sur le territoire de la commune répondent à un modèle commun, on peut observer une grande diversité des formes et matériaux mis en œuvre.
Un soubassement maçonné en moellons de pierre, recouvert ou non d’un enduit, ou parfois construit en pierres de taille, permet de surélever la margelle à hauteur d’appui. La margelle est en belle pierre, robuste pour supporter le heurt répété des seaux. Elle est le plus souvent de forme circulaire, quelquefois rectangulaire ou irrégulière. Plus récemment, des blocs octogonaux en ciment ont remplacé la pierre, plus gélive.

Sur la margelle, prend appui le système de remontée : il est composé d’un treuil en chêne traversé par une tige métallique à manivelles, ou plus rarement à volant. Autour du treuil, s’enroule une chaîne, une corde ou un filin, terminés par un mousqueton pour accrocher le seau.
Les portants sont constitués d’un assemblage en bois, ou d’une structure en fer forgé, plus ou moins ouvragée. Pour les puits qui ne sont pas abrités d’un bâtiment, l’ensemble est surmonté d’un petit toit, en bois ou en tôle, de forme cylindrique ou à deux pans.
Un ou plusieurs bassins, dénommés timbres localement, prennent place à proximité du puits, pour abreuver le bétail.

Quelques autres dispositifs liés à l’approvisionnement en eau se trouvent dans les cours de fermes : des citernes associées à des pompes en fonte ou à des structures de potence et poulies. Au château de La Chaux, un système plus rare était utilisé : un manège à traction animale. La rotation des animaux de trait autour de la roue permettait d’assurer la distribution en eau dans les différents bâtiments.

Des usages collectifs et des restrictions d’eau

La mise en commun des équipements liés à l’activité domestique permet de simplifier la vie des habitants, et développe une organisation sociale.
Les puits font alors l’objet d’attentions et de réparations régulières, un entretien d’autant plus nécessaire lorsque l’eau se tarit. Ainsi, lors de la sécheresse de 1723, le curé Jean Boisson souligne que : « le puits de la mare a été nettoyé et a donné de l’eau ».
L’été 1832 est marqué par un épisode de sécheresse, et la commune doit procéder au nettoyage des puits publics. Pour le « grand puits » de Grange, elle utilise le montant récolté par la vente du terreau extrait lors du curage de la mare de ce hameau. Pour subvenir aux réparations du puits de la mare au bourg, la municipalité met en place une contribution. Il est alors demandé : « un prix donné pour chaque pièce de bétail et un prix donné pour chaque maison qui puisera au dit puits ».

Lors de cette période de pénurie, la commune est également contrainte de mettre en place des restrictions et autorisations ponctuelles de puisage : « Jusqu’à ce que la ressource soit montée, … il est défendu d’enlever, à aucun puits, l’eau à pleines barriques ».
« Tous ceux qui désireront abreuver leurs bestiaux au puits de la mare de Linazay sans autorisation à y tirer de l’eau et à se servir du timbre qui se trouve près du puits, nous les autorisons momentanément à placer près du puits des vases propres à faire boire les bestiaux en attendant que les sources soient montées ».
Enfin, la municipalité fait appel à la solidarité : « Nous invitons les propriétaires de puits à ne point refuser l’eau à leurs voisins pour boisson et celle de leurs bestiaux, nous les invitons aussi à ne point refuser aux femmes nourrices, pour le nettoiement du linge de leurs enfants ».

Quelques exemples de puits à Linazay

Puits public de la mare au bourg

Ce puits communal est mentionné dans les archives dès 1723. La margelle monolithe circulaire a été consolidée en 1838 par deux agrafes en fer. Le système de remontée actuel, à treuil et manivelles, remplace un dispositif plus ancien, avec chèvre et poulie. Dans les années 1990, ce puits a été rehaussé lors des travaux de levées autour de la mare.

Puits commun à Grange

Ce puits, figuré sur le cadastre de 1829, présente un soubassement en moellons de pierre recouvert d’un enduit. Quatre pierres assemblées en forme circulaire composent la margelle. Le treuil à manivelles est maintenu par des montants en bois et métal, et couronné d’un petit toit à deux pans, recouvert d’une plaque de zinc. La maçonnerie et les portants en bois ont été restaurés dans les années 2000.

Puits commun de la Métairie (bourg)

Ce puits ancien, mentionné sur le cadastre de 1829, présente un diamètre plus étroit. Le soubassement bas n’est peut-être pas dans sa configuration d’origine. La margelle circulaire montre des traces d’usure liées à un puisage à traction mécanique. Le treuil à manivelles est porté par des montants métalliques, et l’ensemble est couvert d’un petit toit de forme cylindrique en tôle.

Puits privé à Grange

Le soubassement, à deux rangs de pierres de taille, porte une belle margelle monolithe circulaire. Le treuil à deux manivelles est tenu par un assemblage de bois et de métal. Construit à l’abri d’une dépendance, ce puits est dépourvu de toit.


Puits commun à Fortran

Ce puits situé au carrefour du hameau est porté sur le cadastre de 1829. La margelle octogonale en ciment est un aménagement plus récent. Les portants métalliques sont ouvragés avec des terminaisons recourbées. Le système de puisage comporte un frein en bois qui vient appuyer sur le treuil pour ralentir le mouvement du seau. Deux timbres pour abreuver les animaux sont placés à côté du puits.

Puits commun à Balandière

Situé à l’angle de la place du hameau, cet ancien puits est localisé sur le cadastre de 1829. Sous sa forme actuelle, il se compose de matériaux de fabrication industrielle : margelle en ciment et montants en métal peint. L’ensemble est protégé par un petit toit à deux pans en tôle. Une grille permet de sécuriser l’ouverture du puits.

Puits public au bourg (rue de chez Marie)

Ancien puits porté sur le cadastre de 1829, il témoigne de l’adaptation des techniques au cours des décennies : la margelle a été remplacée par une pièce octogonale en ciment, et une pompe électrique à usage privé a été accolée à l’ancien système de puisage dans les années 1950. Une trappe métallique assure la fermeture du puits.

Puits privé au bourg

Il s’agit d’un des puits les plus récents de la commune, creusé dans les années 1920. Il comporte une pompe électrique et un système de remontée plus rare : le treuil est actionné par une manivelle et un volant ; des roues crantées permettent de démultiplier les forces. Par une double chaîne, on pouvait actionner simultanément deux seaux, l’un montant, l’autre descendant.

Sources :
– Laurent Marchand,
Le petit patrimoine bâti du Pays Civraisien. Étude statistique et technologique, Syndicat mixte du Pays Civraisien, 2001. Étude disponible en ligne : www.payscivraisien.fr
– Archives communales de Linazay, années 1723 et 1832. Collection municipale.
– Recensements de la population, années 1851 et 1911. Poitiers, Archives départementales de la Vienne. Consultables en ligne : www.archives.departement86.fr

Texte et photographies : Isabelle Fortuné
Recherche des archives : Jeanine Portejoie

À consulter aussi :
> Les fours à pain

> Articles : Les puits et les fours à pain
Extrait du bulletin municipal de Linazay – décembre 2019
Mise en page : Sandrine Peyrot
> Article de presse : Au temps des puits et fours à bois
– La Nouvelle République,

Le jardin de Fortran

Un jardin remarquable

Ce jardin de buis en topiaires, créé en 1980, décline, sur une superficie d’un hectare, toute une palette d’ambiances : théâtre de verdure, chambre verte de charmilles, potager, plantes en pots et collection de cactées, de dahlias et d’annuelles variées. Un jardin à la française qui se visite à l’anglaise !

En février 2018, le Jardin de Fortran a obtenu le label « Jardin remarquable », décerné par le ministère de la Culture, visant à reconnaître et valoriser des parcs et jardins ouverts au public et bien entretenus.

Informations pratiques

Tarifs
– Gratuit pour les enfants
– Tarifs groupes et adultes : se renseigner

Horaires d’ouverture (du 10 juin au 31 octobre) :
– du lundi au vendredi : sur rendez-vous
– samedi et dimanche : 14h / 20h

Contact :
2 chemin du Bois Tellier à Fortran – Linazay
Tél. 05 49 87 06 13 ou 07 82 34 90 12
Courriel  : succulentes@orange.fr

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À consulter :
> Article de presse : Un nouveau jardin remarquable labellisé – La Nouvelle République,

Journées européennes du patrimoine – 21 septembre 2019

Pour sa quatrième participation aux Journées européennes du patrimoine, le groupe Histoire de Linazay vous propose une découverte de son patrimoine, orientée cette année autour des puits et des fours à pain.

Cette année, les recherches du groupe Histoire de Linazay ont porté sur un « petit » patrimoine très présent sur le territoire de la commune : les puits et les fours à pain. Le point d’orgue de ces activités a été le rendez-vous patrimonial et convivial proposé à l’occasion des journées européennes du patrimoine.

Samedi 21 septembre 2018, 14h30-17h
Lieu de rendez-vous : Mairie de Linazay à 14h30
Renseignements : histoiredelinazay@laposte.net
Gratuit

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Une quarantaine de personnes ont répondu présent, autour d’une balade commentée et de démonstrations pratiques : puisage d’eau au puits et cuisson de pains et de grimolles au four à bois.
Avant de déguster la grimolle, un exercice de texte en patois a retenu l’attention de tous les participants.

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Photographies : Isabelle Fortuné


À consulter :
> Article de presse : Au temps des puits et fours à bois
– La Nouvelle République,

Écoles de Linazay / partie 4 / La mise en place du groupe scolaire. 1920-1956

Petit rappel, notre historique de l’école communale s’était arrêté à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1911, on avait refait le crépi de la façade, la couverture de l’école des filles, ainsi que celle du préau.
Ensuite, et ce pendant 9 ans, les archives municipales restent muettes au sujet des deux écoles : pas la moindre allusion, et pas d’anecdotes non plus ! Quelques recherches supplémentaires aux Archives départementales de la Vienne, nous ont permis d’enrichir un peu ce récit.
Nous avons ainsi appris que de 1885 à 1906, date à laquelle il a pris sa retraite, Mr Moricheau a exercé son métier d’instituteur durant 21 ans à Linazay ! Nous pouvons ainsi l’identifier sur certaines photographies de classe.
Par la suite, bon nombre d’institutrices se sont succédées, en poste sur de courtes durées.

Les deux écoles mixtes

En 1920, un instituteur titulaire, dont on ignore le nom, demande une réorganisation des cours :
« que soit organisé une coéducation entre les cours moyens des élèves des deux sexes, ainsi qu’entre les cours élémentaires et le cours préparatoire ».
Les cours moyens prendraient alors place dans l’école des garçons, et les cours élémentaires et préparatoire dans l’école des filles, sous la direction de l’institutrice (peut-être Mme Gauvrit).

À partir de cette date, les deux écoles deviennent mixtes.
Ce nouveau mode d’enseignement était autorisé, même si, à cette époque, la mixité ne l’était pas encore : on disait « coéducation » ou encore « gémination », ou plus simplement « école spéciale à classe unique ».
Dans les faits, il s’agissait de regrouper garçons et filles d’une même tranche d’âge. Ce mode d’enseignement se pratiquait dans les petites communes rurales, pour lesquelles l’effectif était insuffisant. Son but était avant tout économique et permettait ainsi d’éviter l’usage et l’entretien d’un local devenu inutile, mais également de supprimer un poste d’enseignant.
La suite nous le confirme, puisqu’en 1923, La Fraternelle, association à but récréatif (sports, théâtre, bals, jeux), installe son siège social dans le local inoccupé de l’école des garçons.
En 1934, la construction d’une nouvelle école est en projet, mais le dossier, incomplet, reste sans suite.

En 1936 – le 5 juillet –, suite à une augmentation sensible du nombre d’élèves, la commune demande la restauration du poste d’instituteur qui avait été supprimé quelques années plus tôt.
À propos de la population de Linazay, précisons qu’en 1851 (première année répertoriée dans les archives pour les recensements de population), on comptait 577 habitants, puis 406 en 1911, et 322 en 1936 (pour 224 en 2015). Dans les années 1930, l’école comporte alors une quarantaine d’élèves, garçons et filles.
En 1937, la commune demande des réparations :
« pour les WC qui comptent deux cases, une pour les garçons, une pour les filles, ainsi que pour le préau, caillouteux et poussiéreux ».

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La fermeture de l’école des filles

Vous l’avez vu plus haut, les élèves étaient repartis entre les deux maisons d’école. Pourtant, sans bruit, l’école des filles a bel et bien fermé ses portes ! À quel moment ? : nous l’ignorons ; encore une fois, aucune trace dans les archives.
En 1935, et pour confirmer nos dires, le Maire donne l’autorisation de « vendre le foin se trouvant dans le jardin de « l’ancienne école des filles » ».
La même année, les pommes du jardin sont ramassées par Mr Adrien Bariteau, qui en a recueilli 3 sacs, pour un prix de 15 francs.
En 1937 – le 3 juillet –, un arrêté signifie l’aliénation de l’école des filles et l’autorisation de la vente du local :
« les ressources procurées par cette vente devant être affectées à la construction de water closets à l’école des garçons ».
Et oui, encore…

En 1937 – le 13 décembre –, l’Académie donne un avis favorable pour la vente de la maison d’école des filles. Le 13 février 1938, le Conseil municipal demande l’autorisation de procéder à la vente :
« considérant que l’immeuble désigné est en mauvais état, qu’il n’est plus d’aucune utilité pour la commune et que les réparations entraîneraient des dépenses trop importantes ».
En 1939 – le 26 février –, Mr Morisset, maire de Linazay et Mr Demeure, notaire à Civray, inspectent les locaux et sont chargés de faire l’étude de la vente de l’école.
La commune a fixé la mise à prix à 8 000 francs, le Directeur de l’enregistrement l’estime à 14 000 francs. On se concerte ; le Conseil municipal propose 11 000 francs, mais l’estimation reste à 14 000 francs.
Le 15 décembre 1940, c’en est fait : l’ancienne maison d’école des filles est vendue aux enchères publiques.
Elle est vendue et adjugée à Mrs Robert et Roger Merigot, pour la somme de 18 000 francs. Cette ancienne école est aujourd’hui encore occupée par cette même famille.

 

Le projet de construction d’un groupe scolaire

Le projet de construction d’un groupe scolaire avait fait l’objet d’une délibération du Conseil municipal en 1936. Il était déjà sur la liste des écoles à construire ! Mais, vous allez le voir, il va se passer encore 20 ans avant que le projet ne se réalise…

En 1944, l’Inspecteur général déplore l’état de l’école :
« Elle est pauvre et les maîtresses ont fort à faire pour dissimuler un peu, par des guirlandes et des dessins, la pauvreté de leur maison et heureusement, mariées dans le pays, elles ont un logement, parce que l’école n’en a point pour elles ».
Mais les problèmes s’accumulent :
« Le poêle tombe en panne, nous sommes en février, et il n’y a plus de bois ».
Il faut attendre le mois de décembre suivant pour le remplacer.

En mai 1949, devant le « très mauvais état des bâtiments scolaires », le Maire rencontre Mr Gallot, architecte, pour un nouveau projet de construction de groupe scolaire, sur un terrain communal au centre bourg, à l’emplacement de l’ancienne cure.
Le projet établi, la décision est prise de construire, et de solliciter une aide financière :
« demander en conséquence, des subventions aussi élevées que possible au Département et à l’État, la situation financière de la commune ne permettant pas d’entreprendre de tels travaux ».
Ce projet, bien que classé « en ordre d’urgence », et dont le dossier porte le n° 22, devra encore attendre, le Ministre de l’Éducation ne consultant que les dix premiers dossiers.
En réalité, à cette époque, beaucoup d’écoles sont dans un état déplorable. En 1950, on estime à près de 20 000 le nombre de classes primaires nouvelles à construire.

En 1950, les choses commencent à se concrétiser : le plan de l’avant-projet, les premiers devis, l’architecte, Mr Gallot, la durée des travaux prévue pour un an avec un effectif de dix ouvriers. Le coût du projet est estimé à 15 854 068 francs, englobant la construction de l’école et de la mairie.
Mais l’affaire piétine, et le temps passe… Entre-temps, il faut bien entreprendre quelques réparations :
« l’ouverture de deux fenêtres dans une classe, la réfection partielle des enduits intérieurs des deux classes ».
Une lettre du 20 octobre 1948 nous apprend que l’éclairage d’une des classe n’est assuré que par une porte vitrée :
« Il est absolument nécessaire d’augmenter la lumière ».

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En novembre 1953, Mr Gallot se rend sur les lieux de l’école, à la demande du Maire Ernest Texereau, tout nouvellement élu, qui « craint pour la sécurité des enfants ».
Il constate la dégradation du local depuis trois ans, date de sa dernière visite :
« La situation s’est considérablement aggravée, en particulier dans la cantine, l’état de la charpente et de la couverture est si vétuste que l’on peut à tout moment craindre un accident. Les pièces principales de charpente ont subi des efforts de flexion et de torsion tels qu’une rupture peut se produire à tout moment, le lattis est pourri au point qu’aucun ouvrier ne peut se risquer à monter sur la couverture pour reboucher les gouttières, que la seule solution serait la réfection complète de la charpente et de la couverture pour éviter le pire, c’est à direl’écrasement total de la couverture et de la charpente, il faut faire des étaiements provisoires et fréquemment vérifiés, étant dans l’impossibilité de rendre le toit étanche. Enfin, il est souhaitable, si c’est possible de cesser d’occuper la cantine ».

En mars 1954, une subvention de 9 350 000 francs est accordée à la commune pour le groupe scolaire, qui comprendrait deux salles de classe, avec annexe et cantine, ainsi que deux logements d’instituteurs.
L’Inspecteur, non satisfait, demande encore des modifications que la commune ne peut supporter et, de nouveau, il n’est pas possible de donner une suite favorable à la construction du groupe scolaire. Le dossier technique tel qu’il se présente est à revoir, pour les raisons suivantes :
– « le logement des maîtres ne permet pas, à l’endroit où il se trouve placé, de surveiller la cour »,
– « l’emplacement réservé à la mairie et à ses abords paraît bien important, si on le compare à la cour des élèves »,
– « la cantine peut être ramenée dans le corps du bâtiment principal ».

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Ces remarques conduisent donc à la réalisation d’un nouveau plan.
Enfin, comme tout finit par arriver : le 7 juin 1954, c’est un avis favorable !

Le rapport des Constructions scolaires, nous fait part que les dépenses subventionnables ne pourront en aucun cas dépasser 14 030 000 francs le devis de l’architecte étant de 14 135 627 francs.
Les travaux sont financés par une subvention de la Préfecture se montant à 2 576 180 francs et une autre de 9 350 000 francs par le Ministère de l’Éducation, calculée sur la base de 10% de moins, en comparaison des prix pratiqués à Paris.
Précisons qu’au vu des plans, la construction finale aura subi quelques simplifications, pour alléger le budget.

Enfin, c’est le grand jour !
À Pâques 1956, c’est dans des locaux tout neufs que Jean-Pierre, Gérard, Gilbert, et bien d’autres, vont prendre place…

 

Photographie de la classe 1955-1956. Collection personnelle

En 1956, le Conseil municipal demande l’autorisation de vendre l’ancienne école. En 1957 – le 21 février –, l’Inspecteur d’Académie donne l’autorisation de désaffecter les locaux qui ne peuvent être vendus sans son accord. Le 23 octobre, la municipalité reçoit l’autorisation de procéder à l’aliénation des bâtiments utilisés précédemment comme école et mairie. Cette ancienne école des garçons sera vendue à son tour à la famille Safranic, qui l’occupe toujours aujourd’hui.
Enfin et pour conclure, le groupe scolaire ferme ses portes à son tour en 1991, victime du regroupement scolaire. Il aura vécu 35 ans !
Cette rubrique prend fin, nous espérons que tous ceux qui sont passés par la primaire, les dizaines et les dizaines d’élèves, les bons, les mauvais, les passables, les peut-mieux-faire et les désespérants, auront pris plaisir à nous lire !

À consulter aussi :
> L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878
Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889

> Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914
> Articles : Écoles de Linazay (1832-1956)
Extraits du bulletin municipal de Linazay – décembre 2015 à 2018
Mise en page : Sandrine Peyrot

– Sources : Archives municipales de Linazay, Archives Départementales de la Vienne
– Recherches historiques et texte
 : Jeannine Portejoie et Susan Mitchell
– Photographies et numérisations : Isabelle Fortuné, Susan Mitchell et Martine Provost