Logis de La Chaux

Nous remercions vivement la famille Dobson, propriétaire du château de La Chaux, pour leur accueil et leur disponibilité lors de notre visite.

Le fief de Buffefeu

Situé à l’est de Linazay, limitrophe de la commune de Saint-Saviol, le hameau de La Chaux se compose d’une maison noble et de quelques habitations, regroupées autour du croisement des routes reliant Linazay à Civray et Blanzay à Saint-Saviol.

Le fief de La Chaux, également dénommé Buffefeu, est mentionné dès 1403 dans le Grand Gauthier, parmi les Hommages rendus à Jean de Berry, comte de Poitou et duc d’Aquitaine. Le fief relevait du comté de Civray. Si le terme Buffefeu provient d’un nom de personne – le premier propriétaire connu en est Jehan Buffefeu au XIVe siècle -, la toponymie de La Chaux semble évoquer la proximité de lieux d’exploitation de chaux ou de calcaire1.

Aux XVe et XVIe siècles, le domaine appartient aux familles Buffefeu puis Babignon ; il est ensuite transmis par mariage aux familles Dexmier puis de Vivonne.
Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Jacob de Jousserand acquière la propriété. Elle reste en possession des familles Jousserand, puis de Menou, jusqu’à la fin du XIXe siècle. Marie-Joséphine-Anne de Fleury, comtesse de Menou, est contrainte de vendre vers 1887-1891, suite aux mésaventures rocambolesques de son fils Léo, puis au décès de son mari.
C’est alors Frédéric-Auguste Baribeau qui se porte acquéreur du domaine, qui restera en possession de la famille au cours du XXe siècle. Kathryn et Jon Dobson sont les actuels propriétaires du logis, les terres appartenant toujours à la famille Baribeau.

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Une demeure résidentielle au milieu des champs

Le logis de La Chaux est une maison noble environnée de champs cultivés. Très remanié au fil des siècles, il conserve quelques éléments remontant au XVIIe siècle.

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Plan schématique du château de La Chaux réalisé d’après un plan de 1941 et une vue aérienne actuelle. Infographie : Isabelle Fortuné / Image de fond : vue aérienne en 1976 – Source : Géoportail

Le château est précédé d’une allée plantée de marronniers [A]. Percée dans le mur d’un bâtiment aujourd’hui disparu, une porte piétonne [B] conduit à la façade principale du logis. Au-dessus de cette porte, à ouverture en plein cintre, est inscrite la date de 1627. Une porte cochère et une autre porte piétonne desservent la cour arrière et les communs. Cette deuxième porte piétonne [C] présente l’inscription 1705, surmontée d’une armoirie martelée. Dans cette armoirie très endommagée, il est difficile d’identifier les armes de la famille Jousserand.

Le corps de logis principal [D], de plan quadrangulaire, est construit en pierre calcaire recouverte d’un enduit. La couverture est en tuiles. La façade, très sobre, est dénuée d’ornements et présente deux niveaux d’élévation. L’ordonnancement des fenêtres a connu plusieurs remaniements par les différents propriétaires en vue d’améliorer le confort de la résidence. En 1865, Pierre-Amédée Brouillet évoque ainsi les anciennes ouvertures du logis : « Ses fenêtres carrées étaient, jadis, divisées par des meneaux en pierre ».

Les deux tourelles, accolées au nord-est et au sud-ouest du logis, confèrent une dimension verticale à la construction. Elles n’ont pas de fonction défensive ; ce sont des éléments qui imitent les codes l’architecture militaire médiévale. Les deux tourelles sont coiffées en poivrière et couvertes d’ardoises. La tourelle sud-ouest [E] abrite l’escalier à vis. La tourelle nord-est a servi de pigeonnier [F]. À mi-hauteur de la construction, un élément témoigne encore de cet ancien usage : les petites ouvertures géminées qui permettaient l’envol des pigeons, complétées par un bandeau en saillie, pour protéger les volatiles des prédateurs.

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À l’ouest, la cour arrière est close par les bâtiments des communs. Les écuries forment un bel ensemble en moellons calcaires non enduits. La toiture à quatre pans, couverte en tuiles plates, est surmontée de deux épis de faîtage. Les portes et fenêtres rythment la construction par une alternance d’encadrements demi-circulaires en briques à l’étage inférieur, et de lucarnes en œil-de-bœuf en pierre qui éclairent l’étage du grenier.

Cet édifice de dimensions imposantes – plus de quarante mètres de longueur – témoigne de l’importance de l’activité d’élevage de chevaux. Au cours du XIXe siècle, de nombreux maréchaux-ferrants étaient employés au domaine, avec la charge de maintenir des chevaux disponibles, de jour comme de nuit. Des granges ou remises, un four à pain – aujourd’hui ruiné -, et des petits « toits » pour abriter les animaux, viennent compléter l’ensemble des dépendances.

Au centre de cette cour arrière, se trouve un puits qui était actionné par un manège tracté par des chevaux. Relié à une cuve située en hauteur, le mécanisme permettait d’assurer la distribution en eau dans les différents bâtiments.


Notes
1. Gauthier, Pierre, Noms de lieux du Poitou, éditions Bonneton, 1996, p. 146.


Références bibliographiques
Le patrimoine des communes de France. La Vienne, tome I, Flohic, 2002, p. 195-196.
– Durand Philippe, Andrault, Jean-Pierre (dir.), Châteaux, manoirs et logis. La Vienne, éditions Patrimoine et médias, 1995, p. 324.
– Brouillet, Pierre Amédée, Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, imprimerie et librairie P-A Ferriol, 1865, p. 265 ; fig. Canton de Civray, pl. 39. Disponible en ligne sur Gallica.
– Rédet, Louis, Dictionnaire topographique de la Vienne, Imprimerie nationale, 1881, p. 231-232. Disponible en ligne sur Gallica.


Crédits
– Recherches historiques et généalogiques : Gilbert Robin
– Texte : Isabelle Fortuné
– Photographies : Isabelle Fortuné et Isabelle Fortuné / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0. Disponible en ligne sur Wikimedia Commons.
– Illustration : Pierre-Amédée Brouillet (Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, 1865). Disponible en ligne sur Gallica.
– Carte : Plan cadastral de 1829. Archives départementales de la Vienne. 4P916 B1. Disponible en ligne.

À télécharger :
Article : Château de La Chaux
Extrait du bulletin municipal de Linazay – décembre 2015
Mise en page : Sandrine Peyrot

 

 À consulter aussi :
Jean-Charles de Jousserand (1743-1782)
Léo de Menou (vers 1863- )
Pierre-Amédée Brouillet et l’Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civray

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