Église Saint-Hilaire

L’église Saint-Hilaire est implantée au cœur du bourg de Linazay, qu’elle signale dans le paysage par la flèche de son clocher. Depuis sa construction au début du XIIIe siècle, l’église a connu de nombreux remaniements. Elle reste cependant, par les sculptures à motif végétal du portail et les pierres tombales du sanctuaire, un élément remarquable de notre patrimoine local.

L’église est dédiée à saint Hilaire, qui fût au IVe siècle le premier évêque connu de Poitiers, et l’un des premiers grands auteurs chrétiens (vers 315 – vers 359). Issu de l’aristocratie gallo-romaine poitevine, d’une famille de tradition païenne, il se convertit au christianisme qu’il diffuse dans le Poitou. Il est l’auteur d’importants ouvrages sur la doctrine chrétienne, dont son traité majeur : De la Trinité.
Ce père de l’Église fait l’objet d’une importante dévotion locale. La dédicace à saint Hilaire est la plus répandue parmi les édifices religieux du pays civraisien : on la retrouve notamment pour les églises de Blanzay, Savigné, Voulême…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Historique

Avant 1790, l’église dépendait de l’archiprêtré de Chaunay. Après la Révolution, la cure a été annexée à Champagné-le-Sec, avant d’être rétablie à Linazay en 1846, jusqu’au début du XXe siècle.
L’édifice a souffert des Guerres de religion. La façade, ainsi que les parties basses du chevet, portent encore les traces d’un incendie.
L’église a connu, comme beaucoup d’édifices religieux du civraisien, plusieurs campagnes de restauration, à des dates incertaines. L’une de ces renovations a été entreprise au XVIIe siècle sous l’impulsion de Louis Eschallé. Les seigneurs de cette puissante famille locale, implantée notamment au Magnou et à la Foubertière, ont financé la rénovation ou l’entretien de l’église et ont obtenu le privilège d’être inhumés au sein du sanctuaire.

Certains curés de la paroisse ont également laissé leur nom dans l’édifice : René Tanchot en 1693 dans la dédicace de la cloche, Jean Boisson en 1713 sur la porte de la sacristie, le curé Poupard de Blanzay (1909-1979) sur une plaque dans la nef.
À la fin du XIXe siècle, l’église est signalée comme à nouveau ruinée : « La misérable église de Linazay tombe en ruines, les murs sont lézardés, les fenêtres n’ont pas de verrières », peut-on lire dans un appel aux dons lancé par l’abbé Pouchard en 18991.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’architecture extérieure

L’édifice, de dimensions modestes, est inscrit dans un plan rectangulaire de 6 mètres sur 19 mètres. La façade ouest, très remaniée et recouverte d’un enduit, ne laisse pas deviner son apparence d’origine. Les traces rougeâtres qui transparaissent sous l’enduit sont les témoignages d’un incendie.

L’élévation sud présente une facture très sobre, d’inspiration encore romane. Sont conservées de la construction initiale deux baies étroites au niveau supérieur et une ouverture en plein cintre au registre inférieur. La nef est couverte de tuiles, qui prennent appui sur un simple rebord en pierres plates. Les trois larges contreforts, ajoutés après la dégradation de l’édifice pour consolider les murs de la nef, sont construits à trois gradins, et coiffés de pierres plates.
Le clocher massif s’élève au-dessus du chœur ; il est surmonté d’une flèche couverte d’ardoise. Il a conservé une apparence proche de celle d’origine, avec ses fines baies en partie haute, ses contreforts plats, et sa corniche soutenue par des modillons non ornés. La corniche est partiellement dégradée.
Le bâtiment de la sacristie est un ajout ultérieur. Au-dessus de la porte figure l’inscription : « Jean Boisson curé de Linazay », accompagnée de la date de 1713 et de trois symboles : une croix, un calice et un Sacré-Cœur.
Le côté sud de l’église n’a pas connu de modifications majeures depuis sa représentation lithographiée par Pierre-Amédée Brouillet en 1865. La seule transformation apparente réside dans la couverture des contreforts, qui étaient alors recouverts de tuiles en prolongement de la toiture de la nef. Le couvrement en lauzes des contreforts date de 1999. Une réfection de la couverture en ardoises du clocher a été réalisée en 1975.

À l’est, les parties basses du chevet présentent à nouveau des traces d’incendie. La corniche n’a pas été conservée au mur oriental. La grande fenêtre percée à l’époque gothique est occultée.
L’agencement du mur nord a été très bouleversé : cinq contreforts, de facture disparate, ont été plaqués pour contrebuter la poussée de la nef. Aucune ouverture n’est conservée au mur nord de la nef.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le portail sud

L’entrée se fait par le côté sud. Le portail est abrité par un auvent, localement appelé « balet », qui prend appui sur deux contreforts. Il s’agit donc d’un ajout postérieur à la consolidation de l’édifice. Le reste du portail est conservé dans son état d’origine. Le décor en est caractéristique du XIIIe siècle. De quatre piédroits s’engagent des colonnettes prolongées par deux voussures arrondies formant un arc brisé. La voussure supérieure est légèrement en saillie. Les tailloirs surmontant les chapiteaux ne sont pas ornés.
Les quatre chapiteaux présentent le seul décor figuré de l’édifice, à motif végétal : à gauche, sont représentées une feuille de chêne et une feuille grasse non déterminée ; à droite, figurent six feuilles de châtaigniers.
Dans l’iconographie chrétienne, le chêne évoque la force de la foi chrétienne face à l’adversité. Le châtaignier symbolise la vérité, la vigueur, la générosité, la justice, l’équilibre et l’équité.
En dehors de ces évocations symboliques, on peut penser que les artisans du Moyen Âge travaillaient d’après nature, en s’inspirant des végétaux récoltés dans les bois environnants. Le chêne et le châtaignier sont en effet deux espèces dominantes du paysage local.
Des décors à base de feuilles de chênes se retrouvent aussi, à l’époque gothique, sur les portails de Pioussay (Deux-Sèvres) au XIIIe siècle, Savigné et Champniers au XVe siècle.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’architecture intérieure

La nef forme un volume unique, composé seulement de trois travées, séparées par des piliers. Elle est prolongée par un chœur quadrangulaire. Les murs latéraux de la nef sont renforcés par des arcatures aveugles en arc brisé, reposant sur des pilastres et consoles. L’écartement du haut des murs témoigne à nouveau des déstructurations subies par l’édifice.
La voûte de la nef est en berceau légèrement brisé, portée par des arcs doubleaux. Le chœur, plus étroit que la nef, est vouté en berceau plein cintre.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les pierres tombales et le mobilier

Le chœur abrite quatre pierres tombales, qui constituent un précieux témoignage sur l’histoire locale. Deux d’entre elles portent les armoiries de la famille Eschallé, très reconnaissables, d’hermine à trois têtes de lions.
En partant du nord vers le sud, la première pierre tombale est celle de Louis Eschallé (†1662), marquée d’une inscription bien conservée : « Cy gist le corps de Louis Eschallé, escurier seigneur du Magnou et de Linazai, fondateur de l’église du dit lieu, décédé le 31 iullet 1662, prié Dieu pour son âme ». La mention de fondateur de l’église ne se rapporte pas à la construction initiale de l’édifice, mais au financement de sa rénovation.
La quatrième pierre tombale porte une armoirie effacée, surmontée d’un casque de chevalier. Il s’agit de Louis Eschallé (†1693). L’inscription, encore lisible en 1865, avait été relevée par Pierre-Amédée Brouillet : « Louis Eschallé, écuyer, seigneur de la Foubertière et de Lairé, décédé le 12 juin 1693, âgé de 48 ans ». De nos jours, seule la mention « 48 ans » reste lisible.
Si les inscriptions sont effacées sur les deux autres pierres tombales, une armoirie de la famille Eschallé est encore visible sur la troisième pierre.
Les registres mentionnent une dizaine d’autres inhumations au sein de l’église, probablement sous les dalles de la nef. Cette pratique d’inhumation dans les lieux de culte se maintient jusqu’au XVIIIe siècle.

La cloche, baptisée en août 1693 par le prêtre René Tanchot a pour parrain Charles-François Eschallé et pour marraine Catherine de Crugy de Marsillac de Pannessac.

Les vitraux

Les remaniements de l’édifice ayant occulté plusieurs baies, seules trois ouvertures éclairent à présent l’église : en façade, au mur sud de la nef et du côté nord du chœur.
Après la destruction de la verrière ouest lors de la tempête de 1999, la commune de Linazay a initié une commande de création de vitraux, auprès des maîtres-verriers Philippe Riffaud et Françoise Théallier, de l’atelier Saint-Joseph de Ruffec.

Le vitrail de la Vierge, ornant la baie de façade, a été la première réalisation, mise en place en décembre 2000. La Vierge est représentée en prière, les yeux clos. Si les couleurs de la Vierge sont traditionnellement le bleu et le rouge, des teintes plus pastel ont été privilégiées ici, autour de nuances de bleu, de violet et de jaune. Sur un fond rythmé par un simple quadrillage de losanges – rappel des motifs géométriques de l’ancienne verrière -, le drapé inscrit la figure de la Vierge dans un mouvement spiralé.

En 2003, est créé le vitrail de saint Hilaire à la petite baie sud de la nef. Le saint dédicataire de l’église est représenté sous la forme traditionnelle héritée des maîtres-verriers du XIXe siècle : saint Hilaire figure en pied, dans une stature hiératique, avec les attributs de l’évêque, la crosse et la mitre. Le Père de l’Église présente les traits d’un vieil homme portant la barbe. Dans la tradition iconographique, saint Hilaire est souvent représenté montrant son livre De la Trinité, ou encore foulant au pied un serpent symbole de l’hérésie. Ici, il esquisse seulement geste de bénédiction.
Le personnage, en rouge et or, se détache sur le fond incolore. L’encadrement de volutes végétales occupe une place importante dans la composition, rappelant à la fois la figure symbolique du serpent et les motifs végétaux du portail.

Autour de l’église

Devant l’entrée sud de l’église, se tient un tilleul planté en 1967. Il a remplacé l’acacia qui ombrageait les lieux au cours du XXe siècle. Au XVIIIe siècle, c’est un marronnier qui avait été planté devant l’église par le curé Jean Boisson.
Le monument aux morts, situé devant la façade de l’église, a été commandé par la municipalité en 1919-1920. Érigé à l’origine de l’autre côté du cimetière, il a été déplacé devant l’église dans les années 1990. Un aménagement des abords de l’église a été réalisé par la commune en 2015, permettant notamment une mise en valeur du chevet.


Références bibliographiques
Le patrimoine des communes de France. La Vienne, tome I, Flohic, 2002.
– Panneau Les édifices cultuels du pays civraisien. Église Saint-Hilaire de Linazay, réalisée par le Pays civraisien.
– Plaquette Linazay. L’église Saint-Hilaire, réalisée par l’association Parvis, 2015. Disponible en ligne.
– Poinfoux, Maurice, « Notes historiques sur Linazay. La cloche, l’église, notes diverses », Les Amis du pays civraisien, n° 74, septembre 1988, p. 5.
– Poinfoux, Maurice, « Notes historiques sur Linazay. Compléments », Les Amis du pays civraisien, n° 82, septembre 1999, p. 12.
– Pintureau, Roger, « Contribution à l’étude de l’histoire locale de commune de Linazay », Les Amis du pays civraisien, n° 5, avril 1969, p. 13-15.
– Brouillet, Pierre-Amédée, Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, imprimerie et librairie P-A Ferriol, 1865, p. 228-229, pl. 24. Disponible en ligne sur Gallica.


Notes
1. La Croix, n° 5002 s, 5 août 1899.


Crédits
– Texte : Isabelle Fortuné
– Photographies : Isabelle Fortuné et Isabelle Fortuné / Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0. Disponibles en ligne sur Wikimedia Commons.
– Illustration : Pierre-Amédée Brouillet (Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civrai, 1865). Disponible en ligne sur Gallica.
– Cartes : Le Haut et Bas Poictou, par Pierre Duval, Paris, chez Mlle Du Val, 1689. Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE D-15136. Disponible en ligne sur Gallica.
Plan cadastral de 1829. Archives départementales de la Vienne. 4P917 A1. Disponible en ligne.

À télécharger :
♦  Plaquette Linazay. L’église Saint-Hilaire
sur le site de l’association Parvis

À consulter aussi :
Croix hosannière
Pierre-Amédée Brouillet et l’Indicateur archéologique de l’arrondissement de Civray
Curés de Linazay

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s