Jean-Charles de Jousserand (1743-1782)

Un mauvais sujet aux îles

Parmi les « mauvais sujets poitevins » déportés à la Désirade (île dépendant de la Guadeloupe et devenue, par ordonnance royale, lieu de déportation), figure Jean-Charles de Jousserand. À cette époque, les grandes familles refoulaient, moyennant 200 livres par an au Trésor de la Marine, les fils compromettants dont la mauvaise conduite exposait leur nom. Il s’agissait souvent de délits mineurs.

Jean-Charles de Jousserand est né au logis de La Chaux à Linazay le 2 janvier 1743. Comme plusieurs de ses frères, il entre très jeune au service du Roi. On le retrouve à 15 ans au bataillon des milices de Vannes puis au régiment Royal d’infanterie ou il est enseigne, puis lieutenant. Son état de service signale « qu’il a abandonné » en 1763. En réalité le Commandant du régiment, plus explicite, l’a renvoyé « pour mauvaise conduite ». Il s’agit en fait de dettes de jeu, dettes que la mère, devenue veuve, ne peut rembourser.

Jean-Charles est alors emprisonné à Rochefort et il fait partie du premier convoi de 32 hommes qui arrive à la Désirade en août 1764.
L’île n’est qu’un éparpillement de quelques cases ; la vie et le climat sont rudes, l’humiliation et les punitions, régulières ; on se vole les vivres ; tous ces jeunes gens essuient la misère et passent leur temps dans une crasse oisive : rien à apprendre, rien à faire, sans compter l’indifférence totale des familles.
Bientôt, le gouverneur prend Jean-Charles de Jousserand en estime. Il a, dit-il, « une bonne tenue », et essaye toujours « d’arranger ses guenilles » du mieux qu’il peut. Comme les notes qu’il envoie régulièrement à sa famille sont bonnes, sa mère songe à le faire revenir.

Il rentre sur le bateau du Roi, le Danube. Pour son retour, on a remplacé au dernier moment ses haillons par une tenue plus adaptée. Mais 28 mois passés dans les îles l’ont profondément marqué et les premières années sont très difficiles, si bien qu’il pense y retourner.
Dans les années 1767-1770, on constitue à Saint-Domingue, une légion nationale, et son oncle J. Jousserand de la Voulenie, ancien capitaine au régiment d’Ailly, qui a épousé une créole, possède des plantations dans le sud-ouest de l’île. Jean-Charles, qui connait déjà le climat et les mœurs, repart en 1770. Lorsqu’on supprime la légion de Saint-Domingue et ses effectifs, Jean-Charles de Jousserand passe dans la maréchaussée. On le retrouve à Port-au-Prince en 1777, puis grand Prevost à Nippes, à la tête d’une brigade indigène.
Ensuite, on ne sait rien de lui jusqu’au 26 février 1782, date à laquelle un notaire vient à son chevet dresser son testament. Il n’a point de legs à faire, pas d’esclaves à céder. Jean-Charles Jousserand n’était ni spéculateur ni colon, il laisse à sa mère tout juste quelques arriérés de sa solde et la supplie de lui « faire miséricorde » pour ces années gâtées.

 


Texte : Jeanine Portejoie


Référence bibliographique
– Debien, Gabriel, « Mauvais sujets poitevins aux îles », Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest, 4e trimestre 1960, p. 675-686. Disponible en ligne sur Gallica.

 

 

 

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