L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878

De Nantillé au bourg

Les archives en notre possession, en l’occurrence les Délibérations du Conseil municipal de Linazay, commencent en 1832. L’école existait déjà avant cette date et la commune a peut-être connu quelques balbutiements éducatifs, mais il fallait sûrement se tourner du côté des châteaux de La Chaux et du Magnou

Recrutement et traitement de l’instituteur
1831-1834

En 1831, la population de Linazay se chiffre à 516 habitants et répond donc aux critères obligatoires pour l’ouverture d’une école.

On apprend qu’en 1834, le poste d’instituteur est vacant, et que la mairie va devoir faire le choix d’un candidat. Un seul se présentera : M. Henry Brault de Nantillé, muni d’un Brevet de Capacité du 3e degré délivré par l’Académie de Poitiers le 24 juillet 1832. Le local destiné à l’école, situé à Nantillé (aujourd’hui et sans certitude, la maison Roucher), est considéré par le Maire, son Conseil, et par l’instituteur, comme  « sain et parfaitement convenable ». L’enseignement s’organisera comme suit :
• Ceux qui apprendront à lire : 75 centimes par mois
• Ceux qui apprendront à lire et écrire : 1 franc
• Ceux qui apprendront à lire, écrire et compter : 1 franc
L’instituteur s’engage, comme la loi l’exige, à donner l’instruction gratuite à 8 enfants indigents de la commune, et recevra 67 francs d’indemnité fixe.
Dans les campagnes, les écoles avaient une existence chaotique, tributaires des finances de la commune et de la paroisse. Linazay n’échappe pas à la règle et, n’ayant aucun fonds disponible, vote rapidement un impôt extraordinaire pour le traitement de l’instituteur, le Conseil municipal reconnaissant « l’utilité de cet argent pour l’instruction et le maintien de l’école dans la commune ».

Ici manquent quelques années d’archives…

Rétributions scolaires
1848

En 1848, une circulaire de M. le Préfet demande à ce que soit fixée la rétribution mensuelle des élèves fréquentant l’école ainsi que la liste de ceux qui seront instruits gratuitement, le prix restant en fonction des « études entreprises » :
• 1re catégorie : « Ceux qui commencent la classe : 1 F »
• 2e catégorie : « Ceux qui commencent à écrire : 1,25 F »
• 3e catégorie : « Ceux qui commencent à calculer : 1,50 F »
Pour la grammaire ou l’arpentage, il est demandé de traiter avec le maître.

Un projet contesté de construction d’une école à Nantillé
1850

Le 5 janvier 1850, le Comité local de Linazay, composé de plusieurs adjoints, demande à ce que l’école soit placée au « chef-lieu » (entendez par là : le bourg). Le Conseil municipal considère alors « qu’il n’y a pas dans le chef-lieu, de local convenable, assez vaste, ni assez éclairé, et que la commune ne peut dans l’immédiat, faire aucun sacrifice pour une telle acquisition, venant déjà d’acquérir le presbytère ».
L’instituteur se propose alors d’en « bâtir une au village de Nantillé, où se trouve actuellement l’école, sur un vaste terrain lui appartenant et dans un orient superbe » ; et « qu’il la ferait construire dans tous les goûts désirables et d’une grandeur suffisamment vaste pour y loger largement les élèves qui s’y présenteraient ». Le Conseil, à sa majorité consent à la proposition de l’instituteur et considère « Nantillé comme étant le point central de toutes familles de Linazay ». La proposition est rejetée par le Comité local qui pense que l’école doit être au bourg.

Traitement de l’instituteur
1851

Conformément à la loi du 15 mars 1850, « il y a lieu d’allouer un supplément de traitement à l’instituteur portant son revenu annuel à 600 F », son revenu fixe étant de 200 F, la rétribution des élèves variable suivant leur nombre et selon ce qu’ils apprennent : après la grammaire et l’arpentage, s’ajoutent maintenant ceux qui apprendront « d’autres choses »… La différence, s’il y a lieu, est prélevée sur les ressources communales et les aides.

Acquisition de mobilier d’école
1855

Un devis estimatif du mobilier d’école est établi. Jusqu’à ce jour, l’école n’a aucun mobilier lui appartenant. Aucun fonds n’étant disponible, une demande d’aide est adressée à l’autorité supérieure au sujet de l’acquisition de ce mobilier.
Monsieur Chéri Surreau, alors instituteur, se propose d’avancer la somme nécessaire, et est autorisé à faire fabriquer le mobilier suivant le devis déjà établi se montant à 117 F. Cette somme pourra se rembourser au cours de l’année 1857. Le projet est accepté à l’unanimité.

Dépenses et rétributions scolaires
1859-1860

Les rétributions scolaires augmentent. La 2e catégorie passe à 1.50 F et la 3e à 1.75 F ; le salaire de l’instituteur reste inchangé.
Le Département et l’État compléteront les dépenses obligatoires par une subvention de 155,80 F.

1861

Une circulaire de M. le Préfet propose d’acquérir « une bibliothèque scolaire ainsi que les livres les plus utiles pour l’école ». La proposition est rejetée par le Conseil : beaucoup trop de réparations sont en cours et non achevées de payer. La circulaire précise pourtant que sa Majesté l’Impératrice vient de fonder une association de bienfaisance et que des dons seraient faits dans ce but.
Le Conseil vote 30 F, « regrettant de ne pouvoir faire plus ».

Réclamations au sujet de l’instituteur
1861

Un autre problème s’annonce… Le Conseil municipal demande le changement de l’instituteur, sous prétexte « que depuis plusieurs années la majeure partie des pères envoient leurs enfants dans les écoles voisines (Champagné-le-Sec, Traversay, Vauthion et Pliboux), « ce qui est un véritable préjudice pour la commune ».
Il est bon de rappeler ici qu’en cas d’urgence et sur plainte, le maire pouvait ordonner à l’instituteur, en précisant les motifs, l’interruption provisoire de sa fonction (art. 21 de la loi Guizot, 1833).
De toute évidence, il y avait des mécontents ! Les écoles voisines étaient-elles plus proches du domicile des élèves ou le maître médiocre ?

Une école mixte ouverte aussi aux adultes
1867

L’instituteur accepte d’ouvrir un cours d’adultes durant l’hiver.
Sur le fait qu’il n’y a qu’une école de garçons (il est précisé ici : « fréquentée par quelques filles »), le Préfet demande s’il est prévu d’ouvrir d’autres écoles dans les hameaux. La réponse est la suivante : « la commune étant peu étendue les enfants peuvent se rendre à la même école ».

1868

Le Conseil municipal ne veut voter aucun fonds pour l’Instruction, « vu que l’instituteur ne convient pas, et que son changement a été demandé depuis plusieurs années ». Souvenez-vous : 7 ans plus tôt quand même ! Déjà les lenteurs de l’Administration, ou bien le manque d’instituteurs ?

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Projet d’acquisition d’une maison d’école au bourg de Linazay
1870

21 avril 1870 – Le projet d’acquisition se poursuit : le sieur Henri Baudin consent à vendre son logement et son terrain situé au chef-lieu de la commune pour établir une maison d’école, « qu’il est très urgent d’acquérir ». Le prix est de 5 200 F. Cette somme semble exorbitante par rapport aux projets qui suivront, mais pourtant exacte. Une rencontre est organisée avec l’architecte M. Vincens.

1871

L’instituteur est M. Auvin. La maison d’école est louée pour 50 F. Compte tenu du nombre de filles qui fréquentent désormais l’école mixte, Mme Auvin est désignée pour des travaux d’aiguilles moyennant une indemnité de 100 F, à charge pour elle de fournir le fil et les aiguilles.
M. Vincens, architecte, présente une facture de 163,70 F. Le Conseil municipal, considérant qu’il est venu 3 fois à Linazay et qu’il aurait pu faire son travail en un seul voyage, lui alloue « la somme exagérée » de 60 F pour n’avoir pas à dire qu’il l’employait sans le payer. Les pièces demandées n’ont jamais été fournies et, par sa lenteur, il a causé un véritable dommage à la commune, qui doit continuer à louer le logement de l’instituteur.
Les événements de 1870 ne permettront pas de le poursuivre ni de lui réclamer, après cinq mois d’attente, les plans et les devis nécessaires à l’acquisition du logement.

1877

15 avril 1877 – La discussion porte sur le projet d’acquisition du local servant actuellement d’école, et du jardin y tenant, le tout d’une contenance de 22 ares 12, que le propriétaire (non cité mais probablement les sieurs Migot et Pinganaud que nous retrouverons plus tard), céderait à la commune pour la somme de 2 850 F : « considérant que cet immeuble avec classe et logement pour l’instituteur est depuis longtemps le vœu des habitants ».

1878

16 juin 1878 – La commune obtient l’autorisation « de faire dresser les plans et devis nécessaires à l’acquisition de la maison d’école, par un homme de l’art », sachant que le bail de l’école expirera le 29 juillet 1880, et qu’à partir de cette date il sera renouvelé pour 10 ans.

Renouvellement du bail pour la location de la maison d’école
1878

Le 31 août suivant, le Maire informe sur la suite donnée à la délibération du 11 août, par laquelle le Conseil municipal a demandé à renouveler le bail de la maison d’école qui expire le 29 juillet 1880. Entre-temps, il est probable que par manque d’argent, le projet d’achat a été abandonné. Le Préfet, en accord avec l’Inspecteur d’Académie, refuse.

Le 23 novembre, le Sous-Préfet de Civray, s’adresse au Préfet en ces termes :
« J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir examiner de nouveau le dossier de l’école de Linazay, voir s’il ne serait pas possible d’exiger des réparations promises par le propriétaire de l’immeuble et d’autoriser encore et pour une période le renouvellement du bail de la maison d’école ».
« Je reconnais que la maison d’école n’est pas rapprochée de l’église, mais je ne saurais pas dire qu’elle n’est pas centrale et plutôt avantageuse au déplacement des enfants tant du chef-lieu que des divers villages de la commune et qu’avec les réparations prévues pour le renouvellement du bail, cette maison pourrait loger assez convenablement l’instituteur et la population scolaire ».
« La commune est pauvre et ne paraît pas disposée à prendre les mesures nécessaires à la construction d’une double maison d’école, présentant deux installations distinctes l’une pour les garçons, l’autre pour les filles ».

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Récapitulons :
En 1870, un projet d’achat avec le sieur Baudin échoue. En 1871, l’école mixte de M. et Mme Auvin est loué pour 50 F.
En 1877, il est envisagé d’acheter cette même école mixte puis le projet est abandonné.
Le bail expirant en 1880, le maire demande son renouvellement pour 10 ans. Cette demande sera finalement acceptée moyennant travaux du propriétaire. Le logement Migot et Pinganaud n’était autre que la maison que vous connaissez aujourd’hui sous le nom de « maison Safranic », maison située à la sortie du bourg, route de Champagné-le-Sec.

Alors quand l’école de Nantillé est-elle venue s’installer au bourg ? Si nous considérons que le premier bail était lui aussi de dix ans, la réponse est : 1870.

Quant au projet d’acquisition de la maison d’école, il finira par se concrétiser, après bien d’autres péripéties.  Affaire à suivre dans notre prochaine édition

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Sources

Délibérations du Conseil Municipal de Linazay, « À l’encre Violette », éditions Atlas, collection municipale.
– Fonds des Archives départementales de la Vienne, Poitiers.


Crédits
– Recherches historiques et généalogiques : Susan Mitchell et Jeanine Portejoie
– Texte : Jeanine Portejoie
– Photographies : Susan Mitchell (photographies d’archives) et Isabelle Fortuné (vue actuelle de la maison d’école)

À consulter aussi :
Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889
Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914

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