Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914

Partie 2 / École de Linazay / De Nantillé au bourg

La rétrospective précédente nous avait amené jusqu’à cette fin du XIXe siècle à Linazay, au moment où la commune dispose désormais de deux écoles, une pour les garçons et une pour les filles.
L’école des garçons est située route de Champagné-le-Sec (actuelle maison de la famille Safranic). En location depuis 1870, la maison d’école est achetée par la commune, le 8 septembre 1885, aux sieurs Migot et Pinganaud, pour la somme de 3 150 francs.
C’est seulement quatre ans plus tard, les 10 et 22 décembre 1889, que la municipalité acquière la maison d’école des filles auprès des sieurs Naffrechoux père et fils, pour la somme de 5 790 francs, frais et réparations compris. Cette maison d’école, située dans la même rue (actuelle maison de Jean-Claude Merigot)1, était en location depuis 1883.
Ces deux écoles ne sont pas, comme on le préconisait alors, le fruit d’une nouvelle construction, mais le résultat de nombreux aménagements sur des bâtiments existants. La municipalité a en effet toujours essayé, malgré ses faibles ressources, de répondre au mieux aux ouvertures d’écoles.
Et dans ces deux maisons d’écoles, il reste encore bien des travaux et des aménagements à réaliser…

L’école des garçons

Mobilier et matériel scolaire

En 1888, l’Académie de Poitiers accorde une aide pour finir de régler les frais d’acquisition de l’école. L’année suivante, une petite somme est attribuée pour l’achat de cartes géographiques et une mappemonde.
En 1891 – le 26 juillet –, la commune demande une contribution pour le mobilier de l’école des garçons « qui se trouve dans un état de vétusté complet et doit être tout renouvelé ». Le mobilier avait été fabriqué en 1855 sur l’initiative de l’instituteur d’alors, M. Surreau.
C’est en effet dans les décennies 1860-1880 que les écoles se codifient. Les tables, larges d’environ 35 cm, sont construites en plan légèrement incliné ; un encrier y est fixé pour deux élèves ; les bancs font corps avec les tables ; enfin, tous les angles extérieurs sont arrondis.

À partir de 1890 – décret du 29 janvier 1890 –, s’opère un grand changement. Les instituteurs doivent désormais utiliser des livres pour l’enseignement, et organiser les cours en trois niveaux : élémentaire, moyen et supérieur. Le livre d’histoire devient officiellement indispensable au fonctionnement de l’école ; et ce décret est aussi l’occasion de rappeler l’importance du cahier de devoirs mensuels.
La réglementation précise ainsi l’équipement à utiliser : le « matériel de classe à l’usage collectif », comme un tableau noir, des cartes, une bibliothèque avec des livres…, ainsi que le « matériel d’études à usage individuel », comme l’ardoise, les cahiers journaliers et mensuels, un livre de lecture courante adapté selon le cours, un livre d’histoire, de grammaire, de géographie et de morale pour les plus grands.
Selon les instructions officielles, la morale doit occuper le premier quart d’heure de chaque journée. En réalité, elle est omniprésente dans la vie quotidienne de l’élève.
Quant au livre, s’il est synonyme de travail, de leçons à apprendre et de devoirs à faire, il est aussi bien plus que cela : il laisse entrevoir, à chacune de ses pages, un monde nouveau.

À propos des cabinets d’aisances

En 1894, divers travaux sont envisagés : la construction d’un mur de clôture pour la cour, l’ouverture de deux fenêtres, le crépissage de la façade et le blanchiment de l’intérieur à la chaux, ou encore la réparation des contrevents.
Mais « la réfection des cabinets d’aisances étant urgente », il est finalement décidé d’ajourner l’élévation du mur de clôture pour construire les latrines.

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Les termes “latrines” et “cabinet d’aisances” sont employés indifféremment et parfois dans le même document. S’il n’est pas permis de douter de leur fonction, on peut tout de même apporter une nuance. Le dictionnaire indique :
« Latrines : Lieux d’aisances dépourvus d’installation sanitaire ».
Vous le voyez, l’affaire est subtile ! À Linazay, on peut penser que les premiers cabinets ont été installés dès l’arrivée de l’école dans la maison Safranic, soit vers 1870.
L’aménagement des lieux d’aisances dans les écoles est sans doute aussi ancien que l’organisation des écoles elles-mêmes. Dans les campagnes, où le contact avec la nature dédramatisait bien des choses, on y attachait peu d’importance et leur installation n’avait rien de systématique. La réglementation n’y faisait d’ailleurs aucune référence.

C’est ainsi qu’en 1894, la commune demande une aide pour les réparations à faire aux deux écoles : « Le devis des réparations qui auraient dues être faites depuis longtemps, si les finances de la commune l’avaient permis et en raison des lourds sacrifices qu’elle a déjà fait depuis 1875 pour l’acquisition des deux écoles ».
Le rapport de l’Académie sur les réparations projetées aux deux écoles, et en particulier à celle des garçons, propose : « On peut ajourner la construction du mur en conservant provisoirement la clôture actuelle pour permettre de refaire les cabinets d’aisances et employer les 174,76 francs prévus pour le mur à la construction et à la peinture des latrines ».

Des travaux et un déménagement

En 1897, un devis est réalisé pour la construction du mur de clôture, projet abandonné trois ans plus tôt.
« Dans l’école des garçons, la portion de cour contiguë au chemin de Linazay à Champagné-le-Sec est ouverte et les animaux en allant au pâturage y entrent souvent, ce n’est qu’au prix d’une surveillance vigilante de la part de l’instituteur, que des accidents ont pu être évités. Le maire propose de clore la cour de l’école côté chemin susnommé ».
Un autre devis concerne la toiture : « Depuis très longtemps, des réparations devaient être faites aux deux écoles mais toujours ajournées faute de moyens, au détriment de la sécurité et de la santé des enfants ».
Plus tard, les toitures des deux écoles sont toujours en très mauvais état : « Il y aurait lieu d’y remédier. Le Conseil municipal ose espérer que M. le Préfet voudra bien user de sa bienveillance et donner l’autorisation de faire les travaux de façon à les exécuter à la fin des vacances et procurer ainsi du travail aux ouvriers de la commune qui ont tous été victimes de la grêle survenue le 31 mars dernier ».

En 1900 – le 23 juin –, l’école doit être transférée, « suite à la rupture de la charpente de la classe des garçons ».
Le Maire, sur l’avis de l’Inspecteur d’Académie, « demande au propriétaire d’un immeuble situé au bourg et non habité, s’il veut bien céder une de ses pièces pour y installer l’école en attendant la réfection de la dite charpente ». La réponse est positive, mais nous ignorons à quel endroit l’école est déplacée.

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On note également que « le logement de l’instituteur étant insuffisant, il y aurait lieu de profiter de la réfection d’une partie de la charpente de l’école, tombée par suite de la rupture d’un trait, pour faire rehausser les murs de la salle de classe et établir des chambres au-dessus ».
Cette proposition donne lieu à un premier projet de travaux, mené par une équipe communale : « En raison du peu d’importance des travaux, le Conseil municipal a décidé par mesure d’économie de ne pas avoir recours à un architecte, le secrétaire de Mairie a été chargé de faire les plans et devis, et une commission sera chargée de faire exécuter les dits travaux. Un des membres de cette commission est un ancien maçon compétent ».

Ce premier plan prévoit, au rez-de-chaussée, de transformer une fenêtre en porte dans le logement de l’instituteur (du côté est de l’immeuble), et d’installer un préau à la suite. Il est envisagé également de surélever la partie de l’immeuble au-dessus de la classe, là où toiture a rompu, d’ouvrir deux fenêtres et de créer deux pièces pour l’instituteur, de refaire la toiture et de nouvelles cheminées. La mairie ne figure pas sur ce plan. Les devis font mention de matériaux de première qualité. Mais ce projet ne sera pas réalisé.

Puis en 1901, un second plan de rénovation de la maison d’école fait état de la construction d’une mairie, de servitudes et d’un puits. Dans cette deuxième version du projet, le préau trouve sa place en face de l’école, où l’on peut encore le voir aujourd’hui. La mairie occupe l’extrémité est, à l’emplacement précédemment envisagé pour le préau et les servitudes. C’est ce plan-là qui est finalement exécuté.

En 1908, on s’interroge sur l’emplacement de la mairie : « La majorité du Conseil municipal n’est plus d’accord sur l’emplacement de la mairie qui se situerait, d’après le devis, contiguë au logement de l’instituteur et ouvrant sur la cour de l’école. Le nouveau Conseil trouve aujourd’hui que pour éviter toute communication avec la maison d’école il est préférable que celle-ci soit construite le long de la voie publique pour y avoir une sortie ».
Cette dernière proposition ne se fera pas.
La même année, est foré le puits, prévu sur le plan de 1901, d’une profondeur de 32 mètres.

Vacances et travaux des champs

En 1908, la municipalité demande au Préfet de prolonger l’école de quinze jours, soit jusqu’au 15 août, pour que la rentrée se fasse le 15 octobre.
« Au commencement d’octobre, les enfants sont très occupés par la récolte de fruits et de légumes divers, tandis qu’au mois d’août, les élèves viennent plus régulièrement en classe, les moissons ne nécessitant pas leur petit concours, la population scolaire a tout à y gagner… »
En milieu rural, et ce n’est pas un hasard, les congés tombaient entre moissons et vendanges, si bien que lorsque l’enfant est en vacances scolaires, il ne l’est pas pour autant des travaux des champs.

L’école des filles

Des réparations et des travaux

En 1890, de la toile est achetée pour les travaux de couture.
Puis divers aménagements sont apportés au local acheté en 1889. Au rez-de-chaussée, prennent place une classe, un corridor, une cuisine et une chambre à coucher. Une surélévation permet d’installer deux pièces, un corridor et un espace grenier. Un préau est également construit.

En 1891, le Conseil Général de la Vienne accorde une aide de 100 francs pour les « réparations essentielles et très urgentes dues à la rigueur de l’hiver ».
Trois ans plus tard, une fenêtre de la salle de classe est transformée en porte, tandis que l’ancienne porte est murée. Les murs sont blanchis.

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Toujours à propos des cabinets d’aisances

En 1895, sont évoquées des réparations urgentes des « contrevents et des lieux d’aisances qui se trouvent dans un état de délabrement complet, sans porte et avec des planches non assujetties. Cette situation ne pouvant être tolérée plus longtemps ».
Le Conseil municipal décide alors de privilégier la réfection des cabinets, au détriment du percement de fenêtres : « la situation financière de la commune ne permet pas de rajouter des réparations à celles déjà en cours, mais propose de modifier le devis approuvé par M. le Préfet, en supprimant les deux petites fenêtres prévues au premier étage de la classe de la nouvelle construction, en les remplaçant par des cabinets ou une restauration convenable de ceux existant déjà ».

Puis, en 1897, un devis est établi pour fermer le côté nord du préau et réparer la toiture : « Le préau, se trouve ouvert des deux côtés, au Midi et au Nord, ce qui le rend inutile, surtout en hiver ».
M. le Maire propose de le faire clore du côté nord.
Enfin, en 1911, s’opère une réfection de la couverture de l’école et du préau ; et la façade est crépie.

La loi sur l’hygiène de 1902 : une révolution de santé publique

Vous n’aurez pas manqué de remarquer dans ce récit qu’il est souvent fait référence aux latrines, puis aux cabinets d’aisances. Plus tard, on parlera de water-closets pour les filles, pendant que la même année chez les garçons, on utilisera volontiers l’abréviation WC !

Tout cela porte à sourire aujourd’hui, mais la notion d’hygiène, sur laquelle s’appuie la loi relative à la protection de santé publique du 15 février 1902, est nouvelle en ce début du XXe siècle.
Après les découvertes de Pasteur sur la transmission des microbes, peu de traitements sont adaptés à la prise en charge de pathologies comme la tuberculose ou la diphtérie, qui sont encore très répandues.
Pour que le pays guérisse de ces maux, la République met l’hygiène au premier rang de ses préoccupations. L’école représente alors un formidable outil pour apprendre aux enfants les règles de propreté, et pour les diffuser dans toutes les couches de la société.

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Le rôle de l’instituteur apparaît dans toute sa dimension et c’est sur lui que repose l’essentiel de la loi de 1902. Cette loi donne à l’instituteur les pleins pouvoirs en matière de lutte contre les maladies évitables, contre les logements insalubres, contre l’eau et les aliments impropres et nuisibles (d’où la construction d’un puits).
Le maître d’école veille ainsi à la propreté (vérification des mains, des cheveux, des oreilles) et à la tenue des élèves, ainsi qu’à l’aération de la classe (d’où l’attention portée aux fenêtres). Il est notamment recommandé de « renouveler fréquemment l’air et en toute saison, les courants d’air emportant miasmes et émanations malsaines pour la santé ». Mais le moyen le plus économique et le plus salutaire est encore de blanchir les murs à la chaux, cette opération devant se faire une fois par an aux vacances. Le règlement général pour les écoles primaires oblige l’instituteur à tenir sa classe dans un état constant de propreté et de salubrité.
Cette prévention a contribué pour beaucoup à la forte augmentation de l’espérance de vie.

Vous l’aurez remarqué aussi, l’instituteur d’alors ne s’arrête jamais. Après la classe, il n’est pas rare qu’il exécute des tâches administratives, comme le secrétariat de la mairie, ou qu’il donne des cours pour adultes, comme ceux que l’instituteur s’engage à assurer en 1895 à Linazay.
Considéré comme un notable, il n’en était pas moins très mal logé. Une vie de courage, de disponibilité et d’amour du métier.
Et parce que nous avons tous été des enfants et que nous avons tous pris un jour le chemin de l’école, ce récit ne manquera pas de vous rappeler quelques souvenirs, et d’éveiller en vous la nostalgie de cette école qui n’existe plus.


Crédits

– Recherches historiques et texte : Jeanine Portejoie et Susan Mitchell
– Photographies d’archives : Susan Mitchell


Sources
– Archives départementales de la Vienne
– Délibérations du Conseil municipal de Linazay
– Clive Lamming, À l’encre Violette. Un siècle de vie à l’école communale, éditions Atlas, 2005.
– Daniel Durandet, Les livres de nos cartables, éditions du Layeur, 2006.


Notes

1– L’école des garçons était située au 24 rue du Bois de l’École ; l’école des filles au n° 5 de la même rue.

À consulter aussi :
L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878
Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889