Écoles de Linazay / partie 4 / La mise en place du groupe scolaire. 1920-1956

Petit rappel, notre historique de l’école communale s’était arrêté à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1911, on avait refait le crépi de la façade, la couverture de l’école des filles, ainsi que celle du préau.
Ensuite, et ce pendant 9 ans, les archives municipales restent muettes au sujet des deux écoles : pas la moindre allusion, et pas d’anecdotes non plus ! Quelques recherches supplémentaires aux Archives départementales de la Vienne, nous ont permis d’enrichir un peu ce récit.
Nous avons ainsi appris que de 1885 à 1906, date à laquelle il a pris sa retraite, Mr Moricheau a exercé son métier d’instituteur durant 21 ans à Linazay ! Nous pouvons ainsi l’identifier sur certaines photographies de classe.
Par la suite, bon nombre d’institutrices se sont succédées, en poste sur de courtes durées.

Les deux écoles mixtes

En 1920, un instituteur titulaire, dont on ignore le nom, demande une réorganisation des cours :
« que soit organisé une coéducation entre les cours moyens des élèves des deux sexes, ainsi qu’entre les cours élémentaires et le cours préparatoire ».
Les cours moyens prendraient alors place dans l’école des garçons, et les cours élémentaires et préparatoire dans l’école des filles, sous la direction de l’institutrice (peut-être Mme Gauvrit).

À partir de cette date, les deux écoles deviennent mixtes.
Ce nouveau mode d’enseignement était autorisé, même si, à cette époque, la mixité ne l’était pas encore : on disait « coéducation » ou encore « gémination », ou plus simplement « école spéciale à classe unique ».
Dans les faits, il s’agissait de regrouper garçons et filles d’une même tranche d’âge. Ce mode d’enseignement se pratiquait dans les petites communes rurales, pour lesquelles l’effectif était insuffisant. Son but était avant tout économique et permettait ainsi d’éviter l’usage et l’entretien d’un local devenu inutile, mais également de supprimer un poste d’enseignant.
La suite nous le confirme, puisqu’en 1923, La Fraternelle, association à but récréatif (sports, théâtre, bals, jeux), installe son siège social dans le local inoccupé de l’école des garçons.
En 1934, la construction d’une nouvelle école est en projet, mais le dossier, incomplet, reste sans suite.

En 1936 – le 5 juillet –, suite à une augmentation sensible du nombre d’élèves, la commune demande la restauration du poste d’instituteur qui avait été supprimé quelques années plus tôt.
À propos de la population de Linazay, précisons qu’en 1851 (première année répertoriée dans les archives pour les recensements de population), on comptait 577 habitants, puis 406 en 1911, et 322 en 1936 (pour 224 en 2015). Dans les années 1930, l’école comporte alors une quarantaine d’élèves, garçons et filles.
En 1937, la commune demande des réparations :
« pour les WC qui comptent deux cases, une pour les garçons, une pour les filles, ainsi que pour le préau, caillouteux et poussiéreux ».

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La fermeture de l’école des filles

Vous l’avez vu plus haut, les élèves étaient repartis entre les deux maisons d’école. Pourtant, sans bruit, l’école des filles a bel et bien fermé ses portes ! À quel moment ? : nous l’ignorons ; encore une fois, aucune trace dans les archives.
En 1935, et pour confirmer nos dires, le Maire donne l’autorisation de « vendre le foin se trouvant dans le jardin de « l’ancienne école des filles » ».
La même année, les pommes du jardin sont ramassées par Mr Adrien Bariteau, qui en a recueilli 3 sacs, pour un prix de 15 francs.
En 1937 – le 3 juillet –, un arrêté signifie l’aliénation de l’école des filles et l’autorisation de la vente du local :
« les ressources procurées par cette vente devant être affectées à la construction de water closets à l’école des garçons ».
Et oui, encore…

En 1937 – le 13 décembre –, l’Académie donne un avis favorable pour la vente de la maison d’école des filles. Le 13 février 1938, le Conseil municipal demande l’autorisation de procéder à la vente :
« considérant que l’immeuble désigné est en mauvais état, qu’il n’est plus d’aucune utilité pour la commune et que les réparations entraîneraient des dépenses trop importantes ».
En 1939 – le 26 février –, Mr Morisset, maire de Linazay et Mr Demeure, notaire à Civray, inspectent les locaux et sont chargés de faire l’étude de la vente de l’école.
La commune a fixé la mise à prix à 8 000 francs, le Directeur de l’enregistrement l’estime à 14 000 francs. On se concerte ; le Conseil municipal propose 11 000 francs, mais l’estimation reste à 14 000 francs.
Le 15 décembre 1940, c’en est fait : l’ancienne maison d’école des filles est vendue aux enchères publiques.
Elle est vendue et adjugée à Mrs Robert et Roger Merigot, pour la somme de 18 000 francs. Cette ancienne école est aujourd’hui encore occupée par cette même famille.

 

Le projet de construction d’un groupe scolaire

Le projet de construction d’un groupe scolaire avait fait l’objet d’une délibération du Conseil municipal en 1936. Il était déjà sur la liste des écoles à construire ! Mais, vous allez le voir, il va se passer encore 20 ans avant que le projet ne se réalise…

En 1944, l’Inspecteur général déplore l’état de l’école :
« Elle est pauvre et les maîtresses ont fort à faire pour dissimuler un peu, par des guirlandes et des dessins, la pauvreté de leur maison et heureusement, mariées dans le pays, elles ont un logement, parce que l’école n’en a point pour elles ».
Mais les problèmes s’accumulent :
« Le poêle tombe en panne, nous sommes en février, et il n’y a plus de bois ».
Il faut attendre le mois de décembre suivant pour le remplacer.

En mai 1949, devant le « très mauvais état des bâtiments scolaires », le Maire rencontre Mr Gallot, architecte, pour un nouveau projet de construction de groupe scolaire, sur un terrain communal au centre bourg, à l’emplacement de l’ancienne cure.
Le projet établi, la décision est prise de construire, et de solliciter une aide financière :
« demander en conséquence, des subventions aussi élevées que possible au Département et à l’État, la situation financière de la commune ne permettant pas d’entreprendre de tels travaux ».
Ce projet, bien que classé « en ordre d’urgence », et dont le dossier porte le n° 22, devra encore attendre, le Ministre de l’Éducation ne consultant que les dix premiers dossiers.
En réalité, à cette époque, beaucoup d’écoles sont dans un état déplorable. En 1950, on estime à près de 20 000 le nombre de classes primaires nouvelles à construire.

En 1950, les choses commencent à se concrétiser : le plan de l’avant-projet, les premiers devis, l’architecte, Mr Gallot, la durée des travaux prévue pour un an avec un effectif de dix ouvriers. Le coût du projet est estimé à 15 854 068 francs, englobant la construction de l’école et de la mairie.
Mais l’affaire piétine, et le temps passe… Entre-temps, il faut bien entreprendre quelques réparations :
« l’ouverture de deux fenêtres dans une classe, la réfection partielle des enduits intérieurs des deux classes ».
Une lettre du 20 octobre 1948 nous apprend que l’éclairage d’une des classe n’est assuré que par une porte vitrée :
« Il est absolument nécessaire d’augmenter la lumière ».

 

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En novembre 1953, Mr Gallot se rend sur les lieux de l’école, à la demande du Maire Ernest Texereau, tout nouvellement élu, qui « craint pour la sécurité des enfants ».
Il constate la dégradation du local depuis trois ans, date de sa dernière visite :
« La situation s’est considérablement aggravée, en particulier dans la cantine, l’état de la charpente et de la couverture est si vétuste que l’on peut à tout moment craindre un accident. Les pièces principales de charpente ont subi des efforts de flexion et de torsion tels qu’une rupture peut se produire à tout moment, le lattis est pourri au point qu’aucun ouvrier ne peut se risquer à monter sur la couverture pour reboucher les gouttières, que la seule solution serait la réfection complète de la charpente et de la couverture pour éviter le pire, c’est à direl’écrasement total de la couverture et de la charpente, il faut faire des étaiements provisoires et fréquemment vérifiés, étant dans l’impossibilité de rendre le toit étanche. Enfin, il est souhaitable, si c’est possible de cesser d’occuper la cantine ».

En mars 1954, une subvention de 9 350 000 francs est accordée à la commune pour le groupe scolaire, qui comprendrait deux salles de classe, avec annexe et cantine, ainsi que deux logements d’instituteurs.
L’Inspecteur, non satisfait, demande encore des modifications que la commune ne peut supporter et, de nouveau, il n’est pas possible de donner une suite favorable à la construction du groupe scolaire. Le dossier technique tel qu’il se présente est à revoir, pour les raisons suivantes :
– « le logement des maîtres ne permet pas, à l’endroit où il se trouve placé, de surveiller la cour »,
– « l’emplacement réservé à la mairie et à ses abords paraît bien important, si on le compare à la cour des élèves »,
– « la cantine peut être ramenée dans le corps du bâtiment principal ».

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Ces remarques conduisent donc à la réalisation d’un nouveau plan.
Enfin, comme tout finit par arriver : le 7 juin 1954, c’est un avis favorable !

Le rapport des Constructions scolaires, nous fait part que les dépenses subventionnables ne pourront en aucun cas dépasser 14 030 000 francs le devis de l’architecte étant de 14 135 627 francs.
Les travaux sont financés par une subvention de la Préfecture se montant à 2 576 180 francs et une autre de 9 350 000 francs par le Ministère de l’Éducation, calculée sur la base de 10% de moins, en comparaison des prix pratiqués à Paris.
Précisons qu’au vu des plans, la construction finale aura subi quelques simplifications, pour alléger le budget.

Enfin, c’est le grand jour !
À Pâques 1956, c’est dans des locaux tout neufs que Jean-Pierre, Gérard, Gilbert, et bien d’autres, vont prendre place…

 

Photographie de la classe 1955-1956. Collection personnelle

En 1956, le Conseil municipal demande l’autorisation de vendre l’ancienne école. En 1957 – le 21 février –, l’Inspecteur d’Académie donne l’autorisation de désaffecter les locaux qui ne peuvent être vendus sans son accord. Le 23 octobre, la municipalité reçoit l’autorisation de procéder à l’aliénation des bâtiments utilisés précédemment comme école et mairie. Cette ancienne école des garçons sera vendue à son tour à la famille Safranic, qui l’occupe toujours aujourd’hui.
Enfin et pour conclure, le groupe scolaire ferme ses portes à son tour en 1991, victime du regroupement scolaire. Il aura vécu 35 ans !
Cette rubrique prend fin, nous espérons que tous ceux qui sont passés par la primaire, les dizaines et les dizaines d’élèves, les bons, les mauvais, les passables, les peut-mieux-faire et les désespérants, auront pris plaisir à nous lire !

 


Recherches historiques et texte : Jeannine Portejoie et Susan Mitchell

Photographies et numérisations : Isabelle Fortuné, Susan Mitchell et Martine Provost

Sources : Archives municipales de Linazay, Archives Départementales de la Vienne

 

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