Les puits

La commune de Linazay compte un nombre important de puits : une quarantaine sont visibles aujourd’hui encore. L’accès à l’eau est en effet un élément vital pour l’implantation humaine. Dans ce territoire de plaines calcaires dépourvu d’alimentation en eau, les habitants ne disposaient pas de cours d’eau permanent, ni de sources, fontaines ou lavoirs. Ils dépendaient des puits pour tout l’approvisionnement en eau, à la fois pour la vie quotidienne, l’élevage et les activités artisanales.

Un petit patrimoine très présent sur le territoire

Peu d’éléments permettent de dater le creusement des puits. On peut supposer que certains des puits visibles actuellement ont été construits aux XVIIe ou XVIIIe siècles, ou même antérieurement pour les domaines des châteaux. La première mention des puits dans les archives communales remonte à 1723, sous la plume du curé Jean Boisson : « Il y a eu cette année une sécheresse qui a duré neuf mois sans tomber d’eau. Tous les puits ont tari partout ».

Détail du cadastre napoléonien de 1829 (Poitiers, Archives départementales de la Vienne). Au bourg de Linazay, figurent quatre puits, représentés par des ronds rouges.

Le cadastre napoléonien de 1829 apporte davantage d’informations, puisque les puits y sont localisés. On peut en relever seize sur le territoire de la commune : quatre au bourg, et de un à trois puits répartis dans chaque hameau. Au premier tiers du XIXe siècle, on compte alors en moyenne un puits pour 11 foyers.
Le percement des puits se développe ensuite au cours du XIXe siècle, et jusqu’aux premières décennies du XXe siècle. Avant la Première Guerre mondiale, la répartition évolue alors à un puits pour 2,5 foyers en moyenne. Ils restent en usage jusqu’à l’arrivée du réseau d’adduction d’eau courante : en 1954 au bourg, et jusqu’en 1965 pour le hameau de Grange.

Les puits sont diversement répartis sur le territoire de la commune : nombreux au bourg ou à Grange, ils sont plus rares dans d’autres hameaux, tels Balandière, Nantillé ou Fortran. Ces disparités s’expliquent par la disponibilité de l’eau en sous-sol, ou par des besoins d’alimentation en eau accrus pour l’élevage.
Après la Révolution, les puits relèvent de différents statuts : certains sont publics, gérés par la commune, d’autres sont collectifs, mutualisés entre plusieurs habitations, ou encore construits à usage privé. Ils sont souvent implantés sur des placettes près des voies de circulation, ou privatifs dans les cours de ferme, ou, parfois, placés à des croisements de routes ou à proximité des champs.

Des techniques et des savoir-faire traditionnels

Creuser un puits est une activité périlleuse, qui représente un investissement considérable. Sur le territoire, il faut forer jusqu’à une profondeur de 20 à 30 mètres pour atteindre les nappes.
Un sourcier désigne le meilleur emplacement, puis le puisatier intervient avec ses aides : ils piochent et extraient les déblais au moyen d’une chèvre placée à la surface. Les bords sont étayés au fur et à mesure, puis la maçonnerie intérieure est montée en moellons, ou plus rarement en pierres de taille, et soigneusement jointoyée.
Les techniques évoluent au fil des siècles et facilitent le creusement et le puisage : l’invention de la dynamite en 1866 révolutionne le forage des puits. Puis la mise en place du réseau d’électricité, à partir de 1937 à Linazay, permet l’installation de pompes électriques dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Si les puits présents sur le territoire de la commune répondent à un modèle commun, on peut observer une grande diversité des formes et matériaux mis en œuvre.
Un soubassement maçonné en moellons de pierre, recouvert ou non d’un enduit, ou parfois construit en pierres de taille, permet de surélever la margelle à hauteur d’appui. La margelle est en belle pierre, robuste pour supporter le heurt répété des seaux. Elle est le plus souvent de forme circulaire, quelquefois rectangulaire ou irrégulière. Plus récemment, des blocs octogonaux en ciment ont remplacé la pierre, plus gélive.

Sur la margelle, prend appui le système de remontée : il est composé d’un treuil en chêne traversé par une tige métallique à manivelles, ou plus rarement à volant. Autour du treuil, s’enroule une chaîne, une corde ou un filin, terminés par un mousqueton pour accrocher le seau.
Les portants sont constitués d’un assemblage en bois, ou d’une structure en fer forgé, plus ou moins ouvragée. Pour les puits qui ne sont pas abrités d’un bâtiment, l’ensemble est surmonté d’un petit toit, en bois ou en tôle, de forme cylindrique ou à deux pans.
Un ou plusieurs bassins, dénommés timbres localement, prennent place à proximité du puits, pour abreuver le bétail.

Quelques autres dispositifs liés à l’approvisionnement en eau se trouvent dans les cours de fermes : des citernes associées à des pompes en fonte ou à des structures de potence et poulies. Au château de La Chaux, un système plus rare était utilisé : un manège à traction animale. La rotation des animaux de trait autour de la roue permettait d’assurer la distribution en eau dans les différents bâtiments.

Des usages collectifs et des restrictions d’eau

La mise en commun des équipements liés à l’activité domestique permet de simplifier la vie des habitants, et développe une organisation sociale.
Les puits font alors l’objet d’attentions et de réparations régulières, un entretien d’autant plus nécessaire lorsque l’eau se tarit. Ainsi, lors de la sécheresse de 1723, le curé Jean Boisson souligne que : « le puits de la mare a été nettoyé et a donné de l’eau ».
L’été 1832 est marqué par un épisode de sécheresse, et la commune doit procéder au nettoyage des puits publics. Pour le « grand puits » de Grange, elle utilise le montant récolté par la vente du terreau extrait lors du curage de la mare de ce hameau. Pour subvenir aux réparations du puits de la mare au bourg, la municipalité met en place une contribution. Il est alors demandé : « un prix donné pour chaque pièce de bétail et un prix donné pour chaque maison qui puisera au dit puits ».

Lors de cette période de pénurie, la commune est également contrainte de mettre en place des restrictions et autorisations ponctuelles de puisage : « Jusqu’à ce que la ressource soit montée, … il est défendu d’enlever, à aucun puits, l’eau à pleines barriques ».
« Tous ceux qui désireront abreuver leurs bestiaux au puits de la mare de Linazay sans autorisation à y tirer de l’eau et à se servir du timbre qui se trouve près du puits, nous les autorisons momentanément à placer près du puits des vases propres à faire boire les bestiaux en attendant que les sources soient montées ».
Enfin, la municipalité fait appel à la solidarité : « Nous invitons les propriétaires de puits à ne point refuser l’eau à leurs voisins pour boisson et celle de leurs bestiaux, nous les invitons aussi à ne point refuser aux femmes nourrices, pour le nettoiement du linge de leurs enfants ».

Quelques exemples de puits à Linazay

Puits public de la mare au bourg

Ce puits communal est mentionné dans les archives dès 1723. La margelle monolithe circulaire a été consolidée en 1838 par deux agrafes en fer. Le système de remontée actuel, à treuil et manivelles, remplace un dispositif plus ancien, avec chèvre et poulie. Dans les années 1990, ce puits a été rehaussé lors des travaux de levées autour de la mare.

Puits commun à Grange

Ce puits, figuré sur le cadastre de 1829, présente un soubassement en moellons de pierre recouvert d’un enduit. Quatre pierres assemblées en forme circulaire composent la margelle. Le treuil à manivelles est maintenu par des montants en bois et métal, et couronné d’un petit toit à deux pans, recouvert d’une plaque de zinc. La maçonnerie et les portants en bois ont été restaurés dans les années 2000.

Puits commun de la Métairie (bourg)

Ce puits ancien, mentionné sur le cadastre de 1829, présente un diamètre plus étroit. Le soubassement bas n’est peut-être pas dans sa configuration d’origine. La margelle circulaire montre des traces d’usure liées à un puisage à traction mécanique. Le treuil à manivelles est porté par des montants métalliques, et l’ensemble est couvert d’un petit toit de forme cylindrique en tôle.

Puits privé à Grange

Le soubassement, à deux rangs de pierres de taille, porte une belle margelle monolithe circulaire. Le treuil à deux manivelles est tenu par un assemblage de bois et de métal. Construit à l’abri d’une dépendance, ce puits est dépourvu de toit.


Puits commun à Fortran

Ce puits situé au carrefour du hameau est porté sur le cadastre de 1829. La margelle octogonale en ciment est un aménagement plus récent. Les portants métalliques sont ouvragés avec des terminaisons recourbées. Le système de puisage comporte un frein en bois qui vient appuyer sur le treuil pour ralentir le mouvement du seau. Deux timbres pour abreuver les animaux sont placés à côté du puits.

Puits commun à Balandière

Situé à l’angle de la place du hameau, cet ancien puits est localisé sur le cadastre de 1829. Sous sa forme actuelle, il se compose de matériaux de fabrication industrielle : margelle en ciment et montants en métal peint. L’ensemble est protégé par un petit toit à deux pans en tôle. Une grille permet de sécuriser l’ouverture du puits.

Puits public au bourg (rue de chez Marie)

Ancien puits porté sur le cadastre de 1829, il témoigne de l’adaptation des techniques au cours des décennies : la margelle a été remplacée par une pièce octogonale en ciment, et une pompe électrique à usage privé a été accolée à l’ancien système de puisage dans les années 1950. Une trappe métallique assure la fermeture du puits.

Puits privé au bourg

Il s’agit d’un des puits les plus récents de la commune, creusé dans les années 1920. Il comporte une pompe électrique et un système de remontée plus rare : le treuil est actionné par une manivelle et un volant ; des roues crantées permettent de démultiplier les forces. Par une double chaîne, on pouvait actionner simultanément deux seaux, l’un montant, l’autre descendant.

Sources

– Laurent Marchand, Le petit patrimoine bâti du Pays Civraisien. Étude statistique et technologique, Syndicat mixte du Pays Civraisien, 2001. Étude disponible en ligne : www.payscivraisien.fr
– Archives communales de Linazay, années 1723 et 1832. Collection municipale.
– Recensements de la population, années 1851 et 1911. Poitiers, Archives départementales de la Vienne. Consultables en ligne : www.archives.departement86.fr

Texte et photographies : Isabelle Fortuné
Recherches des archives : Jeanine Portejoie

À consulter aussi :
Les fours à pain
Article de presse : Au temps des puits et fours à bois – La Nouvelle République,

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s