Les fours à pain

On peut deviner les traces d’une vingtaine de fours à pain sur la commune de Linazay. L’implantation dispersée de l’habitat sur le territoire explique le nombre important de ces ouvrages, autrefois indispensables à l’alimentation humaine. Délaissés depuis des décennies, ils sont malheureusement le plus souvent ruinés. À l’exception de quelques exemples entretenus et restaurés, la présence d’un ancien four ne se signale aujourd’hui que par quelques vestiges, une ouverture ou un reste de cheminée.

Du four banal aux usages communautaires

Sous l’Ancien Régime, dans les campagnes, les équipements techniques dépendent de différents statuts. Certains fours sont soumis au droit de ban. Le seigneur assure la construction et l’entretien des fours et en maîtrise l’utilisation : les sujets sont contraints de venir y cuire leur pain moyennant une redevance. D’autres fours, communs, sont la propriété indivise des villageois.
Après 1793 et l’abolition des banalités, les fours deviennent publics ou communautaires, à usage d’une petite collectivité de voisins. Puis la construction de fours individuels se développe au cours du XIXe siècle, avant de décliner au début du XXe siècle, avec la mise en place des boulangeries. L’utilisation des fours est cependant réactivée pendant les deux conflits mondiaux.Dans les campagnes, on procède généralement à la cuisson du pain une fois par semaine. Les fours sont allumés aussi à l’occasion des fêtes, à Pâques ou pour les mariages, pour cuire le cochon, des pâtés, tourtes et pâtisseries.

Des formes et des matériaux variés

Les fours à pain sont souvent intégrés à des bâtiments de ferme, insérés dans le mur d’une remise, ou occupant un petit toit dans un ensemble de dépendances. Quelques-uns sont des ouvrages isolés de petites dimensions, construits à l’écart des habitations pour prévenir les risques d’incendie.

La technique utilisée est celle de la chauffe directe : la même surface, la sole, est utilisée pour la chauffe du four et la cuisson des aliments, après avoir enlevé la cendre. Les dimensions de la sole sont variables, selon l’usage du four, individuel ou communautaire. Elle est surmontée par la voûte hémisphérique en briques, qui restitue lors de la cuisson la chaleur emmagasinée pendant la chauffe. La voûte est bâtie en encorbellement, les briques formant un motif rayonnant, et recouverte de terre argileuse pour l’isolation.
La gueule est l’ouverture utilisée pour enfourner le bois et les pâtons. L’ouverture est encadrée de pierre et de brique, et présente des formes variées : rectangulaires, demi-circulaires, ou trapézoïdales… La gueule est généralement fermée par une porte en fonte à deux ouvertures. Cet élément qui apparaît à la fin du XIXe siècle constitue une avancée technique, en permettant un contrôle de la cuisson, tout en limitant l’ouverture.
L’évacuation des fumées est canalisée par l’avaloir vers la cheminée, qui est le plus souvent encastrée en façade avant.

Devant la gueule, est souvent aménagée une structure maçonnée formant une tablette, appelée localement une dorne, pour déposer les aliments avant et après cuisson. Dans des niches ou un appentis à proximité, prennent place les ustensiles du fournier, des fagots de bois sec, une réserve d’eau, ou un récipient pour recueillir la cendre.

Construits en matériaux locaux, récupérés à proximité ou fabriqués par des artisans, les puits et les fours à pain sont des témoignages précieux des pratiques et savoir-faire traditionnels. L’art de bâtir en pierre et en brique y est associé au travail du bois et du métal. Patrimoine vernaculaire à préserver, ces petits édifices constituent aussi une trace matérielle des modes de vie des générations précédentes.
Puits et fours étaient des endroits où l’on se rendait quotidiennement, lieux de rencontres entre voisins et d’échanges de nouvelles. Sous leur apparence actuelle, inutilisés depuis plus d’un demi-siècle et parfois abandonnés à la végétation, il est nous est difficile d’imaginer que ces constructions ont joué un rôle important de convivialité au centre des bourgs et des hameaux.

Quelques exemples de fours à pain à Linazay

Four à pain à la Métairie

Ce four ancien est figuré sur le cadastre de 1829. Isolé des habitations, ce bâtiment quadrangulaire en pierre est couvert d’une toiture à un pan en tuiles creuses. La façade associe des moellons de pierre et des pierres de taille, pour les encadrements, à des briques, pour le linteau et autour de la gueule. L’emploi de briquettes de faible épaisseur témoigne de l’ancienneté de la construction. Une tablette maçonnée courant sur toute la largeur de la façade permet de déposer les préparations.

Four à pain à Balandière

Le four est ici intégré à une grange de ferme. Un auvent porté par des poteaux de bois protège le fournier des intempéries. L’encadrement de l’ouverture est en pierre de taille, surmonté d’un linteau en bâtière constitué de briquettes disposées en oblique. La porte en fonte à deux ouvertures est maintenue à la maçonnerie par une barre métallique. L’espace au-dessus du four peut être destiné au stockage du bois de chauffe ou au séchage de matériaux.

Four à pain à Nantillé

Le four est accolé à une maison d’habitation. L’ouverture présente une forme singulière : surmontés d’un arc de briques, les montants en pierre sont inclinés en oblique, pour guider l’évacuation des fumées vers l’avaloir et la cheminée, encastrée en façade avant. La surface de chauffe, de grandes dimensions, semble indiquer une utilisation plus conséquente, peut-être un four communautaire. Deux niches sont aménagées, pour accueillir quelques ustensiles. Restauré en 2019, le four était auparavant fermé par un auvent avec un bardage de bois.

Four à pain à Grange

Le four s’insère dans une petite construction basse, de plan quadrangulaire, ouverte sur un côté, et accolée entre deux remises plus élevées. Les murs sont en moellons de pierre, et l’ouverture est encadrée de grosses pierres et de briquettes formant un linteau droit. Un soubassement maçonné couronné de trois dalles compose une desserte en avant du four. Le conduit de cheminée est construit en débord de la façade. Au-dessus de la toiture en tuiles creuses, la cheminée est protégée par un assemblage en triangle de quelques pierres.

Sources

– Laurent Marchand, Le petit patrimoine bâti du Pays Civraisien. Étude statistique et technologique, Syndicat mixte du Pays Civraisien, 2001. Étude disponible en ligne : www.payscivraisien.fr

Texte : Isabelle Fortuné
Photographies : Isabelle Fortuné, Craig Townend
Recherches des archives : Jeanine Portejoie

À consulter aussi :
Les puits
Article de presse : Au temps des puits et fours à bois – La Nouvelle République,

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