Écoles de Linazay / partie 4 / La mise en place du groupe scolaire. 1920-1956

Petit rappel, notre historique de l’école communale s’était arrêté à la veille de la Première Guerre mondiale. En 1911, on avait refait le crépi de la façade, la couverture de l’école des filles, ainsi que celle du préau.
Ensuite, et ce pendant 9 ans, les archives municipales restent muettes au sujet des deux écoles : pas la moindre allusion, et pas d’anecdotes non plus ! Quelques recherches supplémentaires aux Archives départementales de la Vienne, nous ont permis d’enrichir un peu ce récit.
Nous avons ainsi appris que de 1885 à 1906, date à laquelle il a pris sa retraite, Mr Moricheau a exercé son métier d’instituteur durant 21 ans à Linazay ! Nous pouvons ainsi l’identifier sur certaines photographies de classe.
Par la suite, bon nombre d’institutrices se sont succédées, en poste sur de courtes durées.

Les deux écoles mixtes

En 1920, un instituteur titulaire, dont on ignore le nom, demande une réorganisation des cours :
« que soit organisé une coéducation entre les cours moyens des élèves des deux sexes, ainsi qu’entre les cours élémentaires et le cours préparatoire ».
Les cours moyens prendraient alors place dans l’école des garçons, et les cours élémentaires et préparatoire dans l’école des filles, sous la direction de l’institutrice (peut-être Mme Gauvrit).

À partir de cette date, les deux écoles deviennent mixtes.
Ce nouveau mode d’enseignement était autorisé, même si, à cette époque, la mixité ne l’était pas encore : on disait « coéducation » ou encore « gémination », ou plus simplement « école spéciale à classe unique ».
Dans les faits, il s’agissait de regrouper garçons et filles d’une même tranche d’âge. Ce mode d’enseignement se pratiquait dans les petites communes rurales, pour lesquelles l’effectif était insuffisant. Son but était avant tout économique et permettait ainsi d’éviter l’usage et l’entretien d’un local devenu inutile, mais également de supprimer un poste d’enseignant.
La suite nous le confirme, puisqu’en 1923, La Fraternelle, association à but récréatif (sports, théâtre, bals, jeux), installe son siège social dans le local inoccupé de l’école des garçons.
En 1934, la construction d’une nouvelle école est en projet, mais le dossier, incomplet, reste sans suite.

En 1936 – le 5 juillet –, suite à une augmentation sensible du nombre d’élèves, la commune demande la restauration du poste d’instituteur qui avait été supprimé quelques années plus tôt.
À propos de la population de Linazay, précisons qu’en 1851 (première année répertoriée dans les archives pour les recensements de population), on comptait 577 habitants, puis 406 en 1911, et 322 en 1936 (pour 224 en 2015). Dans les années 1930, l’école comporte alors une quarantaine d’élèves, garçons et filles.
En 1937, la commune demande des réparations :
« pour les WC qui comptent deux cases, une pour les garçons, une pour les filles, ainsi que pour le préau, caillouteux et poussiéreux ».

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La fermeture de l’école des filles

Vous l’avez vu plus haut, les élèves étaient repartis entre les deux maisons d’école. Pourtant, sans bruit, l’école des filles a bel et bien fermé ses portes ! À quel moment ? : nous l’ignorons ; encore une fois, aucune trace dans les archives.
En 1935, et pour confirmer nos dires, le Maire donne l’autorisation de « vendre le foin se trouvant dans le jardin de « l’ancienne école des filles » ».
La même année, les pommes du jardin sont ramassées par Mr Adrien Bariteau, qui en a recueilli 3 sacs, pour un prix de 15 francs.
En 1937 – le 3 juillet –, un arrêté signifie l’aliénation de l’école des filles et l’autorisation de la vente du local :
« les ressources procurées par cette vente devant être affectées à la construction de water closets à l’école des garçons ».
Et oui, encore…

En 1937 – le 13 décembre –, l’Académie donne un avis favorable pour la vente de la maison d’école des filles. Le 13 février 1938, le Conseil municipal demande l’autorisation de procéder à la vente :
« considérant que l’immeuble désigné est en mauvais état, qu’il n’est plus d’aucune utilité pour la commune et que les réparations entraîneraient des dépenses trop importantes ».
En 1939 – le 26 février –, Mr Morisset, maire de Linazay et Mr Demeure, notaire à Civray, inspectent les locaux et sont chargés de faire l’étude de la vente de l’école.
La commune a fixé la mise à prix à 8 000 francs, le Directeur de l’enregistrement l’estime à 14 000 francs. On se concerte ; le Conseil municipal propose 11 000 francs, mais l’estimation reste à 14 000 francs.
Le 15 décembre 1940, c’en est fait : l’ancienne maison d’école des filles est vendue aux enchères publiques.
Elle est vendue et adjugée à Mrs Robert et Roger Merigot, pour la somme de 18 000 francs. Cette ancienne école est aujourd’hui encore occupée par cette même famille.

 

Le projet de construction d’un groupe scolaire

Le projet de construction d’un groupe scolaire avait fait l’objet d’une délibération du Conseil municipal en 1936. Il était déjà sur la liste des écoles à construire ! Mais, vous allez le voir, il va se passer encore 20 ans avant que le projet ne se réalise…

En 1944, l’Inspecteur général déplore l’état de l’école :
« Elle est pauvre et les maîtresses ont fort à faire pour dissimuler un peu, par des guirlandes et des dessins, la pauvreté de leur maison et heureusement, mariées dans le pays, elles ont un logement, parce que l’école n’en a point pour elles ».
Mais les problèmes s’accumulent :
« Le poêle tombe en panne, nous sommes en février, et il n’y a plus de bois ».
Il faut attendre le mois de décembre suivant pour le remplacer.

En mai 1949, devant le « très mauvais état des bâtiments scolaires », le Maire rencontre Mr Gallot, architecte, pour un nouveau projet de construction de groupe scolaire, sur un terrain communal au centre bourg, à l’emplacement de l’ancienne cure.
Le projet établi, la décision est prise de construire, et de solliciter une aide financière :
« demander en conséquence, des subventions aussi élevées que possible au Département et à l’État, la situation financière de la commune ne permettant pas d’entreprendre de tels travaux ».
Ce projet, bien que classé « en ordre d’urgence », et dont le dossier porte le n° 22, devra encore attendre, le Ministre de l’Éducation ne consultant que les dix premiers dossiers.
En réalité, à cette époque, beaucoup d’écoles sont dans un état déplorable. En 1950, on estime à près de 20 000 le nombre de classes primaires nouvelles à construire.

En 1950, les choses commencent à se concrétiser : le plan de l’avant-projet, les premiers devis, l’architecte, Mr Gallot, la durée des travaux prévue pour un an avec un effectif de dix ouvriers. Le coût du projet est estimé à 15 854 068 francs, englobant la construction de l’école et de la mairie.
Mais l’affaire piétine, et le temps passe… Entre-temps, il faut bien entreprendre quelques réparations :
« l’ouverture de deux fenêtres dans une classe, la réfection partielle des enduits intérieurs des deux classes ».
Une lettre du 20 octobre 1948 nous apprend que l’éclairage d’une des classe n’est assuré que par une porte vitrée :
« Il est absolument nécessaire d’augmenter la lumière ».

 

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En novembre 1953, Mr Gallot se rend sur les lieux de l’école, à la demande du Maire Ernest Texereau, tout nouvellement élu, qui « craint pour la sécurité des enfants ».
Il constate la dégradation du local depuis trois ans, date de sa dernière visite :
« La situation s’est considérablement aggravée, en particulier dans la cantine, l’état de la charpente et de la couverture est si vétuste que l’on peut à tout moment craindre un accident. Les pièces principales de charpente ont subi des efforts de flexion et de torsion tels qu’une rupture peut se produire à tout moment, le lattis est pourri au point qu’aucun ouvrier ne peut se risquer à monter sur la couverture pour reboucher les gouttières, que la seule solution serait la réfection complète de la charpente et de la couverture pour éviter le pire, c’est à direl’écrasement total de la couverture et de la charpente, il faut faire des étaiements provisoires et fréquemment vérifiés, étant dans l’impossibilité de rendre le toit étanche. Enfin, il est souhaitable, si c’est possible de cesser d’occuper la cantine ».

En mars 1954, une subvention de 9 350 000 francs est accordée à la commune pour le groupe scolaire, qui comprendrait deux salles de classe, avec annexe et cantine, ainsi que deux logements d’instituteurs.
L’Inspecteur, non satisfait, demande encore des modifications que la commune ne peut supporter et, de nouveau, il n’est pas possible de donner une suite favorable à la construction du groupe scolaire. Le dossier technique tel qu’il se présente est à revoir, pour les raisons suivantes :
– « le logement des maîtres ne permet pas, à l’endroit où il se trouve placé, de surveiller la cour »,
– « l’emplacement réservé à la mairie et à ses abords paraît bien important, si on le compare à la cour des élèves »,
– « la cantine peut être ramenée dans le corps du bâtiment principal ».

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Ces remarques conduisent donc à la réalisation d’un nouveau plan.
Enfin, comme tout finit par arriver : le 7 juin 1954, c’est un avis favorable !

Le rapport des Constructions scolaires, nous fait part que les dépenses subventionnables ne pourront en aucun cas dépasser 14 030 000 francs le devis de l’architecte étant de 14 135 627 francs.
Les travaux sont financés par une subvention de la Préfecture se montant à 2 576 180 francs et une autre de 9 350 000 francs par le Ministère de l’Éducation, calculée sur la base de 10% de moins, en comparaison des prix pratiqués à Paris.
Précisons qu’au vu des plans, la construction finale aura subi quelques simplifications, pour alléger le budget.

Enfin, c’est le grand jour !
À Pâques 1956, c’est dans des locaux tout neufs que Jean-Pierre, Gérard, Gilbert, et bien d’autres, vont prendre place…

 

Photographie de la classe 1955-1956. Collection personnelle

En 1956, le Conseil municipal demande l’autorisation de vendre l’ancienne école. En 1957 – le 21 février –, l’Inspecteur d’Académie donne l’autorisation de désaffecter les locaux qui ne peuvent être vendus sans son accord. Le 23 octobre, la municipalité reçoit l’autorisation de procéder à l’aliénation des bâtiments utilisés précédemment comme école et mairie. Cette ancienne école des garçons sera vendue à son tour à la famille Safranic, qui l’occupe toujours aujourd’hui.
Enfin et pour conclure, le groupe scolaire ferme ses portes à son tour en 1991, victime du regroupement scolaire. Il aura vécu 35 ans !
Cette rubrique prend fin, nous espérons que tous ceux qui sont passés par la primaire, les dizaines et les dizaines d’élèves, les bons, les mauvais, les passables, les peut-mieux-faire et les désespérants, auront pris plaisir à nous lire !

 


Recherches historiques et texte : Jeannine Portejoie et Susan Mitchell

Photographies et numérisations : Isabelle Fortuné, Susan Mitchell et Martine Provost

Sources : Archives municipales de Linazay, Archives Départementales de la Vienne

 

Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914

Partie 2 / École de Linazay / De Nantillé au bourg

La rétrospective précédente nous avait amené jusqu’à cette fin du XIXe siècle à Linazay, au moment où la commune dispose désormais de deux écoles, une pour les garçons et une pour les filles.
L’école des garçons est située route de Champagné-le-Sec (actuelle maison de la famille Safranic). En location depuis 1870, la maison d’école est achetée par la commune, le 8 septembre 1885, aux sieurs Migot et Pinganaud, pour la somme de 3 150 francs.
C’est seulement quatre ans plus tard, les 10 et 22 décembre 1889, que la municipalité acquière la maison d’école des filles auprès des sieurs Naffrechoux père et fils, pour la somme de 5 790 francs, frais et réparations compris. Cette maison d’école, située dans la même rue (actuelle maison de Jean-Claude Merigot)1, était en location depuis 1883.
Ces deux écoles ne sont pas, comme on le préconisait alors, le fruit d’une nouvelle construction, mais le résultat de nombreux aménagements sur des bâtiments existants. La municipalité a en effet toujours essayé, malgré ses faibles ressources, de répondre au mieux aux ouvertures d’écoles.
Et dans ces deux maisons d’écoles, il reste encore bien des travaux et des aménagements à réaliser…

L’école des garçons

Mobilier et matériel scolaire

En 1888, l’Académie de Poitiers accorde une aide pour finir de régler les frais d’acquisition de l’école. L’année suivante, une petite somme est attribuée pour l’achat de cartes géographiques et une mappemonde.
En 1891 – le 26 juillet –, la commune demande une contribution pour le mobilier de l’école des garçons « qui se trouve dans un état de vétusté complet et doit être tout renouvelé ». Le mobilier avait été fabriqué en 1855 sur l’initiative de l’instituteur d’alors, M. Surreau.
C’est en effet dans les décennies 1860-1880 que les écoles se codifient. Les tables, larges d’environ 35 cm, sont construites en plan légèrement incliné ; un encrier y est fixé pour deux élèves ; les bancs font corps avec les tables ; enfin, tous les angles extérieurs sont arrondis.

À partir de 1890 – décret du 29 janvier 1890 –, s’opère un grand changement. Les instituteurs doivent désormais utiliser des livres pour l’enseignement, et organiser les cours en trois niveaux : élémentaire, moyen et supérieur. Le livre d’histoire devient officiellement indispensable au fonctionnement de l’école ; et ce décret est aussi l’occasion de rappeler l’importance du cahier de devoirs mensuels.
La réglementation précise ainsi l’équipement à utiliser : le « matériel de classe à l’usage collectif », comme un tableau noir, des cartes, une bibliothèque avec des livres…, ainsi que le « matériel d’études à usage individuel », comme l’ardoise, les cahiers journaliers et mensuels, un livre de lecture courante adapté selon le cours, un livre d’histoire, de grammaire, de géographie et de morale pour les plus grands.
Selon les instructions officielles, la morale doit occuper le premier quart d’heure de chaque journée. En réalité, elle est omniprésente dans la vie quotidienne de l’élève.
Quant au livre, s’il est synonyme de travail, de leçons à apprendre et de devoirs à faire, il est aussi bien plus que cela : il laisse entrevoir, à chacune de ses pages, un monde nouveau.

À propos des cabinets d’aisances

En 1894, divers travaux sont envisagés : la construction d’un mur de clôture pour la cour, l’ouverture de deux fenêtres, le crépissage de la façade et le blanchiment de l’intérieur à la chaux, ou encore la réparation des contrevents.
Mais « la réfection des cabinets d’aisances étant urgente », il est finalement décidé d’ajourner l’élévation du mur de clôture pour construire les latrines.

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Les termes “latrines” et “cabinet d’aisances” sont employés indifféremment et parfois dans le même document. S’il n’est pas permis de douter de leur fonction, on peut tout de même apporter une nuance. Le dictionnaire indique :
« Latrines : Lieux d’aisances dépourvus d’installation sanitaire ».
Vous le voyez, l’affaire est subtile ! À Linazay, on peut penser que les premiers cabinets ont été installés dès l’arrivée de l’école dans la maison Safranic, soit vers 1870.
L’aménagement des lieux d’aisances dans les écoles est sans doute aussi ancien que l’organisation des écoles elles-mêmes. Dans les campagnes, où le contact avec la nature dédramatisait bien des choses, on y attachait peu d’importance et leur installation n’avait rien de systématique. La réglementation n’y faisait d’ailleurs aucune référence.

C’est ainsi qu’en 1894, la commune demande une aide pour les réparations à faire aux deux écoles : « Le devis des réparations qui auraient dues être faites depuis longtemps, si les finances de la commune l’avaient permis et en raison des lourds sacrifices qu’elle a déjà fait depuis 1875 pour l’acquisition des deux écoles ».
Le rapport de l’Académie sur les réparations projetées aux deux écoles, et en particulier à celle des garçons, propose : « On peut ajourner la construction du mur en conservant provisoirement la clôture actuelle pour permettre de refaire les cabinets d’aisances et employer les 174,76 francs prévus pour le mur à la construction et à la peinture des latrines ».

Des travaux et un déménagement

En 1897, un devis est réalisé pour la construction du mur de clôture, projet abandonné trois ans plus tôt.
« Dans l’école des garçons, la portion de cour contiguë au chemin de Linazay à Champagné-le-Sec est ouverte et les animaux en allant au pâturage y entrent souvent, ce n’est qu’au prix d’une surveillance vigilante de la part de l’instituteur, que des accidents ont pu être évités. Le maire propose de clore la cour de l’école côté chemin susnommé ».
Un autre devis concerne la toiture : « Depuis très longtemps, des réparations devaient être faites aux deux écoles mais toujours ajournées faute de moyens, au détriment de la sécurité et de la santé des enfants ».
Plus tard, les toitures des deux écoles sont toujours en très mauvais état : « Il y aurait lieu d’y remédier. Le Conseil municipal ose espérer que M. le Préfet voudra bien user de sa bienveillance et donner l’autorisation de faire les travaux de façon à les exécuter à la fin des vacances et procurer ainsi du travail aux ouvriers de la commune qui ont tous été victimes de la grêle survenue le 31 mars dernier ».

En 1900 – le 23 juin –, l’école doit être transférée, « suite à la rupture de la charpente de la classe des garçons ».
Le Maire, sur l’avis de l’Inspecteur d’Académie, « demande au propriétaire d’un immeuble situé au bourg et non habité, s’il veut bien céder une de ses pièces pour y installer l’école en attendant la réfection de la dite charpente ». La réponse est positive, mais nous ignorons à quel endroit l’école est déplacée.

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On note également que « le logement de l’instituteur étant insuffisant, il y aurait lieu de profiter de la réfection d’une partie de la charpente de l’école, tombée par suite de la rupture d’un trait, pour faire rehausser les murs de la salle de classe et établir des chambres au-dessus ».
Cette proposition donne lieu à un premier projet de travaux, mené par une équipe communale : « En raison du peu d’importance des travaux, le Conseil municipal a décidé par mesure d’économie de ne pas avoir recours à un architecte, le secrétaire de Mairie a été chargé de faire les plans et devis, et une commission sera chargée de faire exécuter les dits travaux. Un des membres de cette commission est un ancien maçon compétent ».

Ce premier plan prévoit, au rez-de-chaussée, de transformer une fenêtre en porte dans le logement de l’instituteur (du côté est de l’immeuble), et d’installer un préau à la suite. Il est envisagé également de surélever la partie de l’immeuble au-dessus de la classe, là où toiture a rompu, d’ouvrir deux fenêtres et de créer deux pièces pour l’instituteur, de refaire la toiture et de nouvelles cheminées. La mairie ne figure pas sur ce plan. Les devis font mention de matériaux de première qualité. Mais ce projet ne sera pas réalisé.

Puis en 1901, un second plan de rénovation de la maison d’école fait état de la construction d’une mairie, de servitudes et d’un puits. Dans cette deuxième version du projet, le préau trouve sa place en face de l’école, où l’on peut encore le voir aujourd’hui. La mairie occupe l’extrémité est, à l’emplacement précédemment envisagé pour le préau et les servitudes. C’est ce plan-là qui est finalement exécuté.

En 1908, on s’interroge sur l’emplacement de la mairie : « La majorité du Conseil municipal n’est plus d’accord sur l’emplacement de la mairie qui se situerait, d’après le devis, contiguë au logement de l’instituteur et ouvrant sur la cour de l’école. Le nouveau Conseil trouve aujourd’hui que pour éviter toute communication avec la maison d’école il est préférable que celle-ci soit construite le long de la voie publique pour y avoir une sortie ».
Cette dernière proposition ne se fera pas.
La même année, est foré le puits, prévu sur le plan de 1901, d’une profondeur de 32 mètres.

Vacances et travaux des champs

En 1908, la municipalité demande au Préfet de prolonger l’école de quinze jours, soit jusqu’au 15 août, pour que la rentrée se fasse le 15 octobre.
« Au commencement d’octobre, les enfants sont très occupés par la récolte de fruits et de légumes divers, tandis qu’au mois d’août, les élèves viennent plus régulièrement en classe, les moissons ne nécessitant pas leur petit concours, la population scolaire a tout à y gagner… »
En milieu rural, et ce n’est pas un hasard, les congés tombaient entre moissons et vendanges, si bien que lorsque l’enfant est en vacances scolaires, il ne l’est pas pour autant des travaux des champs.

L’école des filles

Des réparations et des travaux

En 1890, de la toile est achetée pour les travaux de couture.
Puis divers aménagements sont apportés au local acheté en 1889. Au rez-de-chaussée, prennent place une classe, un corridor, une cuisine et une chambre à coucher. Une surélévation permet d’installer deux pièces, un corridor et un espace grenier. Un préau est également construit.

En 1891, le Conseil Général de la Vienne accorde une aide de 100 francs pour les « réparations essentielles et très urgentes dues à la rigueur de l’hiver ».
Trois ans plus tard, une fenêtre de la salle de classe est transformée en porte, tandis que l’ancienne porte est murée. Les murs sont blanchis.

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Toujours à propos des cabinets d’aisances

En 1895, sont évoquées des réparations urgentes des « contrevents et des lieux d’aisances qui se trouvent dans un état de délabrement complet, sans porte et avec des planches non assujetties. Cette situation ne pouvant être tolérée plus longtemps ».
Le Conseil municipal décide alors de privilégier la réfection des cabinets, au détriment du percement de fenêtres : « la situation financière de la commune ne permet pas de rajouter des réparations à celles déjà en cours, mais propose de modifier le devis approuvé par M. le Préfet, en supprimant les deux petites fenêtres prévues au premier étage de la classe de la nouvelle construction, en les remplaçant par des cabinets ou une restauration convenable de ceux existant déjà ».

Puis, en 1897, un devis est établi pour fermer le côté nord du préau et réparer la toiture : « Le préau, se trouve ouvert des deux côtés, au Midi et au Nord, ce qui le rend inutile, surtout en hiver ».
M. le Maire propose de le faire clore du côté nord.
Enfin, en 1911, s’opère une réfection de la couverture de l’école et du préau ; et la façade est crépie.

La loi sur l’hygiène de 1902 : une révolution de santé publique

Vous n’aurez pas manqué de remarquer dans ce récit qu’il est souvent fait référence aux latrines, puis aux cabinets d’aisances. Plus tard, on parlera de water-closets pour les filles, pendant que la même année chez les garçons, on utilisera volontiers l’abréviation WC !

Tout cela porte à sourire aujourd’hui, mais la notion d’hygiène, sur laquelle s’appuie la loi relative à la protection de santé publique du 15 février 1902, est nouvelle en ce début du XXe siècle.
Après les découvertes de Pasteur sur la transmission des microbes, peu de traitements sont adaptés à la prise en charge de pathologies comme la tuberculose ou la diphtérie, qui sont encore très répandues.
Pour que le pays guérisse de ces maux, la République met l’hygiène au premier rang de ses préoccupations. L’école représente alors un formidable outil pour apprendre aux enfants les règles de propreté, et pour les diffuser dans toutes les couches de la société.

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Le rôle de l’instituteur apparaît dans toute sa dimension et c’est sur lui que repose l’essentiel de la loi de 1902. Cette loi donne à l’instituteur les pleins pouvoirs en matière de lutte contre les maladies évitables, contre les logements insalubres, contre l’eau et les aliments impropres et nuisibles (d’où la construction d’un puits).
Le maître d’école veille ainsi à la propreté (vérification des mains, des cheveux, des oreilles) et à la tenue des élèves, ainsi qu’à l’aération de la classe (d’où l’attention portée aux fenêtres). Il est notamment recommandé de « renouveler fréquemment l’air et en toute saison, les courants d’air emportant miasmes et émanations malsaines pour la santé ». Mais le moyen le plus économique et le plus salutaire est encore de blanchir les murs à la chaux, cette opération devant se faire une fois par an aux vacances. Le règlement général pour les écoles primaires oblige l’instituteur à tenir sa classe dans un état constant de propreté et de salubrité.
Cette prévention a contribué pour beaucoup à la forte augmentation de l’espérance de vie.

Vous l’aurez remarqué aussi, l’instituteur d’alors ne s’arrête jamais. Après la classe, il n’est pas rare qu’il exécute des tâches administratives, comme le secrétariat de la mairie, ou qu’il donne des cours pour adultes, comme ceux que l’instituteur s’engage à assurer en 1895 à Linazay.
Considéré comme un notable, il n’en était pas moins très mal logé. Une vie de courage, de disponibilité et d’amour du métier.
Et parce que nous avons tous été des enfants et que nous avons tous pris un jour le chemin de l’école, ce récit ne manquera pas de vous rappeler quelques souvenirs, et d’éveiller en vous la nostalgie de cette école qui n’existe plus.


Crédits

– Recherches historiques et texte : Jeanine Portejoie et Susan Mitchell
– Photographies d’archives : Susan Mitchell


Sources
– Archives départementales de la Vienne
– Délibérations du Conseil municipal de Linazay
– Clive Lamming, À l’encre Violette. Un siècle de vie à l’école communale, éditions Atlas, 2005.
– Daniel Durandet, Les livres de nos cartables, éditions du Layeur, 2006.


Notes

1– L’école des garçons était située au 24 rue du Bois de l’École ; l’école des filles au n° 5 de la même rue.

À consulter aussi :
L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878
Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889

Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889

Partie 1 / École de Linazay / De Nantillé au bourg

Reprenons le cours de l’histoire de l’école communale1 en 1870, date probable de l’installation de l’école mixte au bourg de Linazay, dans la maison Migot et Pinganaud, route de Champagné-le-Sec, aujourd’hui maison Safranic.

Les événements relatés dans cette rubrique sont extraits des archives municipales de Linazay, complétées par le fonds des Archives départementales de la Vienne. Les faits sont présentés de façon chronologique, certes pas toujours attractive, mais qui illustre bien les difficultés rencontrées par la commune pour mettre en place une puis deux écoles, ainsi que le temps passé et les sacrifices consentis pour donner à ses enfants un accès à une vie meilleure.

En 1871, l’école est en location, pour 50 frs annuels, et le bail expire en 1880. Dès 1877, la commune projette d’acheter ce bâtiment. Elle obtient en 1878 l’autorisation de faire dresser plans et devis.
Mais, cette même année, suite à de nombreuses difficultés, le Maire demande le renouvellement du bail pour 10 ans.
Le Préfet et les services de l’Inspection primaire refusent dans un premier temps puis acceptent finalement, compte-tenu des faibles moyens de la commune, de la promesse de vente des sieurs Migot et Pinganaud et de l’accord établi entre la municipalité et les propriétaires pour exécuter des travaux.

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Travaux de mise en conformité

Si le bail à renouveler est accepté par les autorités supérieures, il est assorti du rapport de l’Inspecteur primaire avec les modifications suivantes, qui n’auront lieu qu’une fois le bail renouvelé :

– « La classe devra être pavée ;
– Une « chambre » de 4m66 de large sur 6m de profondeur sera édifiée dans le jardin à la suite des bâtiments actuels ; Cette « chambre » et les 2 existantes seront consacrées à l’instituteur et la mairie ne pourra en occuper une. Des lieux d’aisance pour les garçons seront construits en vue de l’école et dans la cour ; des lieux d’aisance pour les filles et pour le Maître seront construits dans le jardin ;
– La cour et le jardin seront entourés de murs et de palissades ;
– Le trou qui se trouve dans la cour sera comblé ».

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Partout en France, des centaines d’inspecteurs ont pour missions d’enquêter sur l’état des locaux scolaires. Certains rapports sont accablants. Des architectes sont chargés de concevoir et de dessiner dans les moindres détails les plans de nouvelles écoles. Ils sont tenus de respecter les consignes du Règlement pour la construction et l’ameublement des maisons d’écoles, sous peine de voir leur projet rejeté par le Comité des bâtiments.

Les « écoles » ne sont souvent que des locaux de fortune. Il faut bien se contenter des bâtiments disponibles, que les communes, contraintes par la loi d’ouvrir des écoles, et trop pauvres pour en construire, peuvent récupérer. Il s’agit souvent une pièce unique, mal aérée,  sale, et non chauffée parfois ! Le sol en terre battue devient un bourbier l’hiver, alors que c’est à cette saison que l’école est la plus fréquentée… Voici le lot de milliers d’élèves de la campagne.

Linazay n’échappe pas à la règle, les archives nous signalent qu’en mai 1880 : « les chambres d’habitation de l’instituteur ne sont ni planchéiées, ni pavées d’aucune sorte, le plain-pied est sur la terre et il s’ensuit des dégradations continuelles qui font beaucoup de poussière rendant l’atmosphère malsaine ».

Devant l’urgence, le conseil municipal et les plus imposés prennent à leur charge le pavage de la classe, l’instituteur, M. Auvin s’engage quant à lui à payer celui de son logement, que la commune lui remboursera au cours du bail.

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L’enseignement primaire à l’époque de la réforme

La réforme de l’enseignement primaire prendra 10 ans (de 1879 à 1889) et sera fortement marquée par les deux principales lois de Jules Ferry : en 1881, la gratuité absolue des écoles primaires et, en 1882, la laïcité et l’obligation scolaire pour les garçons et les filles de 6 à 13 ans.
De 1800 à 1900, le nombre des écoles publiques augmente considérablement ; elles sont désormais capables de scolariser la quasi-totalité des enfants. L’esprit pédagogique progresse doucement, il fournit un bagage fait de savoirs élémentaires et de comportements moraux…
L’enseignement englobe, non pas tout ce qu’il est possible de savoir, mais ce qu’il n’est pas permis d’ignorer : lire, écrire, compter, connaître sa géographie, honorer sa patrie par le travail et le respect !

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Projet de financement pour l’acquisition de la maison d’école mixte
1881 – n° 55 et 56

Le projet d’acquisition de la maison d’école est toujours en cours. Les propriétaires céderaient le local et le jardin attenant, le tout d’une contenance de 18 ares, pour la somme de 3150 frs : « C’est le vœu général des habitants de la commune ».

Cet immeuble est indispensable pour établir définitivement la maison d’école. Le procès-verbal d’expertise approuvé à l’unanimité par le Conseil municipal, décide, avec les plus imposés, de voter un impôt extraordinaire de 2 centimes par franc sur les quatre contributions directes pendant 30 ans, qui formera la somme de 1548 frs. Une autre somme de 1500 frs sera empruntée à la Caisse des écoles et remboursable, capital et intérêts, sur 30 ans également. Les 1700 frs restant seront complétés par une subvention de l’État et du Département. Ces dernières mesures ne feront pas la majorité et M. François Magnan et Antoine Lucquiau refusent de voter l’imposition extérieure pour les motifs « que l’école actuelle est à l’opposé de la commune et qu’elle ne convient à aucun village de par sa situation ».

Il reste alors à obtenir les autorisations. Malgré tout, quelques mois plus tard, le sous-préfet informe que l’impôt extraordinaire de 2 centimes ne suffira pas pour l’acquisition de la maison d’école.

Caisse des Écoles

La Caisse des Écoles, instituée par l’article 15 de la loi du 10 avril 1867, est établie dans toutes les communes. Elle permettait d’octroyer une subvention pour chaque création d’école réalisée par la commune, au moins égale au montant des subventions communales. La répartition des secours se faisait par les soins de la commission scolaire du Conseil municipal. À l’origine, elle était destinée à faciliter la fréquentation des écoles par des aides en fonction des ressources des familles.

Dépenses scolaires
1882 – n° 62 – Prévisions pour l’année :

– Montant du traitement fixe de l’instituteur : 200 frs
Ce salaire reste inchangé… depuis 1851.

– Traitement éventuel (supplément des trois dernières années) : 1141.16 frs

– Traitement de la maîtresse des travaux d’aiguilles : 100 frs
Pour les filles, il est bon de préciser que la couture a une importance considérable à l’école primaire, et cette discipline est un élément essentiel de son rôle futur de mère et de ménagère.

– Location de la maison d’école et indemnité de logement : 180 frs

Total : 1621.16 frs

Ces dépenses seront acquittées au moyen d’une imposition spéciale de 4 centimes, que le Département et l’État auront à compléter pour faire face aux dépenses ordinaires et obligatoires de l’Instruction primaire.

Organisation de l’enseignement et mise en place d’une commission municipale scolaire
1882 – n° 71

Une commission municipale scolaire est instituée dans chaque commune pour surveiller et encourager la fréquentation des écoles (loi du 28 mars 1882). Cette commission est présidée par le Maire, et composée d’un des délégués du canton et de membres de la commune désignés par le Conseil municipal. Les membres de Linazay siégeant à cette commission sont les sieurs Gautron, Debenest et Baillargé.

Encore peu répandu, bien que crée dans les années 1830, à une époque où l’instruction n’était pas obligatoire, le certificat d’études est définitivement institué par cette même loi. Dès lors « le certif » couronnera les études primaires jusqu’à sa suppression en 1989.

Bien que les choses soient encore très compliquées, elles prennent tout de même forme et chacun commence à trouver ses marques…

1882 – n° 73

10 frs, pour l’instituteur, sont pris sur la Caisse des écoles pour l’achat de bons points et de tableaux d’honneur.

Pour encourager ses élèves le maître distribuait diverses récompenses : parmi elles, les bons points remis chaque jour aux élèves les plus méritants !

Avancement du projet d’acquisition de l’école mixte et nouvelles difficultés financières
1882 – 4 juin – n° 75

L’autorisation est accordée à la commune :

-1°, d’acquérir l’immeuble des sieurs Migot et Pinganaud servant actuellement d’école, au prix de 3150 frs ;

-2°, d’emprunter à la Caisse des Lycées, Collèges et Écoles primaires la somme de 1500 frs remboursable en 30 ans et destinée à concourir avec d’autres ressources au paiement des frais d’acquisition la maison d’école ;

-3°, de s’imposer encore à partir de 1883, de 2 centimes ½ additionnels, destinés à produire la somme de 1800 frs pour rembourser l’emprunt.

Ce même jour, le Maire fait remarquer que « M. le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts n’a accordé qu’un secours de 1000 frs sur les 1700 frs demandés, que pour solder entièrement l’acquisition autorisée, il y aurait lieu d’insister auprès de M. le Ministre pour obtenir le complément nécessaire à cette acquisition », et qu’en l’occurrence il sollicite un secours de 700 frs.

1882 – 12 septembre – n° 80

Le Maire annonce :

1°, « qu’il est dû au sieur Migot, propriétaire, la somme de 110 frs de loyer pour l’année 1880-1881, qu’il serait urgent de solder dans les plus brefs délais, attendu que le propriétaire est dans une situation nécessiteuse » ;

2°, « que cette somme n’était pas inscrite au budget primitif de 1880, le bail ayant été renouvelé après la session de mai et augmenté de 110 frs après quelques appropriations faites au dit logement » ;

3°, « que les ressources ne permettent pas de solder ce loyer et qu’il y a lieu de solliciter de M. le Prefet, un secours de l’État pour couvrir cette dépense ».

1882 – 31 décembre – n° 82

Le Maire expose : « que les 110 frs, dus au sieur Migot, avaient, en réalité été versés, dans la Caisse Municipale le 15 septembre 1881, au moyen d’une subvention de 160 frs (prix du loyer), sans qu’il en ait été avisé, que le sieur Migot a reçu dans l’immédiat la somme de 50 frs et qu’il demande à M. le Préfet l’autorisation de retirer le surplus de cette subvention pour le solder entièrement ».

Projet de création d’une écoles de filles
1883 – 25 février – n° 85

Le Maire avise son Conseil municipal, que M. le Préfet a informé M. le Sous-Préfet que son attention s’est portée sur l’opportunité de la création d’une école de filles au chef-lieu de la commune de Linazay, et que, d’après le rapport de M. l’Inspecteur d’Académie, il existe un local convenable à Linazay pour l’installation de l’école projetée.

La loi de 1879 oblige les communes à avoir une institutrice. Elle offre une formation limitée destinée à la maigre instruction prévue pour les écoles de filles. On pensait à l’époque que la nature féminine n’était pas faite pour les études, et le métier d’institutrice n’était guère considéré. C’est surtout après la première guerre mondiale que l’institutrice devint l’égal de l’instituteur, y compris par son salaire…

Le Conseil municipal, après délibération« adopte la création d’une école de filles, mais refuse de contribuer dans aucune dépense et laisse à l’autorité supérieure le choix dudit local et le soin de l’affermer ».

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Deux écoles, et de nouvelles dépenses scolaires

L’ancienne école mixte accueille à présent l’école des garçons, route de Champagné-le-Sec (actuellement maison Safranic). La maison d’école des filles est située au bourg (actuellement maison Jean-Claude Mérigot).

1883 – 16 juillet – n° 92

« M. le Maire fait connaître que la réunion a pour but de prendre avis sur l’opportunité d’une demande de secours pour l’achat de mobilier scolaire pour l’installation de la nouvelle école de filles, que l’exiguïté des finances de la commune ne permet pas d’acquérir sans avoir recours au Département. Le Conseil municipal considère que l’acquisition d’un matériel scolaire pour l’école des filles est d’une utilité incontestable, mais que la situation financière de la commune ne peut pourvoir aux dépenses urgentes qu’entraîne l’installation de cette école et qu’il sollicite pour cela un secours de 275 frs pour couvrir en partie ces frais et que le reste sera soldé par une somme de 25 frs prélevée sur les dépenses imprévues de 1883 ».

Le devis estimatif du mobilier scolaire s’élève à 300 frs.

C’est également à cette date qu’intervient le premier remboursement de l’emprunt pour l’école mixte, devenue école des garçons.

1884 – 7 février – n° 95

Alors que le projet d’achat de l’école des filles est loin d’être conclu, les archives nous font part, pour la première fois, des dépenses à prévoir pour « les écoles communales »3, avec un instituteur et une « institutrice », terme venant remplacer celui de « maîtresse de travaux d’aiguilles », appliqué antérieurement à Mme Auvin.

1884 – 7 septembre – n° 104

Sollicitation d’un secours supplémentaire de 700 frs pour solder l’acquisition projetée de la maison d’école : « Cette délibération n’a toujours pas obtenu satisfaction, par conséquent il y a lieu de la renouveler, attendu que les propriétaires de l’immeuble désirent passer acte avec la commune qui ne peut l’acquérir sans ce supplément ».

1884 – 9 novembre – n° 105

Le propriétaire de la maison d’école de filles réclame le paiement du loyer de la dite maison, échu le 29 juillet dernier. En conséquence, le Maire demande au Préfet de faire verser à la caisse municipale, le plus promptement possible, une subvention de 200 frs pour payer la location de son école de filles, nouvellement créée.

1885 – n° 109

Sur proposition de M. le Maire, le Conseil municipal autorise M. le Percepteur à payer au sieur Firmin Nafrechoux la somme de 200 frs (loyer de 1884) que lui doit la commune de Linazay pour le loyer de sa maison d’école de filles.

1885 – 28 août – n° 119

M. le Maire donne lecture de la sommation du sieur Migot pour mettre la commune en demeure de passer acte ou de renoncer aux effets de sa promesse de vente de l’immeuble servant de maison d’école. Un avis favorable est émis par le Conseil, qui autorise le Maire à passer acte avec le propriétaire moyennant la somme de 3150 frs.

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Achat de la maison d’école des garçons

Le 8 septembre 1885, est conclu devant le notaire Brunet à Civray l’acte de vente de la maison d’école Migot et Pinganaud à la commune de Linazay.

Le tout pour un total de 10390 frs, soit environ trois fois le prix du bâtiment.

1886 – n° 140

Le paiement de la maison d’école des garçons s’élève à 3150 frs.

1887 – n°149

La commune doit pour la maison d’école à M. Brunet, ex-notaire, à M. Gouge, son successeur,  et à M. Baillot, avoué à Civray, la somme de 784,05 frs. Le conseil, après sérieux examen de la situation financière de la commune, et compte-tenu des nombreuses charges qui lui incomberont à bref délai pour achever les réparations à faire à la maison d’école des garçons, ne peut voter actuellement qu’une imposition spéciale de 8 centimes additionnels aux principales des quatre contributions directes.

Le Conseil municipal demande alors au Conseil général une aide qui lui permettra de faire face.

Projet de construction ou d’acquisition de la maison d’école des filles
1888 – 2 septembre

Une lettre du Sous-Préfet concernant la construction d’une école de filles invite le Conseil municipal à prendre une décision favorable à ce sujet.

Ce dernier décide qu’« il ne peut s’engager à acquérir un local ou à en faire construire un, compte tenu des charges que la commune s’est déjà imposées pour l’acquisition de la maison d’école des garçons, mais qu’il est disposé, lorsque les frais d’acquisition seront réglés, à faire tous les sacrifices nécessaires pour une solution favorable à l’instruction et aux intérêts de la commune ».

En attendant, le conseil espère que l’État voudra bien tenir compte de la bonne volonté dont il est animé et continuer à payer le loyer de l’école de filles jusqu’à ce qu’il puisse se mettre en mesure d’acquérir ou de faire construire.

Achat de matériel géographique
1889 – 19 mai

Le maire déclare que « les deux écoles sont dépourvues de matériel géographique et que celui dont elles disposent est insuffisant pour que l’enseignement de cette science soit fructueux ».

L’instituteur et Melle l’Institutrice pensent qu’il y a lieu d’avoir :

1°, pour l’école des garçons, des cartes muettes et parlantes, de la France et de l’Europe, et une mappemonde ;

2°, pour les filles, des cartes muettes et parlantes de la France.

Le Maire prie M. l’Inspecteur d’Académie de bien vouloir, dans la mesure du possible faire suite à sa demande.

Avancement du projet d’acquisition de l’école des filles
1889 – 7 juillet

Le Maire déclare : « que le local dont jouit actuellement la commune pour l’école des filles répond entièrement aux besoins dont il est l’objet et qu’il rassemble toutes les conditions nécessaires pour un établissement de ce genre » ;

« qu’il n’y a au bourg aucun autre local qui puisse aussi bien convenir à cet usage » ;

« que les frais d’appropriation ajoutés aux frais d’acquisition formeraient une somme insuffisante pour élever une construction neuve, répondant parfaitement à tous les besoins du service auquel elle serait affecté » ;

« que le propriétaire de la maison dont il s’agit consent à la céder amiablement à la commune ».

Le Maire propose donc l’acquisition de l’école des filles, et de faire toutes les démarches nécessaires, considérant que les loyers de cette maison deviendraient par la suite trop onéreux. Le Conseil municipal donne son autorisation.

1889 – 4 août

Une enquête commodo et incommodo est lançée sur le projet d’acquisition de l’immeuble servant d’école de filles. M. le Sous-Préfet charge la Mairie de recevoir l’avis des habitants de la commune. Personne ne s’étant présenté, le délai expiré, le procès-verbal est signé.

Le prix d’acquisition de l’école des filles est voté : 5790 frs, frais et réparations compris.

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Achat de la maison d’école des filles

L’acte de vente de l’immeuble Nafrechoux père et fils à la commune de Linazais est conclu devant le notaire Gouge à Civray, les 10 et 22 décembre 1889.

L’acte de vente s’accompagne d’un certificat négatif d’inscription d’hypothèque.

Les bâtiments de la maison d’école sont ainsi décrits : « L’immeuble comprend deux chambres basses séparées par un corridor-grenier au-dessus, jardin devant les bâtiments, portion de cour derrière le tout d’une contenance de 25 ares ainsi qu’un droit de passage sur la portion de cour commune avec les voisins, pour aller puiser de l’eau du puits ».

La somme nécessaire est empruntée sur 30 ans au Crédit Foncier de France, avec une participation de l’État de 66 %, le reste à la charge de la commune avec une imposition de 5 centimes additionnels.

À cette période, les instituteurs publics, tout comme les Inspecteurs d’Académie, sont désormais fonctionnaires de l’État (loi du 19 juillet 1889).

Les communes et les familles sont alors déchargées de la majeure partie des frais engendrés par l’école. Seules restent à assurer les dépenses liées aux bâtiments et les frais de fonctionnement.

 

À la fin du XIXe siècle, les inaugurations d’école vont bon train, jusqu’à atteindre, en 1905, le chiffre record de 85000 écoles en fonctionnement.

Au début du XXe siècle, l’idée de la nécessité de l’instruction est désormais admise et Linazay est maintenant dotée de deux écoles, une de garçons, et une de filles. La commune compte alors 462 habitants et 40 élèves sont scolarisés.

Ensuite, l’école ne va pas cesser d’évoluer, dans son enseignement d’abord avec l’apparition de matières nouvelles, et dans le matériel scolaire. Les instituteurs et institutrices auront désormais la lourde et noble tâche de former des citoyens autonomes.

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Notes
1 – Voir le bulletin municipal 2015, ou l’article L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1832-1878


Sources
– Délibérations du Conseil municipal de Linazay, collection municipale.
– Actes de ventes et plans, Archives départementales de la Vienne.


Crédits
– Recherches historiques et texte : Susan Mitchell et Jeanine Portejoie
– Photographies : Susan Mitchell (photographies d’archives) et Isabelle Fortuné  (vues actuelles des maisons d’école)

À consulter aussi :
L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878
Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914

Appel aux habitants : Recherche de documents, photographies…

Appel aux habitants

Nous recherchons des souvenirs, documents ou photographies relatifs à l’histoire de la commune : notamment des photographies d’écoles, de mariages…

Si vous possédez des éléments susceptibles de nous intéresser, n’hésitez pas à les déposer à la mairie, nous les scannerons et vous retournerons vos originaux.

Les photographies d’école

Parmi les documents rassemblés, certaines photographies de l’école sont anciennes, datées de 1895. Ces images très rares sont issues des archives de la famille Mérigot.

Voici quelques échantillons des photos de classe récoltées. La participation des anciens écoliers de Linazay est la bienvenue pour identifier les personnes photographiées, dater les clichés…

Contact : histoiredelinazay@laposte.net
Mairie de Linazay : horaires d’ouverture : le lundi de 9h à 12h et de 14h à 18h  /  le jeudi de 9h à 12h

 

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L’école de Linazay, sa naissance, son évolution / partie 1 / 1831-1878

De Nantillé au bourg

Les archives en notre possession, en l’occurrence les Délibérations du Conseil municipal de Linazay, commencent en 1832. L’école existait déjà avant cette date et la commune a peut-être connu quelques balbutiements éducatifs, mais il fallait sûrement se tourner du côté des châteaux de La Chaux et du Magnou

Recrutement et traitement de l’instituteur
1831-1834

En 1831, la population de Linazay se chiffre à 516 habitants et répond donc aux critères obligatoires pour l’ouverture d’une école.

On apprend qu’en 1834, le poste d’instituteur est vacant, et que la mairie va devoir faire le choix d’un candidat. Un seul se présentera : M. Henry Brault de Nantillé, muni d’un Brevet de Capacité du 3e degré délivré par l’Académie de Poitiers le 24 juillet 1832. Le local destiné à l’école, situé à Nantillé (aujourd’hui et sans certitude, la maison Roucher), est considéré par le Maire, son Conseil, et par l’instituteur, comme  « sain et parfaitement convenable ». L’enseignement s’organisera comme suit :
• Ceux qui apprendront à lire : 75 centimes par mois
• Ceux qui apprendront à lire et écrire : 1 franc
• Ceux qui apprendront à lire, écrire et compter : 1 franc
L’instituteur s’engage, comme la loi l’exige, à donner l’instruction gratuite à 8 enfants indigents de la commune, et recevra 67 francs d’indemnité fixe.
Dans les campagnes, les écoles avaient une existence chaotique, tributaires des finances de la commune et de la paroisse. Linazay n’échappe pas à la règle et, n’ayant aucun fonds disponible, vote rapidement un impôt extraordinaire pour le traitement de l’instituteur, le Conseil municipal reconnaissant « l’utilité de cet argent pour l’instruction et le maintien de l’école dans la commune ».

Ici manquent quelques années d’archives…

Rétributions scolaires
1848

En 1848, une circulaire de M. le Préfet demande à ce que soit fixée la rétribution mensuelle des élèves fréquentant l’école ainsi que la liste de ceux qui seront instruits gratuitement, le prix restant en fonction des « études entreprises » :
• 1re catégorie : « Ceux qui commencent la classe : 1 F »
• 2e catégorie : « Ceux qui commencent à écrire : 1,25 F »
• 3e catégorie : « Ceux qui commencent à calculer : 1,50 F »
Pour la grammaire ou l’arpentage, il est demandé de traiter avec le maître.

Un projet contesté de construction d’une école à Nantillé
1850

Le 5 janvier 1850, le Comité local de Linazay, composé de plusieurs adjoints, demande à ce que l’école soit placée au « chef-lieu » (entendez par là : le bourg). Le Conseil municipal considère alors « qu’il n’y a pas dans le chef-lieu, de local convenable, assez vaste, ni assez éclairé, et que la commune ne peut dans l’immédiat, faire aucun sacrifice pour une telle acquisition, venant déjà d’acquérir le presbytère ».
L’instituteur se propose alors d’en « bâtir une au village de Nantillé, où se trouve actuellement l’école, sur un vaste terrain lui appartenant et dans un orient superbe » ; et « qu’il la ferait construire dans tous les goûts désirables et d’une grandeur suffisamment vaste pour y loger largement les élèves qui s’y présenteraient ». Le Conseil, à sa majorité consent à la proposition de l’instituteur et considère « Nantillé comme étant le point central de toutes familles de Linazay ». La proposition est rejetée par le Comité local qui pense que l’école doit être au bourg.

Traitement de l’instituteur
1851

Conformément à la loi du 15 mars 1850, « il y a lieu d’allouer un supplément de traitement à l’instituteur portant son revenu annuel à 600 F », son revenu fixe étant de 200 F, la rétribution des élèves variable suivant leur nombre et selon ce qu’ils apprennent : après la grammaire et l’arpentage, s’ajoutent maintenant ceux qui apprendront « d’autres choses »… La différence, s’il y a lieu, est prélevée sur les ressources communales et les aides.

Acquisition de mobilier d’école
1855

Un devis estimatif du mobilier d’école est établi. Jusqu’à ce jour, l’école n’a aucun mobilier lui appartenant. Aucun fonds n’étant disponible, une demande d’aide est adressée à l’autorité supérieure au sujet de l’acquisition de ce mobilier.
Monsieur Chéri Surreau, alors instituteur, se propose d’avancer la somme nécessaire, et est autorisé à faire fabriquer le mobilier suivant le devis déjà établi se montant à 117 F. Cette somme pourra se rembourser au cours de l’année 1857. Le projet est accepté à l’unanimité.

Dépenses et rétributions scolaires
1859-1860

Les rétributions scolaires augmentent. La 2e catégorie passe à 1.50 F et la 3e à 1.75 F ; le salaire de l’instituteur reste inchangé.
Le Département et l’État compléteront les dépenses obligatoires par une subvention de 155,80 F.

1861

Une circulaire de M. le Préfet propose d’acquérir « une bibliothèque scolaire ainsi que les livres les plus utiles pour l’école ». La proposition est rejetée par le Conseil : beaucoup trop de réparations sont en cours et non achevées de payer. La circulaire précise pourtant que sa Majesté l’Impératrice vient de fonder une association de bienfaisance et que des dons seraient faits dans ce but.
Le Conseil vote 30 F, « regrettant de ne pouvoir faire plus ».

Réclamations au sujet de l’instituteur
1861

Un autre problème s’annonce… Le Conseil municipal demande le changement de l’instituteur, sous prétexte « que depuis plusieurs années la majeure partie des pères envoient leurs enfants dans les écoles voisines (Champagné-le-Sec, Traversay, Vauthion et Pliboux), « ce qui est un véritable préjudice pour la commune ».
Il est bon de rappeler ici qu’en cas d’urgence et sur plainte, le maire pouvait ordonner à l’instituteur, en précisant les motifs, l’interruption provisoire de sa fonction (art. 21 de la loi Guizot, 1833).
De toute évidence, il y avait des mécontents ! Les écoles voisines étaient-elles plus proches du domicile des élèves ou le maître médiocre ?

Une école mixte ouverte aussi aux adultes
1867

L’instituteur accepte d’ouvrir un cours d’adultes durant l’hiver.
Sur le fait qu’il n’y a qu’une école de garçons (il est précisé ici : « fréquentée par quelques filles »), le Préfet demande s’il est prévu d’ouvrir d’autres écoles dans les hameaux. La réponse est la suivante : « la commune étant peu étendue les enfants peuvent se rendre à la même école ».

1868

Le Conseil municipal ne veut voter aucun fonds pour l’Instruction, « vu que l’instituteur ne convient pas, et que son changement a été demandé depuis plusieurs années ». Souvenez-vous : 7 ans plus tôt quand même ! Déjà les lenteurs de l’Administration, ou bien le manque d’instituteurs ?

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Projet d’acquisition d’une maison d’école au bourg de Linazay
1870

21 avril 1870 – Le projet d’acquisition se poursuit : le sieur Henri Baudin consent à vendre son logement et son terrain situé au chef-lieu de la commune pour établir une maison d’école, « qu’il est très urgent d’acquérir ». Le prix est de 5 200 F. Cette somme semble exorbitante par rapport aux projets qui suivront, mais pourtant exacte. Une rencontre est organisée avec l’architecte M. Vincens.

1871

L’instituteur est M. Auvin. La maison d’école est louée pour 50 F. Compte tenu du nombre de filles qui fréquentent désormais l’école mixte, Mme Auvin est désignée pour des travaux d’aiguilles moyennant une indemnité de 100 F, à charge pour elle de fournir le fil et les aiguilles.
M. Vincens, architecte, présente une facture de 163,70 F. Le Conseil municipal, considérant qu’il est venu 3 fois à Linazay et qu’il aurait pu faire son travail en un seul voyage, lui alloue « la somme exagérée » de 60 F pour n’avoir pas à dire qu’il l’employait sans le payer. Les pièces demandées n’ont jamais été fournies et, par sa lenteur, il a causé un véritable dommage à la commune, qui doit continuer à louer le logement de l’instituteur.
Les événements de 1870 ne permettront pas de le poursuivre ni de lui réclamer, après cinq mois d’attente, les plans et les devis nécessaires à l’acquisition du logement.

1877

15 avril 1877 – La discussion porte sur le projet d’acquisition du local servant actuellement d’école, et du jardin y tenant, le tout d’une contenance de 22 ares 12, que le propriétaire (non cité mais probablement les sieurs Migot et Pinganaud que nous retrouverons plus tard), céderait à la commune pour la somme de 2 850 F : « considérant que cet immeuble avec classe et logement pour l’instituteur est depuis longtemps le vœu des habitants ».

1878

16 juin 1878 – La commune obtient l’autorisation « de faire dresser les plans et devis nécessaires à l’acquisition de la maison d’école, par un homme de l’art », sachant que le bail de l’école expirera le 29 juillet 1880, et qu’à partir de cette date il sera renouvelé pour 10 ans.

Renouvellement du bail pour la location de la maison d’école
1878

Le 31 août suivant, le Maire informe sur la suite donnée à la délibération du 11 août, par laquelle le Conseil municipal a demandé à renouveler le bail de la maison d’école qui expire le 29 juillet 1880. Entre-temps, il est probable que par manque d’argent, le projet d’achat a été abandonné. Le Préfet, en accord avec l’Inspecteur d’Académie, refuse.

Le 23 novembre, le Sous-Préfet de Civray, s’adresse au Préfet en ces termes :
« J’ai l’honneur de vous demander de bien vouloir examiner de nouveau le dossier de l’école de Linazay, voir s’il ne serait pas possible d’exiger des réparations promises par le propriétaire de l’immeuble et d’autoriser encore et pour une période le renouvellement du bail de la maison d’école ».
« Je reconnais que la maison d’école n’est pas rapprochée de l’église, mais je ne saurais pas dire qu’elle n’est pas centrale et plutôt avantageuse au déplacement des enfants tant du chef-lieu que des divers villages de la commune et qu’avec les réparations prévues pour le renouvellement du bail, cette maison pourrait loger assez convenablement l’instituteur et la population scolaire ».
« La commune est pauvre et ne paraît pas disposée à prendre les mesures nécessaires à la construction d’une double maison d’école, présentant deux installations distinctes l’une pour les garçons, l’autre pour les filles ».

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Récapitulons :
En 1870, un projet d’achat avec le sieur Baudin échoue. En 1871, l’école mixte de M. et Mme Auvin est loué pour 50 F.
En 1877, il est envisagé d’acheter cette même école mixte puis le projet est abandonné.
Le bail expirant en 1880, le maire demande son renouvellement pour 10 ans. Cette demande sera finalement acceptée moyennant travaux du propriétaire. Le logement Migot et Pinganaud n’était autre que la maison que vous connaissez aujourd’hui sous le nom de « maison Safranic », maison située à la sortie du bourg, route de Champagné-le-Sec.

Alors quand l’école de Nantillé est-elle venue s’installer au bourg ? Si nous considérons que le premier bail était lui aussi de dix ans, la réponse est : 1870.

Quant au projet d’acquisition de la maison d’école, il finira par se concrétiser, après bien d’autres péripéties.  Affaire à suivre dans notre prochaine édition

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Sources

Délibérations du Conseil Municipal de Linazay, « À l’encre Violette », éditions Atlas, collection municipale.
– Fonds des Archives départementales de la Vienne, Poitiers.


Crédits
– Recherches historiques et généalogiques : Susan Mitchell et Jeanine Portejoie
– Texte : Jeanine Portejoie
– Photographies : Susan Mitchell (photographies d’archives) et Isabelle Fortuné (vue actuelle de la maison d’école)

À consulter aussi :
Écoles de Linazay / partie 2 / 1870-1889
Les deux écoles / partie 3 / 1890-1914

Qui a inventé l’école ?

Ce récit n’a pas la prétention de répondre de façon complète à cette question, le sujet étant beaucoup trop vaste… L’Église et l’École, symboles de cette longue lutte, sont ici réunies ; ces deux manières de penser, ces deux institutions avaient sur bien des points la même fonction d’éducation… Voici quelques repères historiques pour une histoire de l’école.

Ce sont les Romains qui, dès le Ier siècle, conçoivent des écoles pour garçons et filles, mais les grandes invasions du Ve siècle y mettent fin. Il faut attendre que Charlemagne, en 789, ordonne l’établissement d’écoles où les enfants apprennent à lire. Dans chaque monastère, chaque évêché, on apprend les psaumes, le chant, la grammaire. On y reçoit aussi un enseignement religieux, visant à lutter contre le paganisme, toujours bien présent dans les populations rurales. De là est née l’image de Charlemagne fondateur de l’école. À sa mort, les guerres et le désordre mettent fin, et pour longtemps, à tout projet éducatif.

Dès le Moyen Âge, des prêtres isolés, dans les villages, dans les presbytères, dans des locaux de fortune, donnent pendant l’hiver un enseignement rudimentaire, pendant lequel le latin est lu à même le missel, souvent seul livre du village, tandis que les nobles ont un précepteur.
Au XIIe siècle, la bourgeoisie marchande, alors en plein essor, comprend tout l’intérêt de s’instruire. Des écoles s’ouvrent de nouveau, mais, au milieu du XVe siècle, l’édifice s’écroule, victime de la guerre de Cent Ans (1337-1453) et des ravages de la peste noire.
C’est seulement avec l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, en 1440, pour que le livre vienne modifier l’apprentissage du savoir. Alors, réapparaît un véritable réseau d’écoles urbaines, relevant essentiellement d’initiatives privées, et c’est encore l’Église qui est à l’origine de cette renaissance, dans son combat contre la vague protestante qui s’appuie, elle aussi, sur l’enseignement.

En 1720, Jean-Baptiste de la Salle publie un traité sur l’école élémentaire : pour la première fois, un pédagogue décrit ce que doit être une maison d’école. Parallèlement, dans les campagnes, la méfiance prévaut toujours, face à un enseignement qu’on estime coûteux et peu utile. Des instituteurs itinérants, salariés agricoles l’été, louent çà et là leur service pédagogique et leur maigre savoir. Et si la nécessité de l’école est admise, elle s’adapte avant tout aux saisons, aux travaux des champs qui ont besoin de bras : il faut travailler pour vivre… Autrefois, dans les campagnes, les enfants allaient peu à l’école et, pendant des siècles, ce sont les traditions orales qui conservent la mémoire. Avant 1789, le taux d’alphabétisation reste faible.

La Révolution Française supprime les Congrégations Religieuses (loi du 18 août 1792), remplaçant le clerc, « maistre d’escholle », par le corps des instituteurs (loi du 12 décembre 1792) dont l’objet est d’ouvrir l’enseignement primaire à tous, comme en témoigne la création du Ministère de l’Instruction Publique. C’est Condorcet qui en pose les grands principes : neutralité religieuse, une école par canton, gratuité des écoles placées sous l’autorité des pères de famille et des maîtres, dont la formation est assurée par l’État. Désormais, ce sont les communes qui ont la charge d’organiser le fonctionnement des écoles primaires publiques.

Sous la Restauration (1814-1830), l’école primaire connait un retour vers la religion, le respect des lois, l’amour du souverain, et rencontre un tel succès qu’il y a pénurie de maîtres. Louis XVIII crée un Comité cantonal chargé de la surveillance des écoles (loi du 21 février 1816) : les communes doivent veiller à ce que les enfants reçoivent l’Instruction primaire, et cela gratuitement pour les indigents.

En 1833, François Guizot, Ministre de l’Instruction Publique de 1832 à 1837, donne une véritable impulsion à l’école. Il est tenu comme le fondateur de l’École moderne. Face à l’état d’insalubrité et de pauvreté des maisons d’école, il rénove largement l’instruction primaire publique (loi Guizot de 1833). Les écoles sont alors souvent des locaux de fortune ou la classe se fait dans le logement même de l’instituteur, sans le moindre mobilier scolaire. Les communes de plus de 500 habitants sont tenues d’avoir une école de garçons. Le calcul devient obligatoire ; les écoles normales sont créées ; et sous son impulsion, le nombre d’écoles augmente de façon considérable.
En 1850, les instituteurs sont nommés par les responsables des communes et doivent transmettre la morale et l’instruction religieuse. Les garçons et les filles – quand elles sont scolarisées – sont séparés par une barrière.

À la veille de la IIIe République, l’instruction primaire demeure mal répartie. Le système éducatif est revu de fond en comble et l’éducation déclarée prioritaire. La réforme prendra 10 ans, marquée par la forte personnalité de Jules Ferry, alors Ministre de l’Instruction Publique.
• 1881 : Vote de la loi établissant la gratuité de l’enseignement primaire laïque.
• 1882 : Vote de la loi établissant la laïcité et l’école obligatoire de 6 à 14 ans.

Savoir lire, écrire, compter devient une priorité. La IIIe République veut réussir la mise en application d’une éducation généralisée du peuple. En témoigne l’effort financier considérable pour doter toutes les écoles de la République de manuels de lecture. Toutes les communes ont une école primaire élémentaire. Pour les enfants d’ouvriers et d’agriculteurs qui accèdent désormais à l’éducation, c’est un véritable ascenseur social. Mais jusque dans les années 1930, peu d’élèves réussissent à terminer leur cycle normal d’études primaires et à obtenir leur Certificat d’Études.

Sous la Ve République, l’école subit de nouveau une profonde transformation. La scolarité obligatoire passe alors de 14 ans à 16 ans. En 1962, sont créées les écoles mixtes à plusieurs classes et un an plus tard les CES (collège d’enseignement secondaire). Enfin, en 1963, l’Éducation Nationale met en place la carte scolaire, pour le 1er cycle, système obligeant les élèves de l’école publique à suivre l’enseignement dispensé par le collège le plus proche de leur domicile.

La suite, vous la connaissez tous !…


Texte : Jeanine Portejoie